Didier Leschi, Ce grand dérangement : L’immigration en face

Capture d'écran - Guyane soir
Capture d'écran - Guyane soir

Cette question de l’immigration est probablement la plus épineuse et la plus controversée qui soit. L’auteur de ce petit tract (c’est le genre de la collection), préfet de la République et spécialiste supposé de ces questions, tente, nous dit-il, de débrouiller la question et de guider le lecteur.

Il tient certes, parole, mais on n’a pas l’impression qu’il va au bout de sa tâche qui consiste à bien dessiner les différentes approches, se contentant de renvoyer dos à dos les extrémistes des deux bords : ceux qui sont en faveur de l’abolition de toute frontière et de tout règlement entravant les grands mouvements de populations d’un continent à l’autre (de l’Orient arabo-musulman vers l’Europe judéo-chrétienne), et ceux qui veulent stopper l’immigration.

Et c’est là que le bât blesse car le pays ne peut plus faire face à ces vagues d’immigration qui menacent son équilibre ethnique , un danger qui commence à se faire sentir avec de plus en plus d’acuité.

L’auteur commence son travail par une citation paulinienne, reprenant l’idée que tous les hommes sont les fils de Dieu, plus de juifs, plus de grec, etc. Il enrôle même une belle encyclique pontificale prônant l’amour de tous pour tous et une fraternité humaine universelle.

Me permettra-t-on de dire que le pape est dans son rôle, lui qui règne sur près d’un milliard et demi de catholiques mais qui ne pourrait pas accueillir un seul immigré et sa famille au Vatican. Les questions liées à l’immigration sont d’ordre politique, même si l’éthique ne devrait plus être ignorée par les politiques. Mais en attendant que la nature humaine change et que le paradis sur terre prenne effet, il faut traiter ces questions avec les moyens du bord.

Notre histoire judéo-chrétienne commence avec le déplacement du patriarche Abraham, père du monothéisme éthique et premier migrant de notre culture. Pourtant, sa propre vie, faite de pérégrinations et de luttes pour survivre (contre la famine, contre les razzias, etc…) ne fut pas aisée. On crée souvent de faux débats en jetant sur la table l’aspect éthique, comme si la première des obligations n’était pas de défendre sa propre culture et sa propre religion.

Aujourd’hui, le problème ne se pose pas dans les mêmes termes, car sur ces arrivées massives d’hommes, de femmes et même de nouveau-nés se greffe tout autre chose : la compatibilité de l’essence politique de ces migrants et la culture européenne, au sens large, ou la culture française, plus précisément.

La tradition de la France, pays catholique et de race blanche (Charles de Gaulle), est, depuis la Révolution, d’accueillir l’étranger, de le soigner, le protéger et le nourrir ; mais une fois qu’il a retrouvé ses forces et sa vigueur, il rentre généralement chez lui. Les pays d’accueil ont le droit de dire qui ils veulent recevoir chez eux. Nous avons dans l’UE de nombreux exemples d’anciens pays du bloc de l’Est qui ne veulent pas que se produisent chez eux les mêmes problèmes qu’en France ou en Grande Bretagne…

Dans cette plaquette qui n’excède pas les cinquante pages, on nous abreuve d’une quantité  impressionnante de chiffres, de statistiques de pourcentages, dont certains sont inquiétants. On n’en est plus à faire l’historique de ce qui arrive, on doit réagir au plus vite car, de l’aveu même de notre sympathique préfet, la situation devient chaque jour plus difficile à gérer dans certaines banlieues.

Le défi qui nous est lancé commande une réaction rapide, s’il est encore temps. Les gouvernants, depuis au moins Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, connaissent la situation dans le détail : le dernier susnommé a même parlé de partition ; quant à un ancien ministre de l’Intérieur, homme d’expérience à l’esprit rassis, a même prévenu ; le côte à côte va se transformer en face à face. Difficile d’être plus clair.

Mais les différents gouvernements ont cru que le problème de l’acculturation et de l’intégration se résoudrait naturellement, sans qu’on ait à interférer de quelque manière que ce fût. Ce postulat était erroné. Et nous en payons les conséquences depuis plusieurs années.

Les sondages qu’on peut lire ici donnent tous les mêmes résultats ; un nombre non négligeable de jeunes, dans nos universités et nos écoles, affirment placer la loi religieuse au-dessus de la loi républicaine. Cette attitude renverse tout notre édifice politique comme une assiette sur son bord…

On a même relevé quelques incidents fort regrettables lors de la journée solennelle d’hommage à la mémoire d’un jeune enseignant Samuel Paty. Les intéressés ne se cachent même plus, ils clament haut et fort dans quelle direction penche leur sensibilité. Or, cela fait des décennies que nous socialisons et scolarisons ces mêmes enfants, dont la plupart sont nés en France : devra t on supprimer le droit du sol ? Devons-nous renforcer les cours d’éducation civique ou bien est-ce peine perdue ?

Je ne m’éloigne pas du sujet, j’essaie de voir comment on peut résoudre ce problème qui a même rendu nécessaire la création d’un ministère chargé de l’identité nationale. Le philosophe judéo-français Emmanuel Levinas a dit, parlant des juifs : quand on parle de l’identité juive, c’est qu’on l’a perdue… Si l’on parle de l’identité de la France, c’est qu’elle est en train de la perdre !

Mais ce livret a tout de même un mérite, il fait de la prospective et suppute ce que sera la population mondiale dans trente ans : à moins que tout ne trompe, l’Inde, la Chine  et l’islam seront les grands gagnants. Les nations européennes seront englouties par tant de vagues d’immigrations successives qu’on ne pourra plus stopper ni même ralentir…

La seule possibilité de s’en sortir sans recourir à la grosse artillerie, serait de créer des fonds financiers substantiels aptes à maintenir chez eux tous les candidats au départ pour un supposé eldorado européen. Il conviendrait de leur offrir chez eux ce qu’on leur offre chez nous. Tout le monde y trouverait son compte.

Toutefois, il faut bien reconnaître qu’une grande partie de la population mondiale végète dans de conditions de vie désastreuses. Mais cela ne donne pas le droit d’entrer chez les gens par effraction. Cette méthode rappelle le mésusage du droit d’asile, un droit abusif derrière lequel se cachent des migrants économiques.

Le préfet liste tout ce que la France fait en faveur des migrants, comment elle les traite humainement, les accueille et les favorise. Elle préserve leurs droits et même bien au-delà. Et c’est là tout le problème. A son corps défendant, elle provoque ce flux incessant.

Mais voilà, les migrations sont comme la santé, elle n’a pas de prix mais elle a un coût…

Justement, la France devrait cesser d’exhiber toutes ces pompes aspirantes qui incitent tous ces gens à venir dans l’Hexagone. Elle affaire à des groupes bien organisées qui connaissent les points faibles de notre législation, notamment en matière de mineurs non accompagnés. Et, en effet, quel homme laisserait végéter dans nos rues des enfants démunis, véritable proies de nombreux  prédateurs ?

En conclusion et en hommage à ce petit livre qui pose de bonnes questions, quand les lois sont inadaptées, on les change.

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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