Deux orthographes pour Jérusalem ?

Je ne savais pas qu’il y avait une faute d’orthographe sur les panneaux de Jérusalem…

« Chroniques de Jérusalem et d’ailleurs » (Arnaud Bizalion Editeur)… Dans ce livre du photographe Didier Ben Loulou acheté en juin dernier à Arles (festival de la photo), j’ai découvert un autre sens au mot JERUSALEM. Je pensais que son nom signifiait « ville de la paix » (ou « ville des deux paix »).

On peut y lire en première page intérieure : « Ces notes, puisées dans des carnets, prises au hasard de l’existence, dénuées de repères chronologiques, ressemblent à ces paysages qui défilent sur la vitre d’un véhicule ».

Et à la page 318 : « Toutes ces notes jetées hâtivement n’importe comment… Je ne sais qui prendra plaisir à les lire… Je les écris moins par désarroi que par besoin de plonger et d’être au plus proche de ce qui anime mon for intérieur, et puis il y a ce besoin de comprendre ce que je fais depuis tant d’années et maintenant avec mes images sur le Sud. »

Didier Ben Loulou a grandi à Paris et décidé de faire son alya une fois devenu adulte. Depuis, il habite Jérusalem mais se sent toujours au fond de lui comme un juif de Diaspora, un juif en exil à Jérusalem. Il associe un poème de Léa Goldberg à sa propre existence (page 308) :

« Peut-être que seuls les oiseaux migrateurs connaissent

Lorsqu’ils sont suspendus entre ciel et terre

La douleur des deux patries

Avec vous j’ai été planté deux fois

Avec vous les pins j’ai poussé

Et mes racines, dans deux paysages différents. »

Au fil des pages de ses impressions de voyages en Israël et ailleurs j’ai trouvé quelques pierres précieuses dont celle-ci :

« La double étymologie de Jérusalem – Yirushalaïm : de l’hébreu : « shalom » (paix) et « shalem » (entier, un). Jérusalem serait ainsi la ville de la paix et de l’unité. » (page 315)

Au lieu d’écrire Jérusalem יְרוּשָׁלַיִם (ville des deux paix) on peut donc l’écrire aussi (ville complète) יְרוּשָׁלִַם

Naïvement, je croyais que, dans la Bible hébraïque, Jérusalem s’écrivait comme sur les panneaux de la ville actuelle, avec un youd en avant-dernière lettre. Mais non, ce mot n’existe pas dans le Tanakh ! Il s’écrit sans youd avant le mem final. Voir par exemple la première occurrence du mot Jérusalem dans le livre de Josué (10,1) : « Adoni Tsedek, roi de יְרוּשָׁלַםִ Jérusalem »

Le mot שָׁלֵם « Chalème » apparaît pour la première fois en Berechit 14,18 dans le sens de nom de ville : « Malki-Sèdèq, roi de Shalém ».

En revanche, dans le chapitre 33 (verset 18) le même mot a un autre sens. Voici différentes traductions de cette partie du verset :

– « Ia’acob vient, entier » (à Sichem)

– « Jacob arriva heureusement »

– « Iiâcov arriva bien portant »

– « Jacob arriva en paix »

שלם (chalem) pourrait aussi se traduire par « complet », « sain », « en bonne santé »…

Je trouve intéressant de donner ce sens, cet objectif à la ville de Jérusalem, ville complète, entière, ville de la plénitude, ville de l’unité… à construire. Jérusalem est une ville en construction, elle n’est pas encore elle-même, entière, en bonne santé, unie (une). Si elle n’est pas complète (comme un puzzle) cela veut dire que ses morceaux sont éparpillés, peut-être même ailleurs que dans son espace géographique localisé.

Ou bien il lui manque encore des pièces ? Jérusalem a besoin de chercher dans le monde entier les morceaux qui lui manquent. Mais de tout façon, ce qui est sûr puisque son nom l’indique, c’est qu’un jour elle sera שָׁלֵם « chalème », יְרוּשָׁלִַם.

J’ai l’impression que par ses voyages incessants, Didier Ben Loulou est à la recherche de cette Jérusalem authentique, non seulement dans sa ville et dans son pays mais tout autour de la Méditerranée et ailleurs.

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Le site du photographe Didier Ben Loulou : http://www.didierbenloulou.com/

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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