De crise en crise

Les législateurs israéliens se tiennent dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/Piscine via AP)
Les législateurs israéliens se tiennent dans le plénum de la Knesset lors de la cérémonie de prestation de serment du 24e gouvernement israélien, à la Knesset, ou parlement, à Jérusalem, le mardi 6 avril 2021. (Alex Kolomoisky/Piscine via AP)

Cette fois-ci, le mauvais coup contre la coalition n’est pas venu du côté où on l’attendait. Jusqu’à présent, la stabilité gouvernementale avait été compromise par son aile droite.

La démission de la cheffe de la coalition, Idit Silman, avait privé celle-ci de sa majorité, et au sein de ce même parti, Yemina, la ministre Ayelet Shaked et deux députés, Nir Orbach et Abir Kara, surveillent de près le Premier ministre et pourraient à tout moment former un groupe dissident. Mais c’est de Meretz, parti de gauche et jusqu’à présent bon élève de la coalition, qu’est venue la crise.

Rinawie Zoabi, députée arabe de ce parti déclare qu’elle quitte la coalition dans une lettre où elle reproche au Premier ministre de porter tort à sa communauté sur le Mont du Temple, par le comportement de la police lors de l’enterrement de la journaliste palestinienne etc. En fait, on ne comprend pas bien ce qui a pu motiver la démarche de cette députée qui devait être nommée consule générale d’Israël à Shangaï avant que le commissariat à la fonction publique ne fasse des difficultés.

Cette affaire et des pressions familiales ont sans doute joué leur rôle. Mais les reproches évoqués dans sa lettre sont largement partagés dans la communauté arabe, alors que dans d’autres domaines, le gouvernement n’a pas ménagé sa peine pour rattraper des années de retard. Avec un programme quinquennal de 30 milliards de shekels (8 milliards d’euros), des investissements dans les infrastructures des localités arabes et des programmes spécifiques dans l’éducation, la santé, les transports … devraient réduire les écarts entre les Juifs et les Arabes.

C’est en promettant d’accélérer la mise en œuvre de ces dispositifs que le Premier ministre suppléant, Yaïr Lapid, a convaincu la députée contestataire de rester dans la coalition. Beaucoup de bruit pour rien ? Pas vraiment. Cette affaire montre une fois de plus la fragilité de la coalition qui est à la merci de la défection de l’un de ses membres. Elle apporte de l’eau au moulin de Binyamin Netanyahou qui entend faire campagne sur le thème qu’avec ce gouvernement « il n’y en a que pour les Arabes ». Cette affaire fragilise aussi le parti Meretz, et son chef, Nitsan Horowitz, qui ont fait élire une débutante.

D’ailleurs, dans les derniers sondages, ce parti ne dépasse pas le seuil électoral (3,25%) et risque donc de disparaître. Surtout, la fin de cette affaire n’empêchera pas d’autres crises de se produire. Le 29 mai prochain, à l’occasion de la « journée de Jérusalem » (Yom Yerushalaïm), la « marche des drapeaux » qui passera par la porte de Damas pourrait bien être à l’origine de nouvelles contestations d’un gouvernement qui n’a pas vraiment besoin de cela.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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