Dissonance au sommet

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présidant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, dimanche 5 janvier 2020. (Ronen Zvulun / Pool via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présidant la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, dimanche 5 janvier 2020. (Ronen Zvulun / Pool via AP)

Nombre de responsables politiques israéliens, et d’abord ceux de l’opposition, focalisent leur attention sur le sort réservé à la demande d’immunité présentée par le Premier ministre à la Knesset.

A l’heure où ces lignes sont écrites, on ignore si cette demande sera examinée par la commission compétente, et même si celle-ci pourra être constituée. Ces incertitudes alimentent commentaires et spéculations sur l’avenir judiciaire de Binyamin Netanyahou.

Nul doute que le Premier ministre suit ces développements de près. Mais il n’oublie jamais que ces questions ne passionnent qu’une partie du public israélien, et plutôt celle qui ne lui est pas favorable. Son électorat s’intéresse plutôt aux conséquences que pourrait avoir l’élimination du général iranien Soleimani sur l’équilibre des forces dans la région.

On ne fera pas à Binyamin Netanyahou le mauvais procès d’une utilisation à des fins électorales de la nouvelle tension aux frontières. Il n’a pas besoin d’en rajouter. En Israël, comme dans tous les pays du monde, les préoccupations sécuritaires renforcent la droite. La gauche – ou ce qui en reste – et le centre sont toujours soupçonnés de laxisme à cet égard, même lorsque leurs dirigeants multiplient les déclarations soutenant fermement la position du gouvernement.

Les porte-paroles du Likoud l’ont bien compris : il suffit de dénoncer leurs opposants comme obsédés par la mise à l’écart de Binyamin Netanyahou … et de sous-entendre que pour ces derniers, toutes les autres questions sont secondaires.

On aurait tort de penser que la ficelle est un peu grosse. A s’enfermer dans le seul débat sur le sort à réserver à la demande d’immunité parlementaire du chef de gouvernement, l’opposition risque d’être inaudible sur les autres questions et d’abord sur celle de la sécurité revenue au premier plan des préoccupations des Israéliens.

Les leaders de l’opposition israélienne ne sont pas les seuls à commettre cette erreur. Aux Etats-Unis aussi, les démocrates en engageant une procédure d’impeachment qui n’a à peu près aucune chance d’aboutir, privilégient une approche morale de la politique alors que les Américains veulent d’abord être rassurés sur leur sort.

A Jérusalem, cette dissonance au sommet pourrait bien avoir de fâcheuses conséquences pour Benny Gantz et les siens. En multipliant les interventions sur la question de l’immunité, ils laissent à la droite le beau rôle de se présenter comme seule soucieuse des intérêts vitaux du pays face à des élites coupées des réalités.

Mensonge ? Bien évidemment. Mais depuis le début du XXIème siècle, ce positionnement, devenu un grand classique du populisme de Washington à Budapest en passant par Brasilia, s’avère d’une redoutable efficacité.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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