Écologie et Bible

Gur, propriétaire d'Adamama, une éco-ferme éducative située à Moshav Nir Moshe dans le nord du Néguev. Photo de Moshe Shai / FLASH90.
Gur, propriétaire d'Adamama, une éco-ferme éducative située à Moshav Nir Moshe dans le nord du Néguev. Photo de Moshe Shai / FLASH90.

Il est surprenant de constater à quel point la Bible se préoccupe d’écologie.

Dans le récit de la Genèse, la création de l’homme représente le point culminant dans la Création. L’homme est fait directement par Dieu alors que « la terre fera sortir l’être vivant pour son espèce. » L’homme a la prérogative de « dominer l’ensemble des créatures de la terre, de la mer ou du ciel. » La nature est donc à sa disposition pour qu’il en jouisse.

L’homme et la terre

Le premier homme porte le nom d’Adam et la terre est appelée Adama (féminin d’Adam). L’homme est issu de la terre et retourne à la terre, sa matrice. L’homme est invité à en approfondir sa connaissance. En effet, l’observation des phénomènes naturels mène à la connaissance de la nature et de soi-même. Comme il est écrit, « La vérité germe de la terre (Psaumes 85-12). »

Par ailleurs, la Nature constitue une source d’émerveillement aux yeux de l’être humain. Elle est source de poésie, d’extase et de grandeur. Elle recèle la vie. Son immensité et sa complexité, de même que le renouveau en des cycles saisonniers en fait une source d’extase poétique tout comme le psaume 104 l’illustre.

L’être humain et la végétation

Il est interdit d’abattre les arbres nourriciers lors du siège d’une ville ennemie, car l’homme n’est lui-même qu’un arbre des champs Deutéronome (17-11), Abattre un arbre nourricier revient à abattre un être humain et par extension l’ensemble de la végétation qui serait affiliée à la semence de cet arbre. Aussi, le respect de la végétation est aussi important que le respect de l’être humain.

L’attitude envers les animaux

Dans le contexte du verset invitant l’homme à descendre et approfondir la connaissance des êtres animés de vie, le terme hébraïque rédou signifie gouverner, mais aussi descendre. Cette connaissance approfondie de la nature animale est aussi source de vérité.

La Bible définit un certain nombre de prescriptions relativement aux animaux. Ainsi, les animaux ont également droit au repos hebdomadaire du sabbat au même titre que l’homme. De la même façon et durant l’année sabbatique, les animaux pourront au même titre que l’homme tirer profit des produits de la terre. Il est interdit de castrer des animaux. L’homme n’a pas le droit de mettre le joug au bœuf pendant que la bête foule le grain. La raison à cela serait que la bête ne soit pas tourmentée par la faim durant son labeur. Le bœuf et l’âne ne peuvent être attelés ensemble pour labourer les champs. La raison reposerait essentiellement sur le fait que l’équidé et le bovin sont de nature et de force différentes. Il ne faut pas abandonner un animal égaré, fut-il celui d’un ennemi, ni même rester indifférent devant un animal las. Il faut en prendre soin au même titre que ses propres animaux jusqu’à ce que le propriétaire soit retrouvé. Or, « Un juste a le souci du bien-être de sa bête (Proverbes 12-10.) »

Plusieurs passages bibliques font preuve d’empathie envers les animaux. En ce qui concerne la consommation de viande, il est utile de rappeler qu’elle ne fut permise qu’après l’épisode du déluge. Les temps messianiques où le loup et l’agneau paitront ensemble laissent entendre une humanité et une faune végétariennes. Notons en outre que le sang symbolise l’haleine de vie (âme) dans la Bible et que toute con¬somma¬tion de sang est interdite. Il n’est également pas permis de se nourrir de chair vivante. Un animal et son petit ne peuvent être abattus le même jour.

La compassion divine envers les animaux est mise en évidence dans la conclusion du livre de Jonas lorsque Jonas voulut se sauver pour ne pas avoir à affronter les Assyriens et les inciter au repentir afin qu’ils soient sauvés. Dieu a de la compassion tant pour les bêtes que pour l’ensemble des êtres humains innocents : « (Et toi Jonas, tu crois) que Moi Je n’épargnerais pas Ninive, cette grande ville, qui renferme plus de douze myriades d’êtres humains … et un bétail considérable ! »

L’avenir

Le réchauffement climatique a remis à l’avant-scène les préoccupations d’ordre écologique. Néanmoins, il existe d’autres dangers auxquels nous devons être sensibles : les réseaux de communication ultra performants de la société de demain vont pouvoir gérer également et de façon instantanée et parfois intrusive – les multiples applications de l’Intelligence artificielle à laquelle la prise de décisions est confiée dans des domaines toujours plus importants.

Il y a une possibilité réelle que celle-ci empiète sur le contrôle humain. Par ailleurs, notre société est mue par des pulsions économiques qui ont leur propre logique d’expansion. Les révolutions technologiques s’accélèrent sans que l’on puisse juger de leur impact sociétal. Or, voilà que la science et le mercantilisme prennent une place considérable étouffant ainsi d’autres mécanismes intérieurs tout comme l’affect, la foi ou l’élan du cœur. Il faut préciser que notre compréhension du monde est scientifisée. L’individu de la société moderne se débat à l’intérieur de cet étau qui fait peu de place à l’âme. L’âme est plus que raison ; elle transcende la raison. L’être humain est doté de raison, mais celle-ci n’explique pas toutes les dimensions de son affect et de ses synergies. L’adage « Le cœur a ses raisons que la raison ne connait point » trouve ici sa pleine dimension.

Selon la Bible la première expérience de l’être humain au Jardin d’Éden fut celle de son libre arbitre qui définit son attitude envers le bien et le mal. À l’heure où le transhumanisme réingénierie littéralement l’être humain pour augmenter ses capacités physiques, intellectuelles et biologiques, en viendra-t-on à délaisser son âme, qui constitue la spécificité humaine dans la Création ? Le libre arbitre pourrait donc être en danger.

Or, bien que lors du récit de la Genèse l’être humain est intimé à conquérir la nature, nous vivons des révolutions technologiques qui dirigent de plus en plus les actions de l’être humain : c’est la nature modifiée par la technologie qui risque de conquérir l’être humain. La Bible ordonne de ne pas chercher à changer l’ordre naturel des choses en accouplant des bêtes d’espèces différentes ou en semant ensemble des graines hétérogènes. Ceci revient à proscrire la modification transgénique des aliments. Il y a un devoir de préservation de la terre, de sa faune et de sa flore et ce devoir de préservation de la Nature s’accompagne de développement dans la nature sans la modifier.

Nous sommes tous des hôtes sur terre et à ce titre nous devons nous comporter comme tels tout comme le souligne le Lévitique à propos de la propriété de la terre : « Vous êtes chez Moi comme des étrangers et comme des habitants. »

Dieu a meublé le monde, mais ne l’a pas complété. La suite de cette tâche revient à l’être humain. Ainsi, tant les humains que Dieu sont des partenaires dans le processus continu que constitue la Création. Il incombe à l’humanité de se responsabiliser avant qu’elle n’aille à la dérive et mette en danger le don divin précieux qu’est la Nature.

La responsabilité de l’être humain envers la nature est soulignée par L’Écclésiaste (7-13) qui dit : « Regarde l’œuvre de Dieu : Qui peut réparer ce que l’homme a dégradé ? » En d’autres mots, il y a lieu de ne pas dégrader l’œuvre de Dieu car il n’y aura personne pour le réparer.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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