Des élections hors-sols

© Stocklib / piko72
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Les élections du 23 mars auront lieu dans quatre petites semaines et pourtant la campagne semble se dérouler en apesanteur. Des élections hors-sols en quelque sorte. Le public israélien s’y intéresse fort peu. L’évolution de la pandémie occupe toutes les pensées. Il y a de quoi s’interroger.

Le Premier ministre annonce qu’Israël sera le premier pays au monde à sortir de la crise. Dès cette semaine, en sus d’une réouverture partielle du système scolaire, nombre d’activités commerciales et ludiques ont pu reprendre une activité. Mais les préoccupations demeurent : le nombre de vaccination quotidiennes n’est plus au niveau attendu et de nouvelles mutations du virus inquiètent les autorités sanitaires. L’aéroport international a été fermé pour éviter leur propagation, mais cette décision est intervenue bien tardivement.

Plus encore, une inquiétude se fait jour : et si cet allègement n’était que circonstanciel ? Des décisions qui viendraient à point nommé valider le discours du Premier ministre, qui, après s’être auto-proclamé champion de la vaccination, voudrait avant le 23 mars montrer à tout prix qu’il a une stratégie de sortie de crise.

Le public a quelques raisons de douter. Après le premier confinement au printemps 2020, le Premier ministre invitait les Israéliens à profiter de la vie, à « aller boire une bière ». Nul doute qu’avant le scrutin, il fera miroiter cette joie simple à laquelle aspirent les Israéliens, jeunes et moins jeunes.

Car Binyamin Netanyahou en est persuadé : le temps travaille pour lui. A l’extrême droite, il a réussi à imposer une union entre kahanistes et messianistes qui lui apportera une demi-dizaine de mandats. Il a réussi à diviser l’électorat arabe en favorisant la scission de la fraction islamiste.

A droite, ses rivaux, Naftali Bennet et Gideon Saar, sont en concurrence sur le même créneau électoral – les déçus du Bibisme – et ne progressent plus depuis longtemps dans les sondages.

Comme à l’accoutumée, ses alliés ultraorthodoxes lui apporteront la quinzaine de sièges sans lesquels il n’aurait jamais eu de majorité.

Au centre-gauche, Yaïr Lapid domine, ce qui permet au Premier ministre sortant de dénoncer le danger de le voir gagner avec le concours de « la gauche ». Pourtant celle-ci pâtît d’une division entre les partis qui la composent.

On est du reste à peu près certain aujourd’hui que ce qui reste de Bleu-Blanc (Kahol Lavan) ne passera pas le seuil électoral.

Tout compte fait, même en perdant une bonne demi-douzaine de mandats par rapport au scrutin précédent (le Likoud avait emporté 36 sièges en 2020), Binyamin Netanyahou semble envisager la prochaine échéance avec sérénité.

Il est vrai que dans une élection hors-sol, les arguments rationnels ont moins de prise que les promesses inconsidérées.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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