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Des postes et des crédits !

Philippe rappelle les gros et coûteux inconvénients du scrutin à la proportionnelle intégrale

On le savait depuis longtemps : le scrutin à la proportionnelle intégrale, avec le pays formant une seule circonscription, avait déjà produit ses effets néfastes, le seuil de représentativité à 3,25 % (soit 4 sièges sur 120) n’empêchant pas la dispersion des voix : le « camp national » particulièrement dans sa composante sioniste religieuse a vu passer à la trappe un quart de million de voix qui s’étaient portées sur la Nouvelle droite de Naftali Benett et Ayelet Shaked bien mal inspirés de faire éclater le Foyer Juif (Ha Baït Ha Yéhoudi), et sur le fantaisiste et dangereux parti Identité (Zéout) du moins fantaisiste mais encore plus dangereux Moshé Feiglin.

Mais cela n’a rien changé à l’éclatement de la représentation parlementaire en onze groupes, dont cinq comptant seulement 4 ou 5 députés. On connaît l’argument mis en avant par les défenseurs du système : tous les secteurs de la société israélienne (arabes, ultra-orthodoxes, sionistes-religieux, laïcs etc.) sont ainsi représentés … curieuse justification dans un pays qui devait réaliser le « rassemblement des exilés » (kibboutz ha Galouyot).

Mais les ravages de la représentation proportionnelle ne s’arrêtent pas aux portes du Parlement. Les laborieuses négociations pour la formation du gouvernement font apparaitre d’autres tares du système : les petits partis exercent une pression maximale pour obtenir postes et crédits conséquents.

Pour ce trente-cinquième gouvernement, l’effet est amplifié par le chantage politique des alliés du Likoud qui peuvent, sans le dire, brandir la menace de ne pas aider le Premier ministre à échapper aux juges. Afin d’obtenir les soutiens nécessaires, Binyamin Netanyahou met le prix qu’il faut : le 19 mai, le gouvernement a abrogé la règle fixant la composition du gouvernement à 18 ministres et 4 ministres-adjoints maximum. C’est désormais sans limite que le chef du gouvernement pourra distribuer les postes comme autant de prébendes, maintenant des ministères inutiles (pour Jérusalem, le Néguev, la Galilée …), et divisant ceux qui étaient déjà de dimension modeste (science et technologie ou culture et sports) en deux nouveaux portefeuilles. On estime à 5 millions de shekels par an le seul coût de fonctionnement d’un nouveau ministère.

A l’heure où ces lignes sont écrites, l’addition s’élèverait à 250 millions de shekels supplémentaires pour la mandature. Alors que la première tâche du futur ministre des Finances sera de procéder à des coupes importantes pour réduire le déficit budgétaire (bon courage !).

Le budget de la Défense étant sanctuarisé, le ministère de l’Education et celui de la Santé seront sans doute les premiers touchés. La formation des jeunes et les soins aux malades dans les hôpitaux doivent être moins importants que l’appétit de politiciens avides de postes et de crédits, et qui sont tout sauf des hommes (et des femmes) d’Etat.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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