Dupond-Moretti, l’enfant terrible du gouvernement

Nommé ministre le 6 juillet 2020, Eric Dupond-Moretti apparaît comme l’enfant terrible du gouvernement. Entre prises de paroles contestées et marge de manœuvre réduite, la mission du nouveau Garde des Sceaux s’avère plus complexe que prévue.
Dans une équipe, le sélectionneur est là pour rassembler les joueurs et créer une cohésion. Au sein du gouvernement, c’est pareil… ou presque. L’actuel ministre de la Justice, en arrivant place Vendôme, ne s’est pas fait que des amis. On l’attendait pour sa liberté de ton, on le retrouve en opposition avec deux poids lourds du gouvernement.
Des divergences profondes
Quelques semaines après la nomination d’Eric Dupond-Moretti place Vendôme, les écologistes lui tombent dessus concernant sa formule « ayatollahs de l’écologie ». Le célèbre avocat pénaliste a toujours médiatisé sa passion pour la chasse, mais tenir cette position dans un gouvernement où la numéro 3 du gouvernement n’est autre que la ministre de la Transition écologique, et après la percée des écologistes aux municipales, ça fait tâche. L’avocat a perdu de son splendide lorsqu’il a accepté de se rendre aux journées d’été d’EELV pour se justifier sur sa prise de position. 1er tacle, dont acte.
Le lien « police/justice » tant critiqué ces dernières années n’est pas près de fonctionner tant les visées entre les deux hommes sont éloignées
L’enfant terrible du gouvernement a remis ça pour sa rentrée, le 1er septembre. Cette fois, il s’oppose au numéro 7 du gouvernement, à l’enfant Roi sur qui compte Emmanuel Macron après l’échec de son ancien ministre de l’Intérieur. Gerald Darmanin à travers son terme d’ensauvagement, s’est vu reprendre par l’actuel Garde des Sceaux qui estime que cette formule « développe le sentiment d’insécurité ».
On sait le lien profond qui existe entre Nicolas Sarkozy et Gerald Darmanin. Nicolas Sarkozy a toujours souhaité deux tribunaux pour les mineurs : un tribunal de la famille qui traiterait tous les problèmes des mineurs et à côté un tribunal pénal pour mineurs, qui jugerait les crimes et délits commis par les mineurs.
L’idée était d’endiguer la montée de la délinquance des moins de 18 ans. Presque opposé à cette vision, l’actuel locataire de la place Vendôme explique que « un mineur de 13 ans reste un enfant ».
Le lien « police/justice » tant critiqué ces dernières années – on pense au duo Manuel Valls/Christiane Taubira – n’est pas près de fonctionner tant les visées entre les deux hommes sont éloignées.
Une marge de manœuvre réduite
Si le ministre de la Justice avait négocié sa liberté de ton, il a dû se taire sur sa liberté de faire.
A peine trois jours après son arrivée, et suite à des pressions en interne, Eric Dupond-Moretti a dû remercier sa conseillère spéciale, Charlotte Bilger. La magistrate qui avait mis en examen François Bayrou et plus d’une dizaine d’élus ou de cadres du MoDem pour « complicité de détournement de fonds publics » a pu apparaître comme un élément perturbateur au sein de La Chancellerie.
Aussi, le fait que le ministre de la Justice souhaite rapatrier les djihadistes français pose un problème de fond. La ligne de conduite de la droite a toujours été claire : ces ressortissants ont trahi la France, ces individus doivent assumer leur choix et la France n’a plus à se préoccuper de leur sort. La prise de position inverse du locataire de la place Vendôme a fait grincer des dents les membres du gouvernement issus de la droite.
Pour un Président qui souhaite effacer la droite de l’échiquier politique, Eric Dupond-Moretti s’apparente à un fruit pourri qui permet aux Républicains de réaffirmer leurs valeurs. Le « en même temps » a fait son temps.
Outre les juges avec qui on le sait en froid, le garde des Sceaux s’est mis à dos deux des principaux ministres du gouvernement Castex. L’addition de ses prises de positions et sa difficulté à se trouver une place à la table des ministres rendent sa mission bien plus délicate qu’à l’accoutumée.
L’entrée sur le terrain du numéro 11 est mal perçue par le numéro 3 et le numéro 7. Et dans une équipe, l’ancienneté prévaut dans le vestiaire. Eric Dupond-Moretti se met sur la touche. Au détriment de notre justice.
