De Gaza à Ramallah

Le calme relatif le long de la bande Gaza, depuis le cessez-le-feu intervenu en novembre, laissait espérer au gouvernement israélien la possibilité d’obtenir du Hamas une trêve à long terme.

La normalisation en cours avec nombre de pays arabes aidant, on estimait dans les sphères dirigeantes de l’Etat juif que la ‘question palestinienne’ pourrait devenir secondaire. Certes, « l’affaire du siècle » préparée par l’administration américaine devrait mettre à l’ordre du jour un nouveau cycle de négociations avec l’Autorité palestinienne.

Mais celle-ci, affaiblie et divisée, avait déjà manifesté son hostilité à l’activisme américain dans la région. Tout était donc en place pour la grande opération stratégique dont rêve Binyamin Netanyahou : appliquer un statut différent à Gaza et à la Cisjordanie. La bande, où il n’y a plus un seul Israélien, civil ou militaire, depuis 2005, pouvait être abandonnée au Hamas.

Des projets de développement économique, facilités par un allègement du blocus, auraient encouragé une forme de normalisation. En Cisjordanie, la perspective était tout autre : le développement des implantations juives, dans l’attente de pouvoir un jour opérer une annexion de jure de la Judée-Samarie. Las ! La ‘question palestinienne’ n’est pas soluble dans les rêves stratégiques.

Depuis deux semaines, le Hamas, aidé semble-t-il par des éléments radicaux du Fatah (les Tanzim), a décidé de se rappeler au bon souvenir des Israéliens et de l’Autorité palestinienne sur la rive occidentale du Jourdain. Et de la façon la pire qui soit : en multipliant les attaques terroristes. La mort de civils (dont un bébé) et de jeunes soldats israéliens produit l’effet escompté par les islamistes : l’indignation de la population israélienne et la demande d’une répression accrue. La destruction des maisons des terroristes ne suffit plus. Le gouvernement entend désormais expulser leurs familles.

Nombre de spécialistes – et d’abord ceux des services de sécurité – ont démontré que de telles mesures encourageaient plutôt la solidarité de la population avec les terroristes et les vocations au ‘martyre’.

Dans un autre registre, la légalisation de plusieurs dizaines d’avant-postes (les ‘implantations sauvages’) et la construction de milliers de logements supplémentaires dans ces territoires risquent de compliquer la situation diplomatique d’Israël.

Nul doute que dans la période qui vient, l’escalade sur le terrain va encourager la logorrhée verbale et l’inflation de projets législatifs. On a même vu des ministres – près de la moitié du gouvernement ! – manifester sous les fenêtres de Binyamin Netanyahou pour demander plus de fermeté. On savait que la campagne pour les élections avait déjà commencé. On aurait souhaité que, face au malheur, les démagogues fassent preuve d’un peu plus de décence.

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Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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