Dix-sept mois pour rien

Photo montage du Premier ministre Benjamin Netanyahu (gauche) et de Benny Gantz aux bureaux de vote à Jérusalem et Rosh Haayin, respectivement, lors des élections à la Knesset du 2 mars 2020. (Marc Israel Sellem/POOL, AP Photo/Sebastian Scheiner
Photo montage du Premier ministre Benjamin Netanyahu (gauche) et de Benny Gantz aux bureaux de vote à Jérusalem et Rosh Haayin, respectivement, lors des élections à la Knesset du 2 mars 2020. (Marc Israel Sellem/POOL, AP Photo/Sebastian Scheiner

A l’heure où ces lignes sont écrites, le nouveau gouvernement devrait prêter serment devant la Knesset le 14 mai. Il aura fallu trois dissolutions de la Knesset et trois élections pour aboutir à ce résultat : un gouvernement dit d’urgence nationale et d’union nationale pour la durée de la législature.

En principe, car peu d’observateurs croient au bon fonctionnement de l’accord conclu entre le Likoud et Bleu-Blanc : une rotation au poste de Premier ministre au bout de dix-huit mois, avec toute une série de stipulations destinées à assurer cette échéance en cas d’évènement – judiciaire notamment – imprévu.

On pourrait se réjouir de voir ainsi s’achever la plus longue crise gouvernementale connue par le pays depuis sa création : dix-sept mois. Il y aura désormais un gouvernement pour gouverner et une majorité solide (plus de 70 députés) pour légiférer.

Mais sur quoi ? Car cet accord de coalition ne mentionne qu’une seule mesure de fond : l’annexion de parties de la Cisjordanie dès le mois de juillet. Pour le reste, il s’agit surtout d’empêcher le partenaire d’imposer des nominations et de nouvelles mesures législatives. L’union nationale pourrait ainsi fort bien déboucher sur l’immobilisme.

La crise sanitaire a sans doute poussé les négociateurs au compromis, mais à l’heure du déconfinement, il ne s’agit pas vraiment d’un gouvernement d’urgence nationale. Il est vrai que le gouvernement devra faire face à une grave crise économique avec un taux de chômage record et de nombreuses faillites.

Mais sur ces questions les ministres n’auront sans doute pas de mal à s’accorder tant la palette des mesures sera forcément restreinte. On aurait aimé que ce gouvernement tire les leçons de dix-sept mois de crise politique en s’attaquant au mal israélien : un système électoral archaïque.

La représentation proportionnelle intégrale génère l’instabilité gouvernementale, fige les divisions de la société, encourage le clientélisme et l’émiettement de la représentation parlementaire avec une dizaine de groupes. Last but not least, l’absence d’un système majoritaire conduit à de longues négociations pour la formation du gouvernement qui prennent vite l’aspect de discussions de marchands de tapis.

Seul moyen pour mettre suffisamment de monde d’accord : la multiplication des postes ministériels (30 dans le gouvernement sortant, 36 dans le nouveau) avec toute la gabegie que cela implique. L’accord de coalition en prévoyant de façon détaillée la composition de l’exécutif pendant les 4 ans qui viennent interdit en pratique toute réforme institutionnelle.

En somme, on reproduit en les aggravant tous les défauts du système. Dix-sept mois de crise pour rien, ou plutôt si : pour mieux créer les conditions de la prochaine.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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