Duel serré au deuxième tour pour Meyer Habib

Meyer Habib, député des Français d'Israël, lors de l'Olimpiada à Jérusalem, le 30 juin 2016. (Crédit : autorisation)
Meyer Habib, député des Français d'Israël, lors de l'Olimpiada à Jérusalem, le 30 juin 2016. (Crédit : autorisation)

Les résultats de la 8ème circonscription des Français de l’étranger comprenant Israël, Chypre, l’Italie, la Grèce et la Turquie sont tombés. Les résultats définitifs ont été validés par le Conseil Constitutionnel. Sur les treize candidats, seuls les deux premiers sont autorisés à concourir au second tour car aucun autre n’a obtenu 12,5% des électeurs inscrits. Le troisième, candidat mélenchoniste, ne peut se maintenir malgré les 2.986 voix (18,6%) obtenus.

Meyer Habib, soutenu par l’UDI, arrive en tête avec 4.572 voix (28,5%). Il est immédiatement suivi par une jeune macroniste qui n’a pas démérité, Déborah Abisror avec 4.402 voix (27,4%). Le candidat de Zemmour, Serge Siksik, a fait illusion avec 1.095 voix (6,8%) loin derrière les plus de 50% des voix obtenus par Eric Zemmour à la présidentielle, confirmant ainsi les disparités entre élections législatives et présidentielles. Un autre candidat de gauche franco-iranien, Milad Ezabadi, sort du lot avec 793 voix (4,9%) et a déjà appelé ses électeurs à reporter leurs voix sur Déborah Abisror.

La première remarque concerne la faiblesse de la participation 16.043 votants sur 131.219 inscrits, à peine 12,2%. Il ne s’agit pas d’une élection qui soulève la passion chez les électeurs ce qui pose sérieusement la question de l’avenir du maintien de ces élections pour les 11 députés des Français de l’étranger, prévus à disparaitre dans le projet de réforme de l’Assemblée nationale. Les Sénateurs resteront seuls qualifiés pour les représenter. Nicolas Sarkozy avait créé ces postes pour récompenser certains des siens. A ce sujet, il est important de noter la défaite au premier tour de Manuel Valls qui n’arrive pas à se maintenir.

Aucun observateur sérieux ne peut anticiper le résultat final car la participation au second tour et le report des voix sont impossibles à prévoir. Tout va se jouer sur les voix des mélenchonistes qui pour eux, auront à choisir entre la peste et le choléra. Les autres 25% des voix seront répartis entre les deux candidats restants. Meyer Habib dispose encore d’une petite réserve de voix parmi les Juifs orthodoxes qui n’ont pas pu voter en raison du jour du Don de la Torah (chavouoth).

Déborah Abisror, soutenue par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, peut bénéficier d’un report de voix dans les pays autres qu’Israël qui n’apprécient pas beaucoup Meyer Habib taxé de candidat pro-israélien. L’ancienne cheffe de cabinet d’Olivier Véran pourrait créer la surprise en faisant sortir le sortant. Elle n’est pas nouvelle en politique et dispose d’une expérience dans les cabinets ministériels. Mais rien n’est encore acquis car Habib a souvent montré qu’il tenait parfaitement sa circonscription, qu’il avait plusieurs cordes à son arc et qu’il savait mobiliser les abstentionnistes israéliens qui ont boudé les élections.

Il est certain que le résultat se jouera à quelques dizaines de voix près. La chute d’Habib serait considérée comme un deuxième coup dur pour Netanyahou en perdant un ami qui, lui aussi, lui a rendu l’ascenseur en le soutenant aux quatre élections israéliennes à la Knesset. Habib a la réputation de «murmurer à l’oreille de Benjamin Netanyahou», qui vient de quitter le pouvoir. Ce serait aussi un coup dur pour la droite israélienne et pour les Juifs orthodoxes qui n’auront plus de représentant actif à l’Assemblée nationale française.

À la fois député français et proche de Benyamin Netanyahou, Meyer Habib joue un rôle diplomatique actif dans les relations franco-israéliennes. Il a cependant un défaut principal de vite s’emporter dans ses interventions à la tribune de l’Assemblée au point de les rendre parfois incompréhensibles. Son positionnement pro-Likoud pose question surtout pour les électeurs des autres pays.

Membre de la commission des affaires étrangères, Habib a la réputation de se lancer souvent dans une diatribe tonitruante donnant l’impression qu’il ne parle pas mais qu’il hurle. Certains députés le trouvent très violent dans ses interventions, ils l’accusent d’être insultés dans les réunions, voire traitées de «petites connes» pour certaines femmes lors d’une manifestation dansée et chantée d’élues en bleu de travail contre la réforme des retraites.

Rien n’est encore définitif, Deborah Abisror aura beaucoup de travail pour contrer un personnage habitué au combat politique. D’origine tuniso-marocaine, elle est convaincue de sa victoire face à un député qui a fait son temps car elle apporte un souffle nouveau de femme. Proche du gouvernement, elle pourrait obtenir plus de facilités dans ses projets. Tout va dépendre de l’abstention et surtout des reports de voix des mélenchonistes. Alexandre Bezardin, suppléant de Habib, a acté la difficulté du deuxième tour : «Être en capacité d’inverser les conditions défavorables en 30 jours est un exploit collectif qui montre toute notre détermination à ne rien lâcher face aux difficultés».

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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