Divergences au sein du gouvernement

Il fallait s’y attendre.

Avec plus de trente ministres et ministres adjoints réunis au sein d’une coalition composite (trois partis de droite, deux partis du centre, deux partis de gauche et un parti arabe), les divergences ne pouvaient manquer d’apparaître.

Elles sont de deux ordres. Des divergences idéologiques qui opposent la gauche et la droite lorsque des initiatives sont très marquées.

Ainsi, la rencontre entre deux ministres du parti Meretz (Nitzan Horowtiz et Issawi Fredj) et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), a été contestée par plusieurs ministres appartenant à la droite de la coalition comme Gideon Saar qui l’a estimée « inutile ». De même, la déclaration de la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked, faite au cours de sa visite aux Emirats arabes unis, selon laquelle le gouvernement actuel ne débattra pas de la création d’un Etat palestinien, a provoqué un vif échange avec le ministre des Affaires étrangères, Yaïr Lapid. Il est vrai que ce dernier entend bien mener sa propre politique en la matière lorsqu’il succédera à Naftali Bennett le 23 août 2023. Il y aura d’autres polémiques de ce type, aucun parti de la coalition n’ayant renoncé à son idéologie.

Il y a un second type de divergences, pas plus surprenantes, qui tiennent au quant-à-soi des ministres. Ainsi, Benny Gantz se montre particulièrement sourcilleux sur le respect de ses prérogatives, s’opposant à ce que ses collaborateurs rencontrent directement ceux du Premier ministre. Plus encore, il a manifesté sa mauvaise humeur à la suite du discours du chef de gouvernement à la Knesset lorsque celui-ci a révélé au public, sans en informer son ministre de la Défense, l’opération menée par le Mossad pour obtenir de nouvelles informations sur le sort du navigateur Ron Arad. Benny Gantz vit d’autant plus mal la situation actuelle, que le poste de Premier ministre qui lui avait déjà échappé dans la précédente coalition, est promis à son ancien allié, Yaïr Lapid.

D’autres divergences apparaîtront, mais de nature plus temporaire. Ainsi, les discussions sur le budget qui doit être adopté au plus tard mi-novembre donneront lieu aux petits chantages habituels : la menace de ne pas voter le texte si des demandes de dernière heure ne sont pas satisfaites. Le parti Ra’am se prépare déjà à user et abuser de cette technique, et il ne sera sans doute pas le seul. D’après tous les observateurs, cela ne devrait pas empêcher l’adoption du budget. Le gouvernement entamerait alors une nouvelle période où sa gestion des affaires du pays sera encore contestée par l’opposition et sa vie interne marquée par des divergences.

Cela n’a jamais empêché un gouvernement de fonctionner.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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