De la bonne volonté ne suffit pas

La décision d’attribuer le Prix des droits de l’homme de la République française 2018 à deux organismes controversés comme B’tselem et El Haq, est une décision malheureuse qui est sans aucun doute contre-productive si nous comprenons que les intentions sont de faire avancer la paix dans la région.

Ce prix honorifique apparaît, aux yeux de ceux qui vivent la réalité régionale, comme étant un coup de couteau dans le dos des efforts réalistes entrepris pour démêler le conflit, ceux qui ne mâchent pas leurs mots disent que c’est une incitation au terrorisme.

Pourtant, ces voix sont ignorées, reléguées aux rangs des déclarations d’extrémistes juifs et comparées aux voix des despotes de notre région. Et il n’en manque pas : Syrie, Irak, Iran, Liban, Hezbollah, Hamas, Autorité palestinienne et j’en passe.

Et c’est l’un des plus grands problèmes d’Israël.

L’image d’Israël, et plus particulièrement celle de ses représentants, est souillée et disqualifiée par le discours des forces progressistes occidentales. Le débat dans ces conditions, est complètement neutralisé car les idées qui ne vont pas dans le sens de cette pensée ne sont plus légitimes sur la place publique.

Le mot « sionisme » est devenu problématique et n’est prononcé sur les plateaux télévisés que lorsqu’il est demandé de discuter de son bon droit. Lorsqu’un intervenant prend la parole pour s’affirmer sioniste, il reçoit, silencieusement, soit des approbations pour son courage soit des réprobations non formulées pour cause de courtoisie.

De la même manière, les prises de position de beaucoup de dirigeants Israéliens sont écoutées par courtoisie. Lorsque le Premier ministre Israélien prend la parole, nous pouvons souvent voir dans les yeux des officiels européens, cette hypocrisie mêlée parfois de dédain avec une pointe de courtoisie. Son profil Wikipédia le met, dans des annotations anodines, à la même enseigne que Arafat, pas moins, dans l’usage du double langage. Mais nous ne parlons pas seulement de Netanyahou, c’est toute la pensée et la politique de ce qui n’est pas dans le sens de la ligne progressiste qui est sur la sellette.

Ceux qui n’approuvent pas pleinement cette ligne, sont montrés du doigt comme faiseurs de trouble, marginalisés et relayés à la catégorie de ceux que l’on doit écouter par courtoisie. Il semblerait, selon leurs discours, que pour instaurer la paix, il n’y a pas d’autres solutions et pas d’autres idées valables que les leurs et la preuve en est que chaque discours international se termine par la phrase incontournable qui affirme que « la solution à deux États est la seule solution au conflit du Moyen Orient ». Il est possible que cette affirmation soit juste et il est possible que non mais une chose est sûre, c’est que c’est la position très claire de la diplomatie officielle de l’Occident.

Et c’est justement sur ce point que nous devons appuyer.

Comment pouvons-nous comprendre, dans ce cadre diplomatique, cette malheureuse décision d’honorer ceux qui prônent un seul État et non pas deux ? Car ces organismes d’extrême gauche réclament l’instauration d’un État et d’un seul ! Ils reçoivent aujourd’hui les honneurs des gouvernements européens alors que les mouvements d’extrême droite qui, eux, prônent la même solution à un seul état, sont marginalisés et relégués au banc des accusés. Si les extrêmes d’un côté demandent de libérer la Palestine du fleuve à la mer, les extrêmes de l’autre côté demandent la même chose pour les juifs de la mer au fleuve.

Et rien n’est caché. Tout est libre d’accès dans les sites de ces organismes. El Haq réclame le « droit du retour » pour les Palestiniens, il soutient ouvertement le BDS et B’tselem leur emboîte le pas en nourrissant le conflit d’une propagande mensongère biaisée et en prenant parti de façon inconditionnelle pour un terrorisme déguisé en brebis.

Il faut comprendre la signification de ce « droit du retour ».

Le nombre de Palestiniens qui demandent le « droit du retour » se tient aux alentours de 5 millions aujourd’hui. C’est le chiffre officiel à la page d’accueil du site de l’UNWRA. Ces 5 millions veulent retourner dans leurs maisons et leurs villages d’avant la guerre d’indépendance de 1948. Avant 1948 il y avait 1.3 million d’Arabes dans la Palestine mandataire déjà partagée en 1922 pour y créer la Jordanie. Après la guerre d’Indépendance, 150 000 Arabes se retrouvaient dans les frontières du jeune état Juif, 900 000 en Cisjordanie sous contrôle de la Jordanie et 250 000 sont allés dans les pays Arabes voisins.

Selon les chiffres largement exagérés de l’ONU, 710 000 ont été déclarés réfugiés, mais à l’inverse des réfugiés dans le monde, ce chiffre a gonflé de façon exponentielle avec les années. Des 50 millions de réfugiés ayant été créés pendant le dernier siècle, les seuls dont la population est allée en augmentant sont les Palestiniens. Il ne reste plus un seul réfugié de cette époque mis a part les Palestiniens. Non content de cette particularité unique de l’histoire de l’humanité, les Palestiniens revendiquent un « droit du retour » pour « retourner » dans les maisons et les villes en Israël et non pas dans les Territoires de l’Autorité Palestinienne actuelle qui est la Cisjordanie. Preuve en est que jusqu’à ce jour, et malgré les accords entre Israël et l’Autorité palestinienne, pas un seul camp de réfugié n’a été démantelé pour réhabiliter ceux qui sont définis par l’UNWRA comme réfugié.

Pour éviter toute confusion, nous parlons donc d’une demande d’intégrer plus de 5 millions de Palestiniens dans les frontières d’Israël, hors territoires disputés, qui vit déjà avec une minorité de 20 % de musulmans aujourd’hui, et cela aux côtés d’un État palestinien dans les frontières de 1967. Il est à rappeler que les dirigeants Palestiniens disent sans honte et à haute voix qu’ils ne permettront à aucun juif d’habiter dans le futur état palestinien lorsque celui-ci sera créé. La bande de Gaza est la meilleure illustration de cette menace. Avec 8 millions d’habitants dont 20 % d’Arabes, la population d’Israël passerait donc à 13 millions avec 6.6 millions d’Arabes et 6.4 millions de Juifs. De fait, Israël, avec plus de 50 % d’Arabe, cesserait d’être un État Juif. Ce sont les revendications des organismes qui sont récompensés aujourd’hui avec le Prix des droits de l’homme de la République française 2018.

Les gouvernements européens passent outre donc le fait que ces organismes appellent, de façon insidieuse pour certains et ouverte pour d’autres, à la disparition pure et simple de l’État d’Israël en tant qu’État juif. Les pays européens passent outre aussi les déclarations révoltantes du gouvernement Iranien qui appelle ouvertement à la destruction pure et simple d’Israël.

Est-ce que les nouvelles n’arrivent pas jusqu’aux capitales européennes ? La réponse est claire : les pays européens reçoivent ces informations, le problème est qu’ils ne les prennent pas au sérieux tout simplement, car ils pensent que ces chiffres ne sont pas réels et ce pour deux raisons principales. Il est difficile de se battre pour une Europe sans État Nation d’un côté et de soutenir cette idée pour Israël de l’autre, et il est surtout difficile de prendre au sérieux ceux qui sont diabolisés et relayés au rang des personnes que nous devons écouter par courtoisie seulement. Sans vouloir faire de comparaisons, car nous vivons quand même une autre époque, nous avons déjà vécu des périodes ou les mensonges étaient ceux qui régissaient les choix des décisionnaires et les conséquences en ont été terribles.

Il faut que le débat légitime revienne avec deux côtés qui se respectent mutuellement et mettent faits et données sur la table des discussions, qu’elles soient philosophiques, politiques, culturelles ou artistiques afin de pouvoir prendre des décisions pour faire avancer le monde, pour faire avancer la paix. Cette décision elle, est encore, malheureusement, un pas en arrière.

About the Author
Journaliste, chimiste, traducteur et ingénieur supérieur, Bruno J. Melki utilise une approche scientifique dans ses recherches journalistique afin de présenter la réalité d’un des conflits les plus médiatisé, mais aussi des plus falsifié, de l’histoire contemporaine. Après avoir poursuivi des études de chimie et de statistiques et avoir travaillé en recherche pendant plusieurs années à l’Université de Jérusalem, Bruno J. Melki rejoint le monde de la haute technologie Israélienne et contribue aux efforts de la nation Start-Up avec quelques patentes. Ayant achevé une formation de journaliste en parallèle à son travail en Israel, il publiera une chronique économique hebdomadaire en Hébreu dans Makor Rishon. Récemment, il traduisit le livre de Ben-Dror Yemini : L’Industrie du Mensonge (à paraitre).
Comments