De la posture morale d’Amos Oz à l’imposture de la Cour pénale internationale

Jeudi 7 novembre 2019, la Cour pénale internationale, ou CPI, à La Haye, aux Pays-Bas. (Photo AP / Peter Dejong, dossier)
Jeudi 7 novembre 2019, la Cour pénale internationale, ou CPI, à La Haye, aux Pays-Bas. (Photo AP / Peter Dejong, dossier)

Il y aurait beaucoup à dire sur la polémique née du livre publié par Galia Oz, fille de l’écrivain Amos Oz. Au-delà de l’aspect personnel et familial, qui ne m’intéresse guère et qui aurait mérité de demeurer dans l’ombre, c’est à un autre aspect, bien plus important à mes yeux, que je voudrais m’attacher ici.

J’ai écrit dans ces colonnes ce que je pensais de l’autobiographie d’Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres, son plus beau livre, qui est en réalité une “histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres” (1) : ces qualificatifs pourraient tout aussi bien s’appliquer au livre de Galia Oz qu’à celui de son père. A cet égard, le “règlement de comptes” posthume de la fille envers son père n’est que le prolongement du règlement de comptes entre le père et ses propres parents.

Mais ce n’est pas de la famille Oz – ni même de l’illustre famille Klausner, dont Oz est le rejeton – qu’il est question ici, mais d’une question bien plus importante pour Israël; celle de la posture, et de l’imposture morale que cette affaire révèle au grand jour. Ce qui a en effet dû être insupportable pour Galia Oz, au point de lui faire porter sur la place publique ce qui aurait dû rester caché, c’est l’abîme incommensurable entre la figure intime du père qu’elle a connu, et celle de l’homme public que le monde entier pensait connaître.

Comme me le confiait récemment une amie appartenant à la génération de l’écrivain, celui-ci aimait “prendre la pose”. Il s’était entièrement pris au jeu du “grand écrivain” et avait troqué son indépendance d’esprit et sa rectitude morale contre les attraits (ir)résistibles de la “posture morale”, que les médias étrangers affectionnent particulièrement : celle des “intellectuels-israéliens-qui-critiquent-leur-gouvernement-et-leur-pays”.

Du fameux triumvirat des écrivains porte-parole de La Paix Maintenant, David Grossmann, A.B. Yehoshua et Amos Oz, ce dernier était sans doute le plus visible. Il était omniprésent, depuis des décennies, dans les pages du Monde, du New York Times et des autres “grands” quotidiens de l’intelligentsia “progressiste” en Occident (2).

Ses attaques répétées contre la “colonisation”, les prétendus méfaits des “colons” en Judée-Samarie et des gouvernements israéliens (de droite comme de gauche) ne relevaient pas du débat intérieur à lsraël, tout à fait légitime. Car Oz et ses collègues avaient accepté depuis longtemps de porter ce débat sur la scène internationale, où leurs propos bénéficiaient d’une aura bien plus large qu’à l’intérieur des frontières de notre petit-grand pays.

A cet égard, leur responsabilité est immense, car ils sont largement responsables de la délégitimation d’Israël dont nous voyons aujourd’hui l’aboutissement avec l’acte d’accusation porté contre l’Etat juif – devenu le “Juif des Etats” – devant la Cour pénale internationale… Un fil invisible relie en effet la dénonciation permanente des “colons” israéliens par Oz et l’acte d’accusation devant la Cour pénale internationale (3).

Amos Oz avait accepté de prendre la pose non seulement devant les micros et les caméras occidentaux, friands de critiques féroces contre le gouvernement d’Israël, mais aussi devant l’opinion publique internationale, aux yeux de laquelle il incarnait une prétendue “voix morale” israélienne.

Dans un petit livre paru il y a quelques années, intitulé La trahison des clercs d’Israël (4), j’ai voulu décrypter l’imposture que représente cette posture morale, par laquelle une poignée d’écrivains utilisent leur renommée littéraire pour diffuser leur discours politique critique, auquel ils doivent en fait une large partie de leur succès international.

Cette imposture rejoint en fait celle de ces Juifs-renégats qui ont prétendu, durant notre longue histoire, tirer leur épingle du jeu, en se retournant contre leurs propres frères. De manière révélatrice, interrogé par le journal communiste L’Humanité lors de la parution de son livre Judas, Amos Oz répondait avec fanfaronnerie : “J’ai souvent été traité de traître dans ma vie. C’est un honneur” (5).

C’est précisément contre cette im-posture que s’est élevée la fille de l’écrivain. Sa révolte – indépendamment même de son histoire personnelle – rejoint en fait celle des nombreux Israéliens contre lesquels Oz a adressé sa soi-disant critique “morale” durant des décennies.

Alors que le rêve infantile de La Paix Maintenant s’est depuis longtemps effondré dans le fracas des attentats palestiniens et que la paix véritable s’instaure aujourd’hui, grâce à la politique clairvoyante du dirigeant auquel Oz avait réservé certaines de ses flèches les plus acérées, il est temps d’enterrer aussi le mensonge de la posture morale d’une certaine gauche israélienne et juive.

Le soi-disant “camp de la paix” dont Amos Oz était une des icônes n’a apporté que le terrorisme et la guerre, et c’est le camp national qui nous apporte aujourd’hui une paix authentique, fondée sur le respect et la reconnaissance mutuelle, et non sur le mensonge et le renoncement (6).

Notes

(1) Voir “Comment Amos Klausner est devenu Amos Oz”, où j’écrivais notamment : “Le pacifisme politique d’un Amos Oz n’est pas seulement l’expression d’une aspiration à une paix utopique, mais aussi celle de l’attitude des membres d’une génération qui, croyant sacrifier les idoles de leurs parents, ont été emportés trop loin dans leur rejet, renvoyant pêle-mêle Ben Gourion et Jabotinsky, le Second Temple et la rédemption nationale, le kibboutz et les implantations, l’héroïsme des soldats et la juste cause du retour du peuple Juif sur sa terre. Histoire d’amour trahi, de désamour et de ténèbres”.

(2) On aura une petite idée de cet engouement médiatique en consultant le nombre d’émissions le concernant sur le site de France Culture.

(3) Tout comme un fil invisible relie les critiques de Grossmann contre la politique israélienne sur le dossier iranien et celles de l’écrivain allemand Gunther Grass, Cf, 

(4) La trahison des clercs d’Israël, La Maison d’édition 2016. J’emploie ici le terme de trahison au sens intellectuel, et non au sens du droit pénal.

(5) https://www.humanite.fr/amos-oz-disparition-dun-ecrivain-apotre-de-la-paix-665666

(6) Cf “Donald Trump, l’Amérique et l’identité d’Israël : une explication” 

à propos de l'auteur
Pierre est né à Princeton et a grandi à Paris avant de faire son alyah en 1993. Il a travaillé comme avocat et traducteur. Il a notamment traduit en français l'autobiographie de Vladimir Jabotinsky. Pierre vit depuis plus de 20 ans à Jérusalem et a collaboré avec des publications francophones, parmi lesquels le Jerusalem Post et Israel Magazine. Il est passionné par le sionisme et son histoire.
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