Echecs à Gaza

La situation à Gaza a tout d’un mauvais feuilleton : attentes déçues, paroles non tenues, conflits internes. On pourrait s’en gausser, s’il ne s’agissait pas d’un conflit armé avec des morts et des blessés. Côté israélien, le sommet a été atteint lundi et mardi 12 et 13 novembre avec plus de 460 roquettes atteignant Ashkélon, Sdérot et de nombreuses localités de la région.

Un cessez-le-feu a bien été négocié par les intermédiaires égyptiens, mais – à l’heure où ses lignes sont écrites – il n’est pas certain qu’il durera, et du côté israélien personne ou presque n’y croit.

Surtout pas les ministres les plus à droite de la coalition, Avigdor Liberman et Naftali Bennett, pour une fois d’accord. Le leader d’Israël Beïtenou a même démissionné, fragilisant une coalition dont on voit mal comment elle pourrait durer jusqu’en novembre 2019, date prévue par le calendrier officiel pour les élections.

Au sein même du Likoud, des critiques se font entendre sur la gestion de ce conflit, Gideon Saar se posant désormais ouvertement en rival du Premier ministre. 

En d’autres termes, Binyamin Netanyahou joue sa survie politique en maintenant une position très attentiste sur le sujet. En fait, le Premier ministre israélien souhaite à tout prix éviter un conflit généralisé avec le Hamas.

D’abord pour concentrer ses efforts sur une frontière Nord devenue encore plus dangereuse, avec le Hezbollah et des forces iraniennes au Liban et en Syrie. Cet aspect militaire ne doit pas faire oublier le grand objectif politique du chef du gouvernement israélien à Gaza : parvenir à une trêve à long terme avec le Hamas permettant une gestion différenciée du conflit avec les organisations palestiniennes.

Le Hamas aurait la charge d’un mini-Etat palestinien dans la bande, sans être obligé de reconnaître formellement Israël. L’Autorité palestinienne atteindrait alors ses limites, Abou Mazen ne pouvant signer un accord de paix globale qui reviendrait pour lui à renoncer durablement à Gaza. Cette partition politique des Territoires palestiniens épousant les contours de leur séparation géographique permettrait à la droite israélienne de poursuivre sa grande œuvre en Judée-Samarie : renforcer la présence juive, cette annexion rampante en attendant que les circonstances permettent un jour une annexion de jure.

Le projet du Premier ministre d’un « arrangement » (hasdara) avec le Hamas a un seul défaut que les évènements dramatiques dans la région de Gaza devraient lui rappeler : dans un Proche-Orient encore très instable, un incident peut vite dégénérer en violents affrontements et ruiner les stratégies politiques les plus sophistiquées.   

About the Author
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments