Départs

Yomtov Kalfon - Capture d'écran - Israel National News
Yomtov Kalfon - Capture d'écran - Israel National News

C’est sur le fondement de la « la loi norvégienne » qui permet à un ministre de démissionner du parlement pour laisser la place à un colistier de son parti que Yomtov Kalfon était entré à la Knesset. Et c’en démissionnant du gouvernement pour revenir à la Knesset que le ministre Matan Kahana a écarté le jeune député francophone.

En décidant de renvoyer dans ses foyers Yomtov Kalfon, le Premier ministre n’entendait peut-être pas sanctionner un député qui lui avait été fidèle. Des bruits circulaient sur son possible départ de la coalition, mais rien n’était venu les confirmer.

En fait, il s’agissait sans doute d’une mise en garde vis-à-vis d’une autre députée « norvégienne », Shirley Pinto, qui pourrait être tentée de quitter la coalition. Le départ de Yomtov Kalfon est intervenu le même jour que celui de la conseillère diplomatique du Premier ministre Shmirit Meïr. Celle-ci se voyait reprocher par d’autres membres du cabinet du chef du gouvernement et des dirigeants de son parti d’empiéter sur la politique intérieure en tirant vers le centre un Naftali Bennett élu à droite.

Ces départs soulignent la fragilité extrême de la coalition qui n’a plus de majorité et est à la merci de la défection d’un député. Ces changements attestent également du climat de méfiance qui s’est instauré dans les sphères du pouvoir. Et cela n’est pas près de s’arrêter. Le dernier conseil des ministres a été marqué par une altercation entre le Premier ministre et le ministre de la Défense, Benny Gantz, qui reproche au chef du gouvernement ne pas valoriser suffisamment ses membres.

Les dissensions au sein de la coalition n’ont pas seulement un aspect personnel. Dans la période qui vient, elles devraient revêtir un aspect plus idéologique. Avigdor Liberman et Yaïr Lapid ont fait part de leur volonté de modifier la très controversée loi sur l’Etat-nation en lui adjoignant une loi sur le principe d’égalité (entre tous les citoyens).

Ayelet Shaked, la très nationaliste ministre de l’Intérieur, a déjà fait savoir qu’elle y mettrait un veto. Autant de signes qui laissent envisager des difficultés lors des premières discussions sur le budget qui devraient intervenir en juin. A défaut d’autres départs, on pourrait alors voir se dérouler un scénario classique dans les crises gouvernementales : l’immobilisme.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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