Ebrahim Raïssi, ordonnateur des exécutions massives

Ebrahim Raisi, candidat aux élections présidentielles iraniennes, s'adresse aux médias après avoir voté dans un bureau de vote à Téhéran, Iran, le vendredi 18 juin 2021. L'Iran a commencé à voter vendredi lors d'une élection présidentielle inclinée en faveur d'un protégé pur et dur du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, alimentant l'apathie du public et déclenchant des appels au boycott dans la République islamique. (Photo AP/Ebrahim Noroozi)
Ebrahim Raisi, candidat aux élections présidentielles iraniennes, s'adresse aux médias après avoir voté dans un bureau de vote à Téhéran, Iran, le vendredi 18 juin 2021. L'Iran a commencé à voter vendredi lors d'une élection présidentielle inclinée en faveur d'un protégé pur et dur du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, alimentant l'apathie du public et déclenchant des appels au boycott dans la République islamique. (Photo AP/Ebrahim Noroozi)

Les ultra-conservateurs ont gagné les élections présidentielles en Iran avec près de 62% des voix dès le premier tour, mais avec un taux de participation de 48%, le plus faible de l’histoire du pays. La victoire d’Ebrahim Raïssi ne faisait aucun doute puisqu’il est très proche de l’Ayatollah Khamenei et que ses principaux adversaires ont été anormalement disqualifiés, ce qui a poussé le camp réformiste à s’abstenir de voter.

Né le 14 décembre 1960 à Mashhad, ce religieux et homme politique peu charismatique est directeur de Astan-e Qods-e Razavi, la puissante fondation de charité qui gère le mausolée de l’imam-Reza à Machhad ainsi qu’un immense patrimoine industriel et immobilier. Depuis mars 2019, il est chef du système judiciaire iranien et vice-président de l’Assemblée des experts. Il prendra ses fonctions de président à la fin du mois d’août.

Sa carrière a été fulgurante. Nommé procureur général de Karaj, à côté de Téhéran, à seulement 20 ans, au lendemain de la Révolution islamique de 1979. Il restera plus de trois décennies dans le système judiciaire : procureur général de Téhéran de 1989 à 1994, et chef adjoint de l’Autorité judiciaire de 2004 à 2014, année de sa nomination au poste de procureur général du pays.

Il est certain qu’en raison de ses antécédents, on ne se posera pas la question de savoir s’il est «modéré» puisque ses actes et ses déclarations témoignent en sa défaveur. Toujours coiffé d’un turban noir de seyyed, descendant de Mahomet, il est marié à une professeure de sciences de l’éducation. Il fut l’élève du Guide suprême dans ses cours de religion et de jurisprudence islamique. Il est donc vu comme un possible successeur du Guide suprême sachant qu’en tant que membre du bureau directeur de l’Assemblée des experts, il participe à la nomination du Guide.

Mais Raïssi est assimilé à un «boucher» car il a commandé des exécutions massives de prisonniers marxistes ou de gauche du temps où il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Il est le plus connu pour son implication dans l’exécution massive de dissidents dans les prisons iraniennes en 1988, vers la fin de la guerre Iran-Irak.

Des milliers de gauchistes, dont beaucoup étaient des membres des Moudjahidine e-Khalq (MEK) mais aussi de nombreux communistes, ont été exécutés avec son approbation. Il se défend en expliquant qu’il n’appliquait que l’ordre donné par Khomeini pour procéder à cette épuration : «À Téhéran, il y avait 100 à 120 assassinats par jour contre les forces révolutionnaires. C’est mon honneur d’avoir lutté contre l’hypocrisie».

Avec un esprit anachronique, Raïssi a défendu les règles pour limiter les interactions entre hommes et femmes dans les espaces publics : «Empêcher le mélange des hommes et des femmes dans l’environnement de bureau est pour que les hommes et les femmes puissent fournir de meilleurs services aux gens, et c’est une bonne initiative pour créer un environnement de travail et des efforts appropriés pour les femmes. C’est tout à fait défendable et les premiers défenseurs seront des femmes».

Il n’existe aucune chance pour que les relations avec Israël s’améliorent En mai 2021, lors du conflit avec Gaza, il a félicité le Hamas pour son combat contre Israël et a appelé à la libération de Jérusalem : «La résistance héroïque de la Palestine a une fois de plus forcé le régime sioniste occupant à battre en retraite et à faire un pas de plus vers le noble idéal de libération de Saint Qods. La résistance palestinienne à Gaza et la jeunesse palestinienne ont pu apporter une grande victoire à la oumma musulmane et arabe, faire honneur aux musulmans et aux chercheurs de liberté du monde, et compromettre les gouvernements qui rivalisent depuis un certain temps pour normaliser les relations avec le régime israélien qui tue des enfants et les rend encore plus honteux».

Conscient des difficultés économiques de l’Iran, Raïssi préconise une «économie de résistance autosuffisante» et le développement de l’agriculture plutôt que d’attendre les investissements occidentaux : «Je vois l’activation d’une économie de résistance comme le seul moyen de mettre fin à la pauvreté et aux privations dans le pays. Il serait erroné d’attribuer tous les malheurs économiques de l’Iran aux sanctions imposées au pays par les États-Unis. L’inflation est l’un des graves problèmes auxquels les gens sont confrontés aujourd’hui. Le prix des produits de base a considérablement augmenté».

Raïssi s’appuie sur Khamenei pour justifier son engagement pour l’accord nucléaire de 2015 qui limite les capacités nucléaires de l’Iran en échange d’une levée des sanctions : «Nous serons attachés au JCPOA en tant qu’accord approuvé par le guide suprême. L’accord nucléaire doit être mis en œuvre par un gouvernement fort mais il n’est pas question de s’en passer. Notre politique étrangère mettra les intérêts nationaux au premier plan. Les sanctions oppressives devaient être levées et aucun effort ne devait être épargné à cet égard». 

Compte tenu de ces déclarations, il est évident que Raïssi est un partisan de la ligne dure. Les 18 millions d’électeurs sur 59 millions d’inscrits qui lui ont accordé leur confiance, prouvent que la population a massivement approuvé le boycott des élections et que le président est le plus mal élu de l’histoire. Il est à craindre que pour contenir la protestation, il soit amené à rouvrir les plaies de la répression meurtrière de 2019. Sombre perspective pour l’Iran.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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