Déficit zéro en Israël : une fausse bonne nouvelle

© Stocklib / steafpong
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Durant les douze derniers mois, Israël a affiché un déficit budgétaire nul ; et depuis le début de 2022, le solde du budget de l’Etat est même devenu positif.

Bonne nouvelle, serait-on tenté de dire… sauf que beaucoup d’Israéliens ne comprennent pas pourquoi l’Etat ne dépense pas tout l’argent qui rentre dans ses caisses.

Le déficit zéro est présenté par le ministère des Finances comme une bonne nouvelle ; c’est vrai qu’en Israël, il est rare de voir que les recettes fiscales sont supérieures aux dépenses de l’Etat.

C’est même l’inverse qui est généralement vrai : le pays a la réputation de dépenser plus d’argent qu’il n’en a dans ses caisses, creusant les déficits et aggravant l’endettement.

Etat économe

Le ministre des Finances à Jérusalem vient donc de claironner la bonne nouvelle ; le mois de mai a été le cinquième mois consécutif qui s’est achevé par un excédent budgétaire !

Depuis le début 2022, l’excédent budgétaire se monte à 33,3 milliards de shekels (9 milliards d’euros) ; il s’agit bien de la différence entre des recettes élevées (206 milliards de shekels) et des dépenses plus basses (173 milliards de shekels).

Sur les douze derniers mois, la part du déficit budgétaire dans le produit intérieur est descendue à zéro ou, plus exactement, 0,04% du PIB ; le taux le plus bas enregistré depuis janvier 2008.

On devrait donc se réjouir de voir qu’en Israël de 2022, l’Etat deviendrait économe ; il garde de l’argent de côté pour faire face à d’éventuelles dépenses imprévues.

Constat d’échec

Seulement voilà, la réalité économique est toute autre : l’excédent budgétaire de 2022 n’est pas le résultat d’une bonne gestion des fonds publics.

L’excédent budgétaire est surtout un constat d’échec : la paralysie du gouvernement israélien ne permet plus à l’Etat de redistribuer aux citoyens tout l’argent qu’il prélève en impôts.

Et pourtant, les besoins en investissements du pays sont énormes ; la relance de l’activité exigerait d’injecter de l’argent dans l’économie plutôt que de le mettre de côté.

Le gouvernement Bennett devrait profiter d’une année où les recettes fiscales sont supérieures aux prévisions pour augmenter ses dépenses ; avec l’argent excédentaire, il pourrait accélérer certaines réformes – notamment, et surtout, dans les transports, l’énergie et la construction.

Sans compter les inégalités sociales et la pauvreté pour lesquelles Israël est « championne » de l’OCDE ; une redistribution plus généreuse de revenus aux couches les plus défavorisées permettrait de réduire les écarts sociaux.

Oui, un déficit zéro – voire un excédent budgétaire – est une fausse bonne nouvelle pour un pays comme Israël ; on pourrait même dire une mauvaise nouvelle.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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