Dieu habite en Israël

Crédit : Pierre Orsey
Crédit : Pierre Orsey

J’ai presque fini de lire le récit de la randonneuse Linda Bortoletto qui raconte sa traversée d’Israël à pied de Dan à Eilat.[1] Je voudrais citer en entier un passage (page 215) dans lequel elle exprime son ressenti de la présence du « Divin » sur cette terre alors qu’elle se trouve dans le désert du Néguev :

« Un éclair de clarté me foudroie. D’un coup je m’arrête, plantée comme un roc au milieu des pierres. La force d’attraction de cette région, sa force sacrée, celle qui captive depuis des millénaires les peuples, les civilisations, les nations de tous les continents, combattant jusqu’à la mort, celle qui séduit les oiseaux migrateurs et la magnétite de leurs cerveaux au point qu’ils décident de s’arrêter ici même, ou encore celle qui aurait amené Néandertal et Sapiens à s’hybrider en ces lieux, celle qui m’a guidée moi-même, cette force n’émane ni des mots, ni des monuments, ni des religions, qui n’en sont que conséquences, ni des hommes, qui ne l’ont pas créée mais ont su la préserver, en ne cessant de croire en elle, quitte à se battre.

Elle émane du puissant magnétisme séquestré dans les plis de la terre, ses replis, ses reliefs, ses sous-sols, dans les pierres, les eaux, la lumière et qui, depuis des semaines, suinte et pénètre mon corps, ma bouche, mes narines, mes pupilles, mes oreilles, mes pores, pour se loger jusque dans mes cellules. La force d’attraction de cette région, c’est le rayonnement de ses énergies, souterraines et célestes, c’est son tellurisme. »

Ce qui m’étonne c’est qu’une exploratrice des grands espaces sauvages (Tibet, Alaska, Kamchatka…) se décide à parcourir un pays si exigu.

Ce qui me frappe c’est qu’elle s’obstine (malgré toutes les mises en garde de ses amis) à se rendre dans un pays où le simple fait de prononcer son nom risque d’indiquer un positionnement politique. Essayez de dire « je vais en vacances en Israël » et vous verrez si la réaction est aussi neutre que si vous dites « je pars en vacances en Espagne »…

Ce qui me surprend c’est son itinéraire spirituel. Elle part d’une éducation catholique avec une ouverture à l’islam (par sa mère) et abandonne toute religion pour finalement, au Tibet, se tourner -plus ou moins- vers le bouddhisme. Elle arrive en Israël sans tenir compte des préjugés et au bout de quelques jours de marche, elle passe de l’agnosticisme à une certaine curiosité : qui est ce Dieu révélé à Israël ? C’est à Sfat qu’elle commence à s’intéresser à Celui qui n’est pas encore ce qu’il est

On peut lire sur la quatrième de couverture de son livre sur le Chemin des anges, « Je serai ce que je serai ». C’est l’une des traductions possibles de la réponse donnée à Moïse qui Lui demandait son Nom : הְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה (Exode 3,14). A peine arrivée sur la terre d’Israël, l’exploratrice rencontre le Dieu qui l’habite.

Cela montre que cette terre porte en elle quelque chose du « Divin » que l’on ne trouve pas en dehors de cette zone géographique particulière. Sur tout le reste de la planète il y a Elohim mais HaChem ne se trouve nulle part ailleurs que sur CETTE terre. Les Juifs le savent peut-être mais ne s’en rendent pas toujours compte.

Ce sont les étrangers qui peuvent souvent mieux l’exprimer, comme par exemple le général syrien Naaman (dans le 2ème livres des Rois au chapitre 5) : « Je reconnais qu’il n’y a point de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël ». Et comme Linda Bortoletto… Je cite encore un passage (page 192) où elle échange à ce propos avec un Israélien :

« – Cette terre est intense, dis-je ? [Linda]. C’est les montagnes russes ici ! Moi qui recherche la puissance des émotions, je suis servie. Toutes ces histoires… les combats du passé, ceux du présent… et en même temps, quand tu dépasses ça, la puissance de l’énergie. Ça me travaille depuis plusieurs semaines, je la ressens mais voilà, je ne sais pas d’où ça vient. Des lieux ? Des hommes ? Des deux ? Est-ce que c’est ça qu’on appelle le sacré ? Est-ce parce qu’il y a tant de lumière qu’il y a tant d’ombre ici ?

Ouah… tu vas loin dans ta découverte. Tout le monde n’est pas comme toi. Moi, je vis ici, je ne sais pas, je n’ai pas ton regard neuf, je pense que je me suis habitué. »

Et avant même de toucher cette terre, Linda Bortoletto, avait eu cette révélation par intuition :

« Automne 2017. Suite à une méditation, une vision me tombe dessus, comme un éclair : Israël. Israël ? J’ignore tout de ce pays et l’idée de m’y aventurer ne m’a jamais effleuré l’esprit. Pourtant, ma vision est claire, limpide : je dois me rendre dans ce pays. »

https://lindabortoletto.com/sentiernationalisraelien

Ce que je remarque dans le regard neuf de l’exploratrice c’est qu’elle a eu besoin de plusieurs semaines de marche pour pouvoir exprimer ce que son corps ressent et comprendre l’appel qu’elle a reçu dans son âme à venir sur cette terre « toucher » le divin.

Dans la spiritualité d’Israël le divin et le terrestre se confondent. Cela me fait penser au verset d’un psaume où l’auteur utilise des termes physiques (sensuels) pour parler de son désir de Dieu. Il utilise un verbe qui exprime la nostalgie du toucher : son corps (sa peau) en garde le goût ; il ressent le désir physique d’être à nouveau en contact avec HaChem.

Psaume 63,2 : כָּמַהּ לְךָ בְשָׂרִי

– « ma chair languit après toi » (traduction André Chouraqui)

– « mon corps soupire après toi » (Louis Second)

– « mon être te désire passionnément » (Rabbinat)

En Israël, sur cette terre particulière, on peut ressentir cette unité du corps et de l’âme, des forces telluriques et célestes. Même une personne ignorant à peu près tout du judaïsme et d’Israël, si elle est sensible et attentive comme Linda, peut connaître cette sensation. La difficulté est ensuite de la conserver et de l’emporter ailleurs… Et de la partager.

[1] Linda Bortoletto, Le chemin des anges, Ma traversée d’Israël à pied, Payot, mars 2021

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Complément :

Un article dans le Times of Israël : Linda Bortoletto, la quête du monde, de soi et du chemin des Anges en Israël :

https://fr.timesofisrael.com/linda-bortoletto-la-quete-du-monde-de-soi-et-du-chemin-des-anges-en-israel/

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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