De l’audace !

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivant au cinquième Forum mondial de l'Holocauste au musée commémoratif de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, Israël, le 23 janvier 2020.
Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivant au cinquième Forum mondial de l'Holocauste au musée commémoratif de l'Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, Israël, le 23 janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

De l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace ! En décidant de retirer sa demande d’immunité parlementaire, Binyamin Netanyahou esquive un obstacle de taille sur son chemin.

En dépit de toutes les manœuvres, l’immunité lui aurait de toute façon été refusée. Sa mise en examen lui sera donc signifiée officiellement, et il devra répondre aux éventuelles demandes des juges en pleine campagne électorale. Contrairement aux apparences, cela ne présente pas que des inconvénients pour lui. Ses proches auront beau jeu de le présenter comme victime des juges, de la police, de la presse… image idéale pour mobiliser la « base » du Likoud, ces fidèles qui assurent au Premier ministre sortant un socle électoral insuffisant, mais nécessaire.

Pour aller chercher des électeurs plus indécis, Binyamin Netanyahou a trouvé la martingale dans le bureau ovale de la Maison blanche. A d’autres les petites manœuvres politico-juridiques… A lui l’avenir du pays, sa sécurité, ses frontières, ses alliances … Il pourrait même passer aux travaux pratiques dès la prochaine réunion du gouvernement, en proposant d’annexer les implantations juives, la rive occidentale du Jourdain, et le nord de la Mer morte. De façon progressive, bien sûr !

On pourrait commencer par Maalé Adoumim, cette grosse ville de la banlieue de Jérusalem qui n’abrite guère d’extrémistes et que beaucoup d’Israéliens considèrent déjà comme une ville de leur pays. Le reste suivra. On objectera que la communauté internationale s’opposera à la manœuvre. Mais la communauté internationale n’est plus ce qu’elle était. La première puissance mondiale est dirigée par « le meilleur ami qu’Israël n’ait jamais eu ». Les dirigeants russes et chinois ont d’autres chats à fouetter. Les pays arabes dits modérés feront des déclarations, mais finiront par se plier aux injonctions de leur grand protecteur, l’oncle d’Amérique.

L’Europe ? Sans armée, faible et divisée, elle n’a guère voix au chapitre. Sous l’œil des caméras du monde entier depuis la conférence de Jérusalem (« Se souvenir de la Shoah. Lutter contre l’antisémitisme »), Binyamin Netanyahou a jugé le moment opportun pour abattre quelques-unes des cartes qui pourraient lui donner la victoire le 2 mars prochain.

Dans les jours ou les semaines qui viennent, en accueillant Naama Issachar, cette jeune israélienne emprisonnée en Russie que Vladimir Poutine devrait gracier, le Premier ministre pourra parfaire son image de Père de la Nation : autoritaire mais protecteur, sérieux mais affectueux. En esquivant un vote hostile à la Knesset, le Premier ministre n’a pas fui le débat. Il l’a détourné à son profit. L’audace fait partie du métier.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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