De Cyrus aux mollahs : quand l’Histoire se retourne
Les derniers mots de la Bible hébraïque ne viennent pas d’un prophète d’Israël mais de la bouche d’un souverain perse :« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : L’Éternel, le Dieu des cieux, m’a donné tous les royaumes de la terre et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem qui est en Juda. Quiconque d’entre vous appartient à son peuple, que l’Éternel son Dieu soit avec lui, et qu’il monte. » (1)
Ces versets clôturent le livre des Chroniques, qui est le dernier livre du Tanakh, la Bible hébraïque. (2) Ils ont donc une importance particulière.
Au VIᵉ siècle avant l’ère commune, l’empire perse renverse Babylone et ouvre la voie au retour des exilés juifs vers Jérusalem. Cyrus devient l’instrument du retour des judéens et permet la reconstruction du Temple.
Son injonction, « qu’il monte » est toujours utilisée 25 siècles plus tard, pour désigner l’émigration des juifs du monde entier vers Israël puisque l’on parle de faire son « alyah » (3)
Mais un demi-siècle après Cyrus apparait Haman, que la tradition juive voit comme un descendant d’Amalek, qui a le projet d’exterminer le peuple juif, comme le raconte l’histoire de Pourim.
Il n’est pas indifférent de noter que les opérations « Lion rugissant » et « Epic Fury » ont débuté précisément samedi 28 février, jour où la tradition juive rappelait l’obligation de se souvenir de ce projet d’extermination ! (4)
Cette guerre n’a pas seulement pour objectif la destruction des potentiels nucléaires et balistiques iraniens, mais bien la chute de la dictature des Mollahs.
Cyrus demeure une figure profondément respectée en Iran. Pour beaucoup d’Iraniens, il incarne un Iran impérial, pluraliste et tolérant, très éloigné de l’idéologie totalitaire de la République islamique.
Au VIᵉ siècle avant notre ère, la Perse, avec l’Edit de Cyrus, permit aux Juifs de revenir à Jérusalem. Au XXIᵉ siècle, l’État juif contribue à rouvrir l’horizon de la Perse contemporaine.
Ainsi l’histoire offre une boucle inattendue : le peuple que Cyrus a aidé à revenir à Jérusalem, contribue, des millénaires plus tard, à rendre à la Perse sa propre liberté.
L’Iran retrouve un horizon national plus ancien, plus ouvert, plus fidèle à son héritage millénaire.
Jeu étrange où les civilisations se répondent à des siècles de distance et où les derniers mots de la Bible reçoivent une réponse inattendue.
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(1) Chroniques 36:23
(2) A la différence de la bible chrétienne qui se termine par la prophétie de Malachie.
(3) Sa montée
(4) Chabat Zachor selon l’injonction « « Tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. Ne l’oublie pas. » Deut. 25:17-19.

