Des taux de participation décisifs

Un homme votant à Bnei Brak, en Israël, le mardi 17 septembre 2019. Les Israéliens ont commencé à voter mardi lors d'une nouvelle élection sans précédent qui décidera si le Premier ministre de longue date, Benjamin Netanyahu, restera au pouvoir. (AP Photo / Oded Balilty)
Un homme votant à Bnei Brak, en Israël, le mardi 17 septembre 2019. Les Israéliens ont commencé à voter mardi lors d'une nouvelle élection sans précédent qui décidera si le Premier ministre de longue date, Benjamin Netanyahu, restera au pouvoir. (AP Photo / Oded Balilty)

Lors des élections du 9 avril dernier, le taux de participation atteint le niveau de 67,9 % en baisse de 4 points par rapport à 2015. Mais la moyenne nationale ne signifie pas grand-chose car les taux de participation sont très différenciés.

Dans les bastions de la droite, le taux de participation est traditionnellement élevé, au moins dix points au-dessus de la moyenne nationale : 76 % le 9 avril chez les ultra-orthodoxes.

Avec des niveaux encore plus élevés dans les implantations se réclamant de ce courant de l’autre côté de la Ligne verte : plus de 84% à Elad et à Modïin Ilit. En général, le taux de participation dans les implantations est aussi très élevé : 77 % à Karneï Shomron, par exemple, ce même 9 avril.

Dans le camp opposé, c’est la situation inverse qui prévaut. Le taux de participation des Arabes est traditionnellement plus bas que la moyenne nationale. Le record fut atteint lors du dernier scrutin avec 49%, soit près de 20 points de moins. Dans les villes les plus laïques, les taux de participation furent également plus faibles que la moyenne nationale : 63 % à Tel-Aviv, 59% à Haïfa, On l’aura compris : ces taux de participation très différents selon les secteurs conditionnent largement les résultats. D’où les appels des partis ces derniers jours à la mobilisation de l’électorat.

Le Parti Bleu blanc (Kahol-Lavan), en particulier, joue gros. Il doit arriver en tête pour que Benny Gantz ait une chance d’être nommé Premier ministre. Or, il a obtenu ses meilleurs résultats dans les localités les plus laïques, celles précisément où des électeurs seront encore en vacances le jour des élections.

Le Likoud aussi est inquiet d’une démobilisation de son électorat frappé de lassitude dans les grandes villes. Les petits partis dépendent d’un taux de participation élevé : Otzma ha Yéoudit (Force Juive) à l’extrême droite, et le Parti travailliste et ses alliés (Avoda-Gesher) au centre-gauche, étaient près du seuil de représentativité (3,25%) dans les derniers sondages.

La disparition de l’un conférerait au camp adverse deux mandats. Leur succès donnerait à leur bloc au moins quatre sièges de plus. On mesure à quel point le système politique israélien repose sur la mobilisation de quelques milliers de voix.

Les bureaux de vote fermant à 22h00, on ne connaîtra pas les résultats du scrutin avant une heure avancée de la nuit, et même le lendemain, il faudra encore attendre 24 heures pour avoir les résultats définitifs, compte-tenu du décompte à part du vote des soldats, notamment.

Avant même le dépouillement, on disposera cependant d’indications intéressantes à la simple observation du taux de participation : si celui est faible au niveau national, cela devrait favoriser la droite. De façon plus précise, en regardant de près le déroulement du vote dans les localités arabes et dans les grandes villes, on saura si l’opposition a ses chances.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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