De l’élection du nouveau maire de Sarcelles, Patrick Haddad

Il existe de certains hommes, qui, dans les traversées d’ouragan, ont cette vertu que de faire consensus auprès de tous, une espèce de désignation spontanée du doigt et du regard qui engendre esprit d’unanimité et de sérénité lorsque la tempête bat son plein. Il en va ainsi, malgré lui, de Patrick Haddad récemment élu maire de Sarcelles.

Pour s’en faire la démonstration, il suffit d’entrer dans le premier café venu – ces glorieux et constants « parlements du peuple » où les notables de France ne daignent plus jeter un regard par peur de l’opprobre populaire. Tous sont formels : Patrick Haddad est l’homme de la situation, c’est un fils du pays et Sarcelles est sa patrie.

Quiconque rencontre l’homme comprend vite : au sein du peuple, Patrick Haddad est en famille. Nul citoyen n’échappe à son souvenir personnel, aucun n’est dispensé de sa part de conseils, d’attentions et de mansuétudes ; petits, grands et plus grands sont saisis à bras-le-corps, chaque visage à sa rencontre se fait sourire, chaque sourire un nom et chaque nom une histoire dont la singularité est portée avec un profond respect et une absolue sincérité par le nouveau maire. Il n’y a pas de conversations auxquelles l’homme soit réfractaire, il peut tout entendre ; toutes les satisfactions, toutes les joies, toutes les haines, toutes les rancœurs de ce vaincu vigoureux que l’on appelle le peuple.

À celui qui l’accusera de clientélisme communautaire, comme le fait l’opposition avant même de s’être installé dans le siège de maire, il répondra par un silence respectueux et digne avant de l’inviter à prendre part, avec d’autres, au débat public. Nulle remontrance, nulle condescendance. Il y a bien longtemps – si cela n’a jamais été – que Patrick Haddad ne juge le peuple. Il en sait les souffrances, les errements, les déclassements, les peurs, les délitements, mais également les aspirations, les forces, les orgueils, les volontés, les espoirs et en porte souverainement les responsabilités depuis le premier jour.

Pourtant, le nouveau maire de Sarcelles sait son action restreinte et le sablier de sa nouvelle mandature d’ores et déjà au deux tiers entamé. Loin de démoraliser ce dernier, Patrick Haddad songe en lui-même et agit d’autant plus rapidement que la pensée est prolixe et profonde ; en l’espace d’un instant, toutes les sphères accessibles à l’intelligence humaine font l’objet d’une analyse fine et sereine des affaires publiques où se manifeste le discernement de trente années d’observations politiques au regard de l’année à venir.

Il est de ceux qui ne font pas de la vie publique une activité de bureau, conséquemment, il se fait disponible pour tous. Prenant sans états d’âme le revers de ceux qui lui conseillent la tempérance, il commence ainsi son mandat en recevant les plus nécessiteux dans une ville ou plusieurs milliers de femmes, de toutes confessions, portent leur famille à la force de la volonté seule et où les miasmes du chômage national s’abattent sur ceux qui n’ont plus rien ou déjà tout perdu.

Parallèlement, il demande à ce qu’un plan d’amélioration de la vie au travail soit conçu, crée une brigade spéciale d’agents de propreté, fait la chasse aux voitures ventouses – espèces de charognes de métal qui exaspèrent de manière croissante la population grandissante, lance un vaste plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, renforce la présence policière et d’autres que nous ne saurions nommer.

La pureté de l’engagement, restée intacte, est proportionnelle à la quantité de civilisation qu’il perçoit dans les grandes et les petites choses de l’existence. Car ce que souhaite Patrick Haddad pour Sarcelles, c’est plus qu’il ne peut lui être octroyé, c’est la réhabilitation de son honneur d’antan, celui qui faisait la gloire et la grandeur d’un contrat social où les mots d’égalité et de solidarité n’étaient pas que d’abstraite vue de l’esprit.

Il sied cependant de prendre garde, car dans les temps où nous sommes, il en va de la chose publique comme dans le cœur des hommes et le fleuve des espérances se tarit bien vite dans l’adversité. Il suffit pourtant de discuter avec le nouveau maire de Sarcelles pour sonder que l’âme de certains hommes ne se résigne pas à l’éternel délitement des fils de la fatalité.

Du reste, il convient, dans un souci d’exactitude et de franche intelligence, que le lecteur qui est arrivé jusque là sache une chose propre à justifier nos dispositions d’esprit : plus d’une fois Patrick Haddad fut de ceux que l’on vint à approcher dans l’ombre pour saisir les clés de Sarcelles, et autant de fois ce dernier a refusé ce prestigieux siège qui s’offrait à lui. C’est la grandeur des rois de jadis que d’être réfractaire au pouvoir.

Le mandat de Patrick Haddad commence donc, au moins, sous le signe de la vertu.

About the Author
Franco-israélien, Benjamin Michelis est actuellement étudiant en Relations Transnationales. Diplômé de science-politique, il est engagé depuis plusieurs années au sein du Parti Socialiste et professeur d'appui dans un collège de réseau Eclair. Passionné de littérature, il a récemment été élu secrétaire-adjoint de la Société des Amis de Victor Hugo.
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