De la dévotion en politique

Élections aux primaires du Likud, avant les prochaines élections pour le gouvernement israélien, à Tzfat, dans le nord d'Israël. 10 août 2022. Photo de David Cohen/FLASH90
Élections aux primaires du Likud, avant les prochaines élections pour le gouvernement israélien, à Tzfat, dans le nord d'Israël. 10 août 2022. Photo de David Cohen/FLASH90

Les élections primaires au Likoud ont eu un mérite : celui de la clarté. Ce sont les fidèles, les dévots de Binyamin Netanyahou qui ont été promus. Après le chef de l’opposition, tête de liste, c’est son fidèle Yariv Levin, qui sera en seconde position.

Dans la première dizaine de candidats, il est suivi par huit sortants bien connus (Elie Cohen, Yoav Galant, Dudi Amsalem, Amir Ohanna, Yoav Kish, Nir Barkat, Miri Regev et Avi Dichter) dont six au moins partagent avec leur chef bien-aimé une hostilité de principe aux Arabes ; un désir de mettre au pas le système judiciaire ; et bien entendu, une dénonciation des « élites » auxquelles ils appartiennent pourtant, mais ce ne sont sans doute pas les mêmes.

L’examen de l’ensemble de la liste corrobore cette orientation. Des rivaux tels Israël Katz ont été rétrogradés. Le très à droite mais très peu bibiste Yuli Edelstein recule, lui aussi, mais encore plus loin. Il envisage même de quitter le Likoud, mais pas tout de suite, car, on le sait, la précipitation est mauvaise conseillère.

Gila Gamliel, caution « raisonnable » du grand parti de droite, se retrouve en 30ème position sur la liste nationale, soit en position éligible, mais de justesse. C’est donc à la tête d’une équipe dotée d’une grande homogénéité que l’insubmersible Binyamin Netanyahou mènera le combat avec un objectif principal en tête : redevenir chef du gouvernement et piloter une réforme de la justice qui lui permette de sortir d’une façon ou d’une autre de son procès.

D’ailleurs, le jour même où il enregistrait les bons résultats de ses partisans, King Bibi demandait l’annulation de l’acte d’accusation dans l’affaire 4000 (la plus grave, celle où il risque la prison). Aucune chance que cette demande soit satisfaite pour l’instant, mais le ton de la campagne est donné : le défenseur de la veuve et de l’orphelin, victime d’un « acharnement judiciaire », demandera au bon peuple de le reconnaître à nouveau comme son rempart contre les journalistes « tous des gauchistes » ; les juges « ivres de pouvoir » ; les élites de gauche « qui ont oublié ce que c’est qu’être juif ».

En face, les travaillistes ont désigné une liste rajeunie et féminisée dont on dit qu’elle pourrait séduire des Israéliens de tous âges soucieux de voir les questions sociales inscrites en haut de l’agenda politique. Le 23 août, Meretz procèdera à sa consultation interne auprès de militants chagrinés par les querelles internes, les rivalités personnelles, le favoritisme et le népotisme.

Avec une présidente et des candidats qui ne savent plus où ils habitent, on leur souhaite bien du plaisir. Quant à Yaïr Lapid, il attend avec impatience la décision de l’ex-chef d’Etat-Major, Gadi Eizencot, et celle de l’ex-ministre des services religieux, Matan Kahana, qui pourraient rejoindre son parti Yesh Atid dont le nom signifie en français « Il y a un avenir ». On l’aura compris : le Premier ministre est un optimiste.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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