De l’humanité robotisée aux robots humanisés

© Stocklib / Mihaela Rosu
© Stocklib / Mihaela Rosu

Les premiers humanoïdes mythiques furent des êtres artificiels qui développèrent des relations amicales, professionnelles et sexuelles avec leur créateur.

Ainsi, le thème de la robotique est abordé dans plusieurs péripéties de la mythologie grecque. Le sculpteur Pygmalion, fils d’Athéna et d’Héphaïstos, tomba amoureux de la statue d’ivoire qu’il façonna. La déesse Aphrodite anima la statue nommée Galatée afin qu’elle puisse vivre en compagnie de son créateur.

Les dangers de l’être humain artificiel

Les êtres artificiels ont suscité une grande fascination dans la mythologie, la littérature et le cinéma. Le thème du robot devenu dangereux est fréquent.

Le récit du Golem de Prague (XVIe siècle) met en jeu un humanoïde fait d’argile, conçu pour protéger son créateur. Il devient incontrôlable et est ramené à son état d’argile initial.

Dans le livre Le marchand de sable (1817) de Hoffman, le héros tombe amoureux de la fille d’un alchimiste. Il découvre qu’elle est en fait un automate, ce qui le déstabilise complètement.

Le roman Frankenstein (1818) fait agir un monstre construit à partir de morceaux de chair morte. Ce monstre se retourne contre son créateur et les proches de ce dernier, se vengeant ainsi de l’horreur que suscitait sa laideur.

Dans le film Avatar : la voie de l’eau réalisé par James Cameron (2022), des humains veulent préparer la colonisation de la planète des avatars et disposent d’avatars reconstitués avec la mémoire de soldats humains décédés. La bataille entre les envahisseurs et les avatars est sans pitié, car la planète Terre dont les humains sont issus n’est plus habitable en raison de sa dégradation écologique.

Les temps modernes dans la fiction

Dans le film Metropolis de Fritz Lang (1927), un robot à l’aspect humain (androïde) qui est le sosie d’une femme influente au sein des ouvriers de la ville souterraine les exhorte à se rebeller contre la classe dirigeante vivant dans l’opulence dans la ville supérieure.

L’amour virtuel entre un homme et son ordinateur est le thème du film Her (2013) dirigé par Spike Jonze. Il tombe amoureux du personnage conçu par intelligence artificielle dans son ordinateur. Leur relation devient presque celle d’un vrai couple…

Dans l’ouvrage Machines like me (2019) de Ian McEwan, le héros, son amie et un robot font un ménage à trois. Il s’ensuit un questionnement approfondi sur la nature des relations entre les humains et l’intelligence artificielle.

Le livre Klara and the Sun de Kazuo Ishiguro (2021) met en jeu une femme artificielle Klara conçue pour tenir compagnie à des enfants génétiquement modifiés pour mieux développer leurs capacités. Ce livre mène à penser qu’un jour l’intelligence artificielle pourra comprendre et imiter l’affectif de l’être humain et peut-être interagir dans la société de façon anonyme.

Les temps modernes en gestation

La réalité a rattrapé la fiction dans bien des domaines. Les téléphones intelligents abordables filtrent un très grand nombre de données et de messages audio et vidéo intégrant l’Internet. L’interaction avec le téléphone intelligent est croissante. Les hauts débits de données peuvent assurer une réalité virtuelle et une réalité augmentée qui pourraient faire partie de notre quotidien.

La machine-outil qui est censée servir l’être humain envahit son espace sensoriel et imaginaire ; les applications de type Siri ou Alexa finissent par créer à la longue un interlocuteur fidèle à l’appel. L’entreprise OpenAI développe une intelligence artificielle à visage humain. Déjà l’intelligence artificielle nommée GPT-2 est capable d’écrire des articles de presse ou des œuvres de fiction d’une qualité remarquable. S’approche-t-on d’un temps où les machines pourront exprimer une humanité mieux qu’un être humain ?

Compte tenu de l’intégration croissante des ordinateurs toujours plus puissants et de l’intelligence artificielle, en viendra-t-on à nous questionner sur ce qui est à l’origine mentale de la conscience de l’être humain ? S’approche-t-on d’un temps où l’on se demandera si les androïdes ont une conscience ?

À l’heure de la convergence de la génétique, de la robotique et de l’intelligence artificielle, la société utilise des systèmes intégrant des technologies et des logiciels des plus sophistiqués. Nous orientons-nous vers la greffe d’une puce cérébrale qui accélérerait certaines fonctions du cerveau, voire d’une anthropomorphisation des robots au détriment du vivre ensemble entre êtres humains ?

Nous faisons de plus en plus confiance à la machine pour prendre des décisions y compris la capacité de s’autoperfectionner. Nous sommes à la remorque des progrès techniques qui sont si rapides qu’on n’en évalue pas les retombées. S’approche-t-on du temps où il deviendra quasiment impossible de retrouver la nature humaine qui aura précédé l’ère de la mutation à l’humanité robotisée ?

La réalité se confond de plus en plus avec la fiction. Confions-nous notre destinée à l’intelligence artificielle ?

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique à l’École de technologie supérieure. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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