Egaux mais différents

© Stocklib / milkos
© Stocklib / milkos

Je suis née en 1972, à la croisée des chemins entre féminisme version MLF et post féminisme à saveur Metoo. Le féminisme sous différentes formes a donc toujours été partie intégrante de mon identité tout comme le 8 mars. 

Mais aujourd’hui, mère de 3 filles dont l’aînée commence à déployer ses ailes de femme, je regarde différemment cette journée et son cortège de célébrations et de revendications. 

Et par un fait exprès j’écris ce billet au terme de la journée des droits de la Femme. 

En Israël. Où la condition de la femme relève une fois de plus d’un paradoxe absolu. Comme à peu près tout sur cette terre tellement promise. 

En 1948, tandis que les femmes ne pouvaient pas disposer d’un compte bancaire en Occident, 2 femmes signent la Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël. Une d’entre elles deviendra même Premier ministre quelques années avant que le droit des femmes de disposer de leur corps soit légalisé en France. Jusqu’à peu, la Gouverneure de la Banque ainsi que la Vice-Gouverneure étaient toutes deux des femmes. Comme la présidente de la Cour Suprême. 

Pourtant deux partis politiques se revendiquant religieux rejettent toute présence féminine dans leurs instances représentatives, ou sur leurs photos officielles. Et ces partis siègent au gouvernement actuel ainsi que dans les précédents. (Il est vrai que la durée d’expiration des gouvernements israéliens est assez courte ces derniers temps…).

Pourtant aussi, la Knesset, le Parlement israélien, ne compte lors de la dernière législature, que 25% de députées femmes. Tandis qu’aux Emirats Arabes Unis, elles forment 50% des représentants. 

Mais pourtant les femmes occupent ici des postes de combattantes dans l’armée et sont pilotes de chasse, ce qui demeure très rare dans le monde militaire. Et lorsque l’on sait l’importance que revêt l’armée en Israël, élément fédérateur par excellence, cet aspect n’est pas anodin. 

Et au sein de la société civile les femmes sont très actives. 

Paradoxe permanent qui défie sans cesse la pensée binaire. 

Mais au-delà d’Israël, qu’en est-il des revendications féministes ? 

Personnellement, comme je l’ai précisé, je me situe à la croisée des chemins du féminisme. Je pense que le chemin parcouru en un siècle est assez impressionnant et l’on ne mesure pas le gain de liberté ou plus précisément d’indépendance, que les femmes ont acquis. 

Les femmes forment une minorité de pouvoir ne reflétant pas leur poids démographique. Et comme toute minorité, les droits acquis de haute lutte sont vulnérables, à la merci d’un changement de société. 

Pour autant je ne me reconnais pas tant dans les revendications post féministes. Car je tiens à mon identité féminine et à son apport au monde, je chéris ma différence que je revendique, refusant de la voir se diluer ou conquérir la place de l’Autre, l’homme. Je ne me reconnais pas dans une identité gommée écartant toute altérité  

J’ai été pendant longtemps très réticente à l’idée d’imposer une parité au sein des instances publiques ou privées, craignant l’apparition de castes ne devant leur privilège et leur rang qu’à leur sexe et non à leurs compétences.  

Malheureusement force m’a été de constater que ce mouvement d’équilibre salutaire non seulement pour les femmes mais pour l’ensemble de la société ne viendrait pas sans être provoqué. Comme un accouchement aux forceps. Et que l’évidence ne saute pas encore aux yeux de la majorité. Et qu’alors que je suis mère, je mesure la nécessité impérieuse d’avoir des modèles de femmes. Des “role model” 

J’ai eu la chance d’en avoir. De pouvoir penser que seuls les cieux forment une frontière à ses rêves  

Parce que d’autres femmes avant moi avaient franchi des montagnes. Comme ma grand-mère qui a traversé 2 guerres, a connu tant de sacrifices sans perdre de vue son but, bravé tant de dangers et changé de destinée. Ou comme ma mère qui, à 35 ans, à une époque où cet âge n’était pas propice aux recommencements, a décidé de prendre le chemin des études pour enfin vivre sa passion et refuser la voie qui lui avait été gentiment imposée. 

Mais je mesure ma chance de les avoir eues à domicile et d’avoir pu m’en créer d’autres, des femmes inspirantes dont le parcours, la persévérance, la résilience et l’humanité forcent l’admiration. 

Car toutes les jeunes filles n’en ont pas forcement ou ne savent pas l’importance de pouvoir compter sur les traces de femmes qui ont décidé de renverser le destin en prenant le leur en mains. 

Ce qui m’amène à soutenir désormais la parité qui permet de créer des modèles de femmes, membres à part entière du paysage quotidien des plus jeunes desquelles l’expression “plafond de verre” sera étrangère.  

Je ne suis pas une utopiste qui rêve ou idéalise un monde parfait dénué de conflits. Mais je pense que si les droits des femmes sont encore vulnérables et nécessitent de s’en rappeler chaque 8 mars, il est impératif de les confirmer et de s’attaquer aux dernières forteresses de discrimination.

Ces forteresses tenues par des hommes pas si sûrs de leur propre identité peut-être, pour être si rétifs à partager le pouvoir. Car mon féminisme à moi n’exclut pas les hommes, ne les place pas systématiquement sur le banc des accusés, mais revendique sa place et demande à partager le pouvoir. 

D’égal à égal. Mais différents.   

 

à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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