Déclaration d’indépendance de la Kabylie – ou comment la petite histoire rencontre la grande Histoire

SAMMO n°6 – Savoir Analyser les Maux du Moyen-Orient
Le Palais des Congrès de Versailles devait accueillir la Grande Histoire : le MAK-Mouvement d’auto-détermination de la Kabylie avait décidé d’y déclarer l’indépendance de la Kabylie ce dimanche 14 décembre 2025. Aboutissement d’un combat pacifique ancien, et début d’une nouvelle aventure en tant qu’État indépendant dirigé par l’Anavad, le Gouvernement en exil de Kabylie, la Préfecture des Yvelines décida, au dernier moment, que cet évènement ne pourrait avoir lieu. Par arrêté, celle-ci argumenta qu’elle ne serait pas en mesure de maintenir l’ordre public pour les deux raisons significatives suivantes :
· « des militants pro-régime algérien pourraient se rendre à Versailles (…) pour en découdre avec leurs adversaires [pro-kabyles]. »
· de nombreuses forces de l’ordre sont déjà affectées aux festivités de Noël et des allumages publics de Hannouka.
La Préfecture conclut que la « tenue du rassemblement du MAK et des manifestations en réaction par des militants pro-Algérie [pourraient] engendrer des troubles à l’ordre public ».
Les dirigeants du MAK en sont convaincus : cette décision administrative ne peut qu’être le résultat d’une influence extérieure. La nature des relations entre la France et l’Algérie, en particulier au cours de l’année qu’a duré l’incarcération dans les geôles algériennes de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, sont difficiles à comprendre.
Hésitant entre la force et la complaisance à l’égard d’une dictature militaire, la France n’a pas toujours réussi à mettre, à l’honneur sa puissance et sa fierté d’être une démocratie. La Préfecture des Yvelines n’a donc pas compris qu’une manifestation pacifiste de la part d’un mouvement pacifiste doit être protégé contre les assauts prévisibles de militants « pro-régime algérien qui viendraient pour en découdre ». Annuler cette manifestation revient à donner raison à la violence, à un régime dictatorial totalitaire, à sa violence, aux dépens du pacifisme, de la non-violence, de la démocratie.
Mais il en faut plus pour faire baisser les bras du mouvement kabyle. Une nuit lui a suffi pour trouver une autre adresse et à y organiser le même évènement. Versailles ne veut pas des Kabyles ? Qu’à cela ne tienne, les Salons Hoche à Paris 8ème feront l’affaire. Et quelle affaire !
Comme protégé par la Bar Mitzva qui se tenait au premier étage, la déclaration d’indépendance de la Kabylie allait se tenir au rez-de-chaussée. Mélange de super-organisation jusqu’au moindre détail et de la spontanéité « free-style », comme a prévenu le porte-parole de l’Anavad, Lmulud At, la cérémonie et les préparatifs qui la précédaient, ont fait preuve de dignité, respect, pacifisme, solennité.
Dignité : ni l’importance du moment, ni les changements de dernière minute n’ont eu raison de la dignité des acteurs de cette déclaration d’indépendance. Les reproches concernant « l’influence étrangère qui a sans doute forcé la main de la France », sont restées très mesurés. Et pourtant, pourrait-on en vouloir à un État en devenir, un État démocratique occupé par une junte militaire d’obédience islamiste qui détient des centaines de prisonniers politiques dont plus d’une trentaine de condamnés à mort ?
Les Kabyles qui soutiennent le MAK sont POUR la démocratie, POUR la liberté individuelle et de culte, POUR l’ouverture. Ils soutiennent Israël et les Juifs[1], si l’on en croit l’accueil qui fut réservé à l’auteur de ces lignes comme ils soutiennent tous les mouvements d’autodétermination de peuples, surtout s’ils se font de manière pacifique.
Quelques minutes avant la déclaration – Le Président Mehenni faisant lecture du préambule.
Respect : il se lisait sur les visages. Bien sûr, le moment était à la joie, mais les sourires n’étaient pas superficiels. La lutte sera longue et le régime algérien qui est le premier à s’opposer aux Kabyles indépendantistes, est un des plus totalitaires au monde. De plus, les islamistes ayant conclu un accord avec le régime algérien à la fin de la guerre civile (1993-1999), ils constituent une adversité agressive supplémentaire en particulier face à aux aspirations laïques du MAK. Malgré cette perspective sombre, l’attitude des Kabyles reste claire, calme et déterminée.
Pacifisme : la lutte du peuple kabyle pour son autonomie d’abord, puis pour son autodétermination a toujours été pacifiste. Comme l’explique le réalisateur et essayiste Jean-Pierre Lledo, ami de longue date de nombreux Kabyles et du mouvement de défense de leurs droits :
…[le MAK a] choisi la voie pacifique. Malgré des centaines de morts et d’emprisonnés, et des dizaines de condamnations à mort, force est de constater qu’il n’est pas tombé dans le piège de répondre par la violence à celle du pouvoir algérien [2]
Boualem Sansal, sur la même ligne, au cours d’une des rares interviews accordée juste après sa libération de la prison algérienne a indiqué :
Il y a dans les prisons algériennes, des centaines de gens accusés d’être des « Makistes. (…) Ferhat Mehenni, un chanteur, a créé le MAK (…) et tous les Kabyles, tout naturellement, adhèrent à cette association. (…) Ils ont toujours été très fortement réprimés : condamnés, arrêtés, torturés, exécutés, exilés. Et le pouvoir [algérien] a trouvé la solution (…). Tous les gens [en Algérie] qui lisent les e-mails etc.…, sont tous en prison. Le pouvoir a criminalisé ce mouvement pacifiste [le MAK].[3]
Les Kabyles ne détournent pas d’avions, ils ne posent pas de bombes dans les bus, ils ne tirent pas sur les plages, ils ne prennent pas d’otages, ils ne violent pas, ils ne commettent pas d’attentats suicides, ils ne prétendent pas faire de trêve pour en fait préparer des massacres de civils, ils ne torturent pas psychologiquement le peuple algérien pour qu’il choisisse entre la vie de civils et la sécurité du pays, ils n’infiltrent pas les universités du monde pour lever des manifestations haineuses, ils ne tiennent pas de double discours qui serait aimable en français et haineux en amazigh. Et donc malheureusement, ils ne sont pas entendus, et donc pas écoutés.
Parce que, ne nous y trompons pas, la légitimité de l’autodétermination d’un peuple, n’est pas lié au bruit qu’il fait dans le monde, au désordre qu’il crée. Sa légitimité est liée à son authenticité, à son histoire, à sa langue, à sa culture, à son désir de vivre ensemble et de créer une société libre, démocratique et ouverte. Tel est bien le cas du peuple kabyle.
Les démocraties du monde, si elles veulent rester en adéquation avec les valeurs qu’elles proclament, devront désormais prendre position en faveur de l’indépendance de la Kabylie.
Pour l’instant, le monde occidental démocratique, plutôt que de défendre l’identité d’un des plus anciens peuple du monde, préfère accorder son attention à des groupes qui tentent de s’imposer par la terreur, qui font preuve d’une cruauté sans nom et dont l’objectif est la disparition, l’annihilation du peuple juif d’Israël.
Alors de quoi les démocraties actuelles ont-elles peur ? Pourquoi accordent-elles plus d’importance aux mouvements violents et totalitaires plutôt qu’aux mouvements pacifistes et démocratiques ?
« C’est la loi de la jungle, la loi du plus fort qui s’applique » répondra-t-on en cyniquement. Si cela est vrai, on ne sera pas étonné que cette loi de la jungle remplace un jour plus ou moins proche, ces valeurs démocratiques chéries peut-être, mais pas suffisamment défendues.
Cela nous amène à la solennité dont la cérémonie du 14 décembre 2025 a fait preuve.
Le Président Ferhat Mehenni au moment de la déclaration, entouré du Gouvernement en exil.
Le Président Ferhat Mehenni a affirmé :
« Un peuple conscient de lui-même est par essence, une nation[4]».
Il a aussi sacralisé le pacifisme de son mouvement par les paroles suivantes :
Le pacifisme n’est ni faiblesse ni renoncement. Il constitue l’expression la plus haute de la raison et de l’humanisme. Il rejette la logique de destruction, de vengeance et de sang. Il repose sur la justice (..) et le droit. Il maintient ouvertes les voies d’un règlement pacifique du différend, sans vainqueur ni vaincu[5].
Et pour bien associer la main ouverte et la vraie puissance :
La Kabylie est désormais une République fédérale démocratique et laïque [6].
La déclaration signée par le Président et présentée par le Premier Ministre.
Le 14 décembre 2025 à Paris, est né une nouvelle République, loin de son territoire. Sans armes, sans violence, mais avec des mots forts, des chants et des émotions pures. Libres à ceux qui se prétendent libres eux-mêmes, de s’associer à cette sortie d’Égypte moderne. Comme les Juifs esclaves en Égypte avaient dû expulser la part d’Égypte qu’ils avaient en eux-mêmes, les Kabyles libres excluront leur part d’Algérie.
[1] Des cris de « Vive Israël » ont été entendus pendant la cérémonie comme par exemple: https://www.youtube.com/live/-banVSBjuGA?si=bumOwg0YN-QLaBkT à 1:02:00
[2] https://mabatim.info/2025/12/11/declaration-dindependance-de-la-kabylie/
[3] https://x.com/LCudkowicz/status/2001920527804563586?s=20
[4] https://www.youtube.com/live/-banVSBjuGA?si=0juf8oash1Kzusz2&t=760
[5] https://www.youtube.com/live/-banVSBjuGA?si=4LOHybHvROPDx-gz&t=829
[6] https://www.youtube.com/live/-banVSBjuGA?si=WftqzIzRLs0XTOTP&t=2440
