Economie électorale

Libre d'utilisation - Pixabay
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Binyamin Netanyahou s’est engagé à nommer ministre de l’Economie Nir Barkat, homme d’affaires ayant fait fortune dans la high tech, avant de devenir maire de Jérusalem pendant 10 ans et de se faire élire à la Knesset sur la liste du Likoud en 2019.

Le Premier ministre sortant est persuadé que cette nomination donnera une nouvelle impulsion à l’économie israélienne. Elle en a bien besoin. Au niveau de la production d’abord, l’année 2019 s’est achevée sur une déception (3 % de croissance alors que 3,4% étaient attendus) ; en matière d’emploi ensuite, le nombre de demandes commençant à dépasser celui des offres; en ce qui concerne le commerce extérieur enfin, le niveau élevé du shekel nuisant à la compétitivité des biens et des services israéliens sur les marchés internationaux.

Last but not least, le déficit budgétaire devrait dépasser largement les prévisions : plus de 4% du PIB, alors que l’objectif visé était inférieur à 3%. Tout cela ne résulte pas du hasard. L’économie israélienne souffre de deux handicaps. Le premier tient à conjoncture internationale : la croissance ralentit au niveau mondial, la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump et les conséquences de l’épidémie du virus Corona frappant toutes les économies de la planète. Le second est imputable au gouvernement sortant.

Pendant des années, le ministre Moshé Kahlon a développé ce que la presse appelait à juste titre une « économie électorale » (kalkalat bkhikhot) : une baisse des impôt directs (l’impôt sur le revenu des familles) et indirects (avec un taux de TVA à 17%). Le gain réalisé en pouvoir d’achat masquait la paupérisation de l’Etat.

Cette expérience négative n’empêche pas le Premier ministre sortant d’annoncer un programme économique reposant sur les mêmes fondamentaux : la baisse des dépenses publiques et une nouvelle vague de libéralisation censée faire baisser les prix dans l’alimentation et l’immobilier… promesses qui avaient déjà été faites dans le passé sans que les résultats soient au rendez-vous.

En fait, le programme économique du Likoud vise d’abord à discréditer celui prêté à Bleu-blanc (Kahol-Lavan) qui serait calqué sur la pratique des gouvernements travaillistes d’antan conférant un rôle central à la Histadrout. Un argument est avancé par Binyamin Netanyahou et les siens : l’ancien président de la centrale syndicale, Aviv Nissenkorn, est devenu chef du groupe parlementaire du grand parti d’opposition et pourrait être le prochain ministre de l’Economie en cas de victoire de Benny Gantz.

Affirmation sans fondement, ce dernier étant un partisan résolu de l’économie de marché. Mais le débat politique obéit souvent aux règles de la démagogie. Celles-là mêmes qui avaient conduit à la mise en place de l’économie électorale.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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