Deux « suicides » de plus sur l’autel du pouvoir

Le coprésident du parti travailliste-Gesher, Amir Peretz, et le membre du parti Itzik Shmuli prenant la parole lors d'une manifestation sur le boulevard Rothschild à Tel Aviv, avant les élections à la Knesset, le 27 août 2019. Photo de Tomer Neuberg / Flash90
Le coprésident du parti travailliste-Gesher, Amir Peretz, et le membre du parti Itzik Shmuli prenant la parole lors d'une manifestation sur le boulevard Rothschild à Tel Aviv, avant les élections à la Knesset, le 27 août 2019. Photo de Tomer Neuberg / Flash90

Jusqu’où le cynisme politique peut encore nous mener ? Combien de mépris peut se permettre d’avoir un élu envers ses électeurs ? Combien d’imprévoyance et d’opportunisme peut manifester un parlementaire expérimenté et réputé tel que Amir Péretz ? Quel dommage, face à une carrière considérée réussie jusqu’à présent, malgré ses hauts et ses bas ! C’est d’autant plus regrettable lorsqu’il s’agit du doyen de la 23e Knesset.

Il est difficile de croire que le goût du pouvoir soit la vraie raison, lorsqu’il s’agit de celui qui fut ministre de la Défense et auquel on attribue la création du Dôme de fer. S’il est vrai que ce système de défense a été rendu possible grâce à la décision de Péretz, n’oublions pas ceux qui l’ont créé : les chercheurs de l’industrie militaire. Ils travaillent dans l’ombre, loin des projecteurs, et nous devons leur accorder l’hommage qui leur est dû.

Péretz a décidé d’être celui qui éteindra la lumière derrière lui chez les Travaillistes. On peut penser qu’il est revenu au parti pour le reconquérir, afin de l’enterrer définitivement. Il semble avoir réussi. Il est fini ce temps où le parti avait déclaré l’Indépendance d’Israël. Il restera béni et gravé dans la mémoire de notre pays.

Mais la mémoire de son fossoyeur sera probablement effacée par ses dernières manœuvres. Si l’histoire acceptait de lui consacrer quelques lignes, le titre serait : « Avide d’honneurs et assoiffé de pouvoir ». Lui qui a jusqu’à présent bénéficié de l’image d’un homme crédible, son imposture avant sa fin politique est doublement redoutable. Un homme fiable est devenu un homme faible.

Quant à Itzik Shmuli, le complice de Peretz, il inspire désormais une déception bien plus grande. Dommage qu’un jeune homme, venu en politique sur la vague de la manifestation « Tentes de protestation » ou plutôt de ce que j’appelle : « Festival d’été 2011 », lui qui a réussi à faire ses preuves et même à introduire la vraie protestation sociale à la Knesset, ait été emporté dans la tempête avec son leader, Peretz.

C’est d’autant plus regrettable, car Shmuli aurait pu poursuivre une brillante carrière à la Knesset et dans les gouvernements suivants. Il est en voie d’obtenir, comme il l’a désiré « la gloire du pouvoir ». Mais ce ne sera que pour quelques mois. La tâche du dégoût qu’il a provoqué lui collera définitivement à la peau. Il n’aura même pas le droit à une petite mention dans le Livre de l’Histoire d’Israël. En tant que kamikaze politique, sa place sera rejetée dans les oubliettes de la mémoire nationale.

Finalement, à quel gouvernement se joignent les deux suicidaires ? A celui censé sauver un Premier ministre accusé de corruption, de fraude et de tromperie ? Ou à un gouvernement qui repose sur le besoin de l’heure, sans vision partagée ni programme réaliste ? Après tout, c’est un gouvernement dont l’existence est bien incertaine, à la fois sur le plan idéologique et en termes d’équilibre de ses élus : 58 à droite contre 16 à partir du centre-gauche, sur une base paritaire. Une absurdité qui ne peut tenir ni dans la réalité ni dans le féérique chapiteau de celui qui se trouve à sa tête.

Si la décision de Gantz et de ses partenaires semble problématique et même redoutable, maintenant qu’elle est un fait accompli, on ne peut qu’espérer des acquis réels et opérationnels. Dans l’intervalle, Gantz ayant reçu le perchoir de la Knesset avec l’espoir que celui-ci ne reviendrait pas à Yuly Edelstein, lui qui a refusé d’obéir au jugement de la Haute Cour de justice.

Il est particulièrement important que Gantz insiste pour que son parti reçoive deux ministères très importants :

1. Le ministère de la Justice par le biais duquel Netanyahu risquerait de comploter pour promulguer des Lois de la gouvernance, puis de remplacer le Conseiller juridique de l’État ainsi que le Procureur de la République, chargés de ses dossiers, et enfin de nommer un nouveau Chef de police chargé de ses enquêtes en cours.

2. Le ministère de la Défense, à travers lequel Netanyahu pourrait nous entraîner dans une guerre avec nos voisins, qui lui permettrait de brouiller les cartes pour faire oublier son procès. Ce ne sont que des projets de Netanyahu, mais il a déjà prouvé sa capacité à réaliser l’incroyable, tel un prestidigitateur. Tant que ces deux ministères seront entre les mains de deux anciens chefs d’État-major, on peut espérer que leur amour pour le pays restera intacte.

À un moment où le ministère des Finances restera entre les mains du Likoud, à une période où les fonds de l’État sont gravement altérés suite aux trois scrutins en un an, et qui probablement seront réduits à cause de l’épidémie de Corona, on se demande alors quelle sera la contribution de Péretz et de Shmuli, Zéro ! Mais dans ce cas, ce sont deux cheveux dans le bouillon. C’est dégoûtant !

Il ne reste plus qu’à supposer, passé la crise du Corona, que les excités du Likoud, se trouvant en dehors de la clôture où ils se sont couchés depuis des années pour le patron, se rebelleront et exigeront ce qu’ils méritent. Il y aura un éclatement du gouvernement, et Péretz comme Shmuli se retrouveront jetés dans la poubelle de l’Histoire qu’ils ont eux-mêmes mis en place. Mais, soyons tranquilles, un nouveau gouvernement est loin d’être établi, Netayahou a reçu ce qu’il désirait : garder le plus longtemps son poste de Premier ministre.

Et si malgré tout, Netanyahu et ses partenaires s’en prennent aussi aux pages de l’Histoire, alors nous adopterons les mots du poète et dramaturge anglo-américain, Wystan Hugh Auden : « L’histoire politique est plus morbide et plus criminelle pour être un sujet d’apprentissage pour les jeunes. Il vaut mieux que les enfants trouvent les héros et les méchants dans le monde de la fiction ».

Apparemment, les performances chimériques de Netanyahou sur la scène du « plus grand cabaret du monde », ne sont pas encore épuisées. Dans son prochain spectacle, il offrira à Peretz et Shmuli un petit rôle. Mais ce serait aussi marginal qu’humiliant. En tant que figurants, ils auront l’air ridicule : Shmuli, jeune et mignon, toujours embarrassé. Péretz, fatigué et dégradé.

Il aurait dû refaire pousser sa fameuse moustache pour avoir plus de présence. En revanche, le super magicien favorisera les nouveaux venus de Kahol lavan, surtout les jeunes femmes photogéniques qui deviendront ministres, sans aucune expérience politique. Netanyahou se lancera alors dans un tour de passe-passe, pour faire en un clin d’œil, de ses nouveaux partenaires des politiques professionnels.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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