Dialogue des civilisations et des religions à Fès

Université de Karaouiyine de Fès
Université de Karaouiyine de Fès

L’ancienne ville de Fès, fondée au IXe siècle par Moulay Idriss, a été pendant des siècles un important centre d’apprentissage, de vie intellectuelle et de spiritualité, où musulmans, juifs et chrétiens ont vécu ensemble dans la paix et l’harmonie. Il suffit de penser à trois résidents représentatifs de la ville : Maïmonide, Ibn Arabi et Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II.

Une ville de tradition qui a su garder intact et vivant le rythme du passé dans les rues et les maisons de sa Médina, protégée des ravages du temps. Une ville de respect et dialogue des civilisations et cultures. Une ville qui fait partie de l’Afrique et du Moyen-Orient, avec des liens avec une culture amazighe pérenne et généreuse, fermement intégré dans le monde islamique, et lié à l’Europe et l’UE.

Le Maroc de Fès offre un ensemble unique d’opportunités et d’expériences pour ceux qui s’intéressent à l’Islam, aux sociétés multiculturelles, et au développement postcolonial en Afrique et au Moyen-Orient en particulier.

Fès, ville du dialogue et du vivre-ensemble

Le neuvième Forum mondial de l’Alliance des civilisations des Nations unies (UNAOC) s’est ouvert à Fès le mardi 22 novembre 2022. En effet, cette ville historique a accueilli cette année le forum mondial, dont le thème est : « Vers une alliance de la paix : Vivre ensemble comme une seule humanité« .

Confronté à une nouvelle montée de l’extrême droite et à plusieurs conflits géopolitiques et humanitaires, le forum a cherché à promouvoir la paix et la solidarité afin de relever les défis mondiaux tels que la pandémie de COVID-19 et le changement climatique.

La conférence a mis l’accent sur l’Afrique, « un continent qui n’a pas encore acquis la place qui lui revient en matière d’action collective et de mobilisation mondiale« , avait déclaré M. Bourita en octobre dernier.

On se rappelle que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a inscrit l’ancienne médina de Fès au patrimoine mondial en 1981, citant ses nombreux sites historiques, tels que l’université al-Qarawiyyin, la plus ancienne université du monde toujours en activité.

Ainsi, la ville a été choisie pour accueillir le forum « en raison de son caractère ancestral et de son symbolisme spirituel« , a déclaré M. Miguel Ángel Moratinos, Haut-Représentant pour l’UNAOC, au début de l’année.

Un message de SM le Roi Mohammed VI, délivré par son conseiller André Azoulay, a ouvert l’événement, soulignant le paysage historique et culturel de Fès, décrivant son accueil du forum comme « un privilège« .

« Le contexte actuel est marqué par la résurgence des causes mêmes qui ont conduit à la création de l’Alliance des civilisations« , indique le message. « Jamais notre civilisation n’a été autant exposée. Jamais le vivre ensemble n’a été menacé au quotidien. »

Dans ce contexte, SM le Roi a souligné dans son message l’histoire de la coexistence religieuse et culturelle au Maroc entre les communautés musulmane et juive.

Sur ce sujet, le cardinal Cristobal Lopez Romero, archevêque de Rabat, a déclaré, à la veille du 9e Forum de l’Alliance des civilisations de l’ONU les 22 et 23 novembre 2022 à Fès que le Maroc est un modèle ‘’puissant’’ de dialogue et de vivre-ensemble. En effet, il a estimé, dans un entretien à la MAP, que le choix du royaume pour abriter cet évènement international “reflète la puissance du Maroc comme modèle de dialogue et du vivre-ensemble”. “Au Maroc, nous avons dépassé le modèle basé sur la tolérance, qui était certes louable mais insuffisant”, a-t-il fait observer. “Que l’Alliance des civilisations ait voulu faire cette rencontre au Maroc en dit long et reflète de manière positive ce que nous vivons au quotidien dans ce pays. Et le choix concret de Fès réaffirme sa qualité de capitale spirituelle du royaume”, a-t-il poursuivi.

Maroc champion du dialogue inter-religieux

Le Maroc « est depuis longtemps un champion du dialogue interreligieux et un leader dans notre lutte contre l’extrémisme« , a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, mardi à Fès.

Dans un discours prononcé à l’ouverture du 9e Forum mondial de l’Alliance des civilisations (UNAOC), M. Guterres a déclaré que le Maroc est « un hôte naturel pour ce Forum« , saluant le « choix inspiré » de Fès comme lieu de ce rassemblement. « Cette histoire riche et ancienne fait de Fès le lieu idéal pour se rassembler et réfléchir à l’état de notre monde« , a-t-il déclaré.

Le SG de l’ONU a également exprimé ses remerciements à Sa Majesté le Roi Mohammed VI « pour Son engagement personnel et permanent dans la défense du dialogue interreligieux et interculturel, de la tolérance et de la diversité en tant que richesse pour nos sociétés et notre monde. »

Evoquant le contexte mondial marqué par des crises de confiance et l’effondrement des valeurs, Guterres a noté que les discours de haine, la désinformation et les abus prolifèrent, ciblant particulièrement les femmes et les groupes vulnérables.

« L’intolérance et l’irrationalité se déchaînent. Et les vieux maux – l’antisémitisme, le fanatisme antimusulman, la persécution des chrétiens, la xénophobie et le racisme – retrouvent une nouvelle jeunesse« , a-t-il averti, notant que ces afflictions haineuses et néfastes se nourrissent les unes des autres et fomentent les divisions.

À cet égard, le chef de l’ONU a appelé à la construction d’une alliance de paix qui s’étende au niveau mondial et local « pour répondre aux épreuves de notre temps« . « En cette période de péril, inspirons-nous et restons unis comme une seule famille humaine. Riche de sa diversité, égale en dignité et en droits, unie dans la solidarité« , a conclu Antonio Guterres.

Objectifs du Forum

Le 9e Forum mondial de l’Alliance des civilisations des Nations unies (UNAOC), qui vise à renforcer le dialogue et la coopération entre les communautés, les cultures et les civilisations, s’est ouvert mardi à Fès, avec la participation d’éminentes personnalités.

Coprésidé par le Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Expatriés marocains, Nasser Bourita, et le Haut-Représentant pour l’Alliance des Civilisations des Nations Unies, Miguel Angel Moratinos, cet événement est suivi par de nombreuses personnalités dont le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

Un millier de participants des délégations officielles appartenant au groupe des pays et organisations amis de l’alliance, de la société civile, des acteurs du champ d’action de l’alliance, des universitaires, des jeunes professionnels et des étudiants prennent part à ce forum.

Cet événement international vise :

– À promouvoir le dialogue et la coopération entre les différentes communautés, cultures et civilisations, et ;

– À construire des ponts qui unissent les populations et les personnes au-delà de leurs différences culturelles ou religieuses, en développant une série d’actions concrètes visant la prévention des conflits et la construction de la paix.

Choc des civilisations

Le Haut-Représentant pour l’UNAOC, Miguel Angel Moratinos, a ouvert l’événement en mettant en avant la célèbre théorie du politologue Samuel Huntington, qui postule que les différences culturelles et religieuses seront les principaux moteurs des futurs conflits internationaux.

« Nous n’assistons pas à un choc des civilisations, ce à quoi nous assistons est un choc des intérêts et de l’ignorance« , a déclaré Moratinos, écartant cette théorie.

Samuel Huntington, un célèbre politologue américain, a avancé cette théorie dans son livre de 1992 intitulé « Le choc des civilisations« . Selon lui, les différences culturelles et religieuses seraient le principal moteur des conflits de l’après-guerre froide.

Dans ce contexte, a ajouté M. Moratinos, le rôle de l’UNAOC est devenu plus crucial que jamais pour établir la paix mondiale et la compréhension interculturelle.

Il a souligné que l’importance de faire front commun contre des ennemis communs est plus importante que jamais, l’humanité étant confrontée à des crises telles que la crise énergétique et les pénuries alimentaires.

La pandémie de COVID-19, le changement climatique mondial et la guerre actuelle en Ukraine se sont récemment conjugués pour créer un contexte international particulièrement tendu, affectant la qualité de vie et l’accès aux besoins vitaux dans le monde entier, notamment dans les pays en développement.

« Le véritable danger est que nous sommes confrontés à un nouveau type de totalitarisme, un totalitarisme technologique qui souhaite contrôler totalement le comportement des êtres humains naturels par le biais de pratiques politico-économiques« , a-t-il ajouté, précisant que ces pratiques visent à transformer les citoyens en simples consommateurs.

M. Moratinos a exhorté les participants à défendre ardemment le respect mutuel et le vivre ensemble face aux crises mondiales actuelles.

Écarts mondiaux

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lui aussi évoqué un contexte international morose, soulignant notamment les écarts de richesse au niveau national et mondial, ainsi que les conflits internationaux tels que la guerre en cours en Ukraine.

« La confiance – dans les dirigeants politiques et les uns envers les autres – s’effrite« , a déclaré Antonio Guterres, ajoutant que le manque de confiance entraîne un effritement des valeurs dans le monde. « Les droits de l’homme et l’État de droit sont soit négligés – soit carrément attaqués ».

Le contraste entre les pays développés et les pays en développement a été au cœur du discours du chef de l’ONU, qui a souligné l’importance d’aider les communautés vulnérables du monde entier à éviter de nouveaux conflits et à assurer les nécessités de la vie.

Les inégalités mondiales persistantes entre le nord et le sud de la planète ont été mises en lumière ces derniers temps, en particulier lorsque des crises mondiales telles que le changement climatique et l’insécurité alimentaire continuent de toucher de manière disproportionnée des régions comme l’Afrique et d’autres pays en développement.

Le chef de l’ONU a souligné les efforts de plusieurs activistes et acteurs individuels dans les pays en développement, comme l’Ougandaise Magdalen Amony et l’Indienne Elsa Marie D’Silva, qui gèrent toutes deux des programmes d’aide aux communautés défavorisées dans leur pays.

Soutien mondial

En tant que sponsors internationaux de l’UNAOC, des représentants de l’Espagne et de la Turquie ont également pris la parole lors de la cérémonie d’ouverture.

Le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a mis l’accent sur la prévalence et la propagation d’idées discriminatoires telles que l’islamophobie et la xénophobie.

L’homme politique turc a souligné les efforts déployés par l’UNAOC pour lutter contre les problèmes et les crises internationales, et a demandé que davantage d’actions soient entreprises pour contrer ces problèmes.

« Ce ne sont pas ceux qui parlent la même langue, mais ceux qui partagent les mêmes sentiments qui se comprennent« , a conclu Cavusoglu.

Représentant l’Espagne, la secrétaire d’État à la coopération internationale, Pilar Cancela Rodriguez, a souligné l’importance d’accueillir l’événement en Afrique pour la première fois.

Elle a déclaré qu’autant la mondialisation et l’inter-connectivité ont rendu le monde connecté, autant la haine et la discrimination se sont répandus plus facilement que jamais.

« L’Alliance des civilisations est un instrument important pour éviter ces conflits et aussi pour faciliter le processus de paix« , a déclaré la politicienne espagnole.

Rodriguez a souligné l’importance de la mobilisation des jeunes du monde entier pour promouvoir la paix et le dialogue. « Le multiculturalisme ne doit pas être considéré comme une menace« , a-t-elle souligné.

Pour rappel, l’initiative de la création de l’UNAOC a été parrainée par le Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero et le Premier ministre turc Recep Teyep Erdogan en 2005, faisant des deux pays les deux principaux co-sponsors de l’initiative.

Déclaration de Fès

Un millier de participants des délégations officielles appartenant au groupe des pays et organisations amis de l’alliance, de la société civile, des acteurs dans le domaine d’action de l’alliance, des universitaires, des jeunes professionnels et des étudiants ont pris part à ce forum.

Cet événement international vise à promouvoir le dialogue et la coopération entre les différentes communautés, cultures et civilisations, et à construire des ponts qui unissent les populations et les personnes au-delà de leurs différences culturelles ou religieuses, en développant une série d’actions concrètes visant la prévention des conflits et la construction de la paix.

L’organisation de ce forum au Maroc démontre son engagement effectif envers les principes de dialogue, de coexistence et de respect des autres.

Cet événement de grande envergure représente une occasion unique d’approfondir les discussions et les débats sur la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent, le rôle central de l’éducation, le rôle des femmes en tant que médiatrices et artisanes de la paix, la lutte contre l’antisémitisme, l’islamophobie et la christianophobie, le sport comme vecteur de paix et d’inclusion, l’équilibre des récits migratoires par le biais de la programmation, le rôle des chefs religieux dans la promotion de la paix, de la coexistence et de l’harmonie sociale, la redynamisation du multilatéralisme par la culture de la paix et la lutte contre les discours de haine en ligne.

Le programme de cette 9e édition du Forum mondial de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, coparrainé par l’Espagne et la Turquie, a compris une réunion ministérielle de haut niveau du Groupe d’amis de l’UNAOC. Les travaux de ce forum se sont clôturés par l’adoption de la Déclaration de Fès.

Dialogue oui, mais dans le respect

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a accusé l’Occident d' »hypocrisie » dans ses reportages sur le bilan du Qatar en matière de droits de l’homme, à la veille de la Coupe du monde. Dans un monologue extraordinaire lors d’une conférence de presse à Doha, Infantino a parlé pendant près d’une heure et a défendu avec passion le Qatar et le tournoi. L’événement a été éclipsé par des problèmes au Qatar, notamment la mort de travailleurs migrants et le traitement des personnes LGBTQ+.

Infantino, qui est né en Suisse, a déclaré que les nations européennes devraient s’excuser pour les actes commis dans leur propre histoire, plutôt que de se concentrer sur les problèmes des travailleurs migrants au Qatar. Il a commencé par dire : « Aujourd’hui, j’ai des sentiments forts. Aujourd’hui, je me sens qatari, je me sens arabe, je me sens africain, je me sens gay, je me sens handicapé, je me sens travailleur migrant. »

Récemment, juste avant le coup d’envoi du Mondial au Qatar, ce pays arabe et musulman a été attaqué dans la presse internationale sur deux sujets :  la non-reconnaissance des droits des LGBTQ+ et le traitement des travailleurs asiatiques lors des constructions des infrastructures footballistiques.

Les occidentaux qui manient, à merveille, la politique de « deux poids, deux mesures’’ ont, en effet, pendant des années vilipendé les homosexuels chez eux, sans pitié, et ils continuent jusqu’à nos jours a profité de la main d’œuvre, pas chère, des pays asiatiques pour confectionner leurs habits. Les pauvres travailleurs sont entassés dans des sweat shops et dans des conditions lamentables et inhumaines sans que les organisations des droits de l’homme des occidentaux  ne branchent.

Il ne faut pas oublier aussi que ce sont les pays occidentaux qui profitent le plus de la manne pétrolière du Qatar. Mais alors que ce pays se préparait à donner le coup d’envoi à la Coupe du monde, ces pays, avec grande hypocrisie, se sont mis à unisson à critiquer le pays hôte du Mondial.

Un bon exemple de cette hypocrisie assourdissante s’est matérialisé avec la tenue symbolique de l’ex-Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt qui a porté une robe aux manches aux couleurs de l’arc-en-ciel le mardi 22 novembre, lors du match Danemark-Tunisie à la Coupe du monde sachant que le Qatar, par respect, n’allait pas l’arrêter pour l’expulser.

De même, l’équipe allemande, dans le même élan d’hypocrisie, ne pouvant porter le brassard arc-en-ciel, par peur d’être collectivement punis par carton jaune par la FIFA, ont posé leurs mains sur leurs bouches pour protester contre cette décision. Ils ont, toutefois, perdu leur premier match contre le Japon.

Les actes de l’ex-Première ministre danoise et de l’équipe allemande qui, a perdu son lustre ces deux dernières coupes du monde, ne sont, en fin de compte, que des exemples édifiants de l’islamophobie de l’Europe qui se veut être toujours un continent donneur de leçons.

Un dialogue interculturel et interreligieux ne peut être un vrai dialogue que si l’on respecte les spécificités de chaque foi et chaque culture. Les homosexuels existent dans le monde islamique, comme partout, ils ont toujours vécu dans le respect, sans faire du tapage sur leur identité sexuelle.

Conclusion : Le Maroc pays de culture de paix

Dans son message adressé au forum, SM le Roi Mohammed VI a souligné que les valeurs de l’UNAOC, les idéaux qu’elle défend et le paradigme qu’elle promeut sont exactement les mêmes valeurs, idéaux et paradigmes défendus par le Maroc.

Il a aussi affirmé que le Royaume du Maroc s’est impliqué dans tous les combats de l’organisation pour des raisons qui sont indissociables de son identité et pour d’autres qui sont inhérentes aux engagements du pays.

Dès le départ, le Maroc s’est engagé dans cette politique de base ; il y est resté fermement attaché, a souligné le Roi, notant que le Royaume a démontré son engagement en promouvant l’ouverture comme pilier de la culture de la paix, en vivant la religion comme vecteur de paix et en œuvrant pour le développement – au sens large du terme – comme ingrédient de la paix.

à propos de l'auteur
Analyste politique et professeur universitaire spécialisé en anthropologie sociale et politique de la région MENA et en judaïsme marocain.
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