Des élections Titanic

Bureau de vote dans la matinée des élections municipales, le 30 octobre 2018 (Crédit : Hillel Maeir/Flash90)
Bureau de vote dans la matinée des élections municipales, le 30 octobre 2018 (Crédit : Hillel Maeir/Flash90)

Jamais deux sans trois dit le proverbe. On n’imaginait pas que cela s’applique un jour au calendrier électoral israélien.

Le 9 avril 2019, on pensait qu’avec une confortable avance, Binyamin Netanyahou n’aurait aucun mal à former une coalition de droite. Il ne savait pas que son ancien allié, Avigdor Liberman, avait décidé de lui gâcher la vie et lui refuserait jusqu’au bout l’apport de ses 5 sièges.

Plutôt que de remettre son mandat au président, Binyamin Netanyahou préféra dissoudre la Knesset le 29 mai, et de secondes élections furent convoquées pour le 17 septembre. Loin de résoudre la crise, l’équation devint plus compliquée, la formation d’un gouvernement d’union nationale s’avérant impossible, avec un Binyamin Netanyahou tenant absolument à rester à son poste dans le cadre d’un accord de rotation, et un Benny Gantz refusant de céder la première place que lui avait accordée les électeurs.

Les deux hommes échouèrent successivement à former un gouvernement, et le 21 septembre, la Knesset hérita de la difficile mission de trouver en son sein un député capable de réunir 61 signatures.

Le même jour, le Premier ministre était mis en examen dans trois affaires, mais sans être obligé de démissionner. A l’heure où ces lignes sont écrites, le même scénario que précédemment – le refus de concessions mutuelles – devrait conduire à l’organisation de troisièmes élections.

Leur date est encore en discussion, la commission centrale se déclarant incapable de les organiser dans des délais plus rapprochés qu’à l’accoutumée. Elle n’a ni le matériel, ni le personnel, ni même le budget pour cela !

L’anecdote est significative : le pays est à la dérive. Depuis un an désormais, aucune décision importante n’est prise par le gouvernement (sauf en matière militaire), la Knesset ne légifère plus, et les responsables politiques ne pensent plus qu’à « ça ».

Il y aurait pourtant d’importantes décisions à prendre pour réduire le déficit budgétaire, redéployer les moyens de l’armée, sans parler du système de santé, de l’éducation, des transports publics…

L’économie qui jusque-là se portait bien (le chômage vient de battre un nouveau record à la baisse avec un taux de 3,4%), commence à souffrir de l’instabilité politique : les investisseurs et les marchés internationaux ont besoin avant tout de visibilité.

Et rien ne dit que les élections à venir en 2020 aboutiront à la formation d’une coalition, les sondages constatant des rapports de forces identiques. Les Israéliens sont las de cette situation, et cela ne sera pas sans effet sur l’abstention.

Des solutions de dernière minute sont avancées, mais trop tard. Comme les passagers du Titanic, les Israéliens profitent encore de la vie sur un navire apparemment solide. Mais l’heure n’est plus à la fête et la seule perspective en vue est celle d’un pays qui va se fracasser sur le rocher d’un système électoral qui a fait son temps.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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