Diaboliser le bien, louer le mal
La guerre qui se développe actuellement en Israël et à Gaza incarne une tendance de plus en plus répandue dans les pays occidentaux. Celle du nivellement général et de la mise en équivalence de toute chose.
Équivalence des combats, des victimes et de leurs bourreaux. Si la majorité des gouvernements de l’Ouest ont exprimé leur sympathie et leur soutien à l’égard d’Israël au lendemain du 7 octobre, il n’aura fallu que quelques semaines pour qu’une masse bruyante fasse changer la donne. Assez rapidement, nous avons pu assister à l’émergence de voix, plus ou moins médiatiques, indignées que leurs condamnations biaisées ne fasse pas l’unanimité.
Il faudrait ici distinguer deux catégories de commentateurs : les premiers viscéralement liés à leur idéologie, sont prêts à tordre la vérité pour servir leur cause antisémite. Ce sont ceux qui, par exemple, s’offusquent que des gens horrifiés par la cruauté manifeste du Hamas refusent d’y opposer une supposée cruauté de Tsahal. Ils dénoncent alors un « deux poids – deux mesures », lorsque eux-mêmes s’empressent de justifier la barbarie ou s’emploient à nier la réalité de cette dernière. Les exemples sont légion : entre ceux qui arrachent les affiches des otages israéliens du Hamas, et ceux qui démentent l’existence des massacres sans élément de preuve. Ils renversent alors les accusations de pogrom et de génocide pour vider ces mots de leur sens, banaliser les crimes véritablement commis par leurs auteurs.
Et puis il y a les lâches. Ceux qui ne veulent pas prendre parti parce que les conséquences les exposeraient ou bien par simple paresse intellectuelle. Ceux qui mettent en garde Israël contre une réponse disproportionnée (comment définir la « proportion » face à la barbarie du Hamas?) ou de vengeance aveugle, sans aucune base factuelle. Tous ces politiques, parfois sincères, parfois non, qui mettent dos à dos les morts d’un côté et de l’autre. « Un mort est un mort, il ne faut surtout pas comparer ». Mais c’est justement là l’erreur originelle. Il faut avoir le courage de regarder ces morts dans leur particularité pour en designer les coupables. Refuser de le faire, c’est jouer le jeu de ceux qui utilisent les victimes innocentes comme les balles de leurs armes : disposables à merci, chaire à canon impersonnelle ou matériel de propagande. Oui il y a une différence majeure entre d’un coté ceux qui visent les populations civiles de manière délibérée et qui s’en servent comme bouclier. Et de l’autre, ceux qui tuent de manière involontaire, malgré eux, en faisant tous les efforts pour les éviter. Il est malhonnête de balayer d’un revers de main les procédures mises en place par Tsahal pour évacuer les civils avant les bombardements : tracts, appels téléphoniques, roof knocking… Les critiques ne proposent d’ailleurs aucune alternative si ce n’est l’arrêt complet des combats. Ce vide est l’aveu ultime que l’armée d’Israël ne peut pas faire preuve de plus d’humanité si ce n’est d’abdiquer et sceller le sort du pays à une disparition inéluctable.
De manière plus générale, il faut aussi avoir le courage de distinguer la guerre du bien, et celle du mal. Il faut affirmer, encore et toujours, que la guerre contre le terrorisme ne peut pas avoir de trêve. Anéantir une telle menace de sa frontière relève de la justice et non de quelconque sentiment honteux comme la haine ou la vengeance. Justice dans son sens plein, à savoir faire ce qui est juste mais aussi ce qui est légitime.
Ce constat est impossible à faire pour certains. Dans les sociétés modernes et progressistes, les valeurs morales sont de plus en plus floues. En ne s’arrêtant qu’aux victimes, on perd de vue l’idée du Bien et de Mal. On se refuse à répondre aux questions suivantes: le Bien, jusqu’où? Si on admet que le combat est juste, quelles sont les limites de ce dernier? Si on admet que le Hamas représente le Mal, quel prix sommes-nous prêts à payer pour s’en débarrasser? Certains répondront « chaque mort est un mort de trop ». Mais à la lumière de ces idées nouvelles, la seconde guerre mondiale aurait vu des prises de positions bien étonnantes : on aurait surement eu des videos TikToks en soutien au peuple allemand, bombardé par les alliés et des demandes de trêves pour les populations civiles.
On retrouve ces mêmes mécanismes quant à la légitimité de l’état d’Israël. D’un côté, ceux qui récusent le lien historique entre le peuple Juif et sa terre. De l’autre, ceux qui en font abstraction et considèrent que l’Histoire a depuis avancé. Les premiers représentent le déni idéologique, les seconds un aveuglement coupable. Car s’il faut penser l’Histoire ainsi, il faut reconnaître qu’Israël, entraînée dans la violence par ses voisins hostiles, a gagné ses guerres et se retrouve alors légitime dans les frontières qu’elle occupe. Quelles qu’elles soient.
La confusion ambiante, ne doit pas perturber notre boussole morale éternelle. Nous remercions les gouvernements du monde entier pour leurs implications mais nous n’allons pas suivre les conseils de civilisations de quelques dizaines d’années d’âge, alors que nous, peuple d’Israel, nous avons plusieurs millénaires d’expérience face à ceux qui veulent nous détruire, non pas pour ce que nous avons (terre, biens etc.) mais pour ce que nous sommes. Les ennemis peuvent prendre différents visages, mais la conclusion de ces confrontations reste invariable : « L’éternité d’Israël ne se démentira pas ».
