David, l’ami de Bibi

David Friedman, ambassadeur des Etats-Unis en Israël, n’a pas mâché ses mots : « Dans certaines circonstances, je pense qu’Israël a le droit d’annexer une partie, mais non la totalité de la Cisjordanie » (interview au New York Times, 8 juin 2019). Après cette déclaration, le département d’Etat a tenu à préciser que la position américaine concernant les localités juives de Judée-Samarie « n’a pas changé », ce qui n’est pas un démenti.

Sur le fond, la déclaration de David Friedman ne doit pas surprendre. Ce fils d’un rabbin orthodoxe, avocat de Donald Trump avant d’être nommé par son illustre client ambassadeur en Israël, a toujours été un ardent partisan des implantations juives en Cisjordanie. Il a même présidé l’association des Amis américains de Beit El qui fait bénéficier cette localité au nord de Ramallah d’un soutien en monnaie sonnante et trébuchante de l’ordre de deux millions de dollars par an.

La forme choisie par David Friedman ne doit pas étonner non plus. Dans l’administration Trump, on s’exprime sans nuance, et sans hésiter à s’immiscer dans la politique intérieure des autres Etats (Donald Trump vient de le faire en Grande-Bretagne en déclarant que Boris Johnson avait sa préférence pour succéder à Theresa May). Ce qui doit appeler l’attention dans la déclaration de l’ambassadeur Friedman est le moment choisi : à 100 jours des élections en Israël.

David Friedman veut d’abord aider son ami Binyamin Netanyahou – qui connaît une passe difficile – en validant une de ses promesses de campagne : annexer les implantations juives. L’intervention américaine dans la campagne est d’autant plus nécessaire que la publication du plan concocté par Jared Kushner (l’« affaire du siècle » supposée changer la donne au Proche-Orient) est de nouveau différée en raison du calendrier électoral.

La diffusion de ce plan aurait été d’un grand secours pour le Premier ministre qui aurait pu mettre en exergue sa volonté de paix contrastant avec l’intransigeance de l’Autorité palestinienne etc. Après la déclaration de son ami ambassadeur, Binyamin Netanyahou pourra au moins se prévaloir du soutien sans faille des Etats-Unis sur son intention d’annexer les implantations, thème particulièrement sensible … en particulier dans l’électorat de droite. Car, le 17 septembre prochain, le chef du gouvernement sortant devra enregistrer un résultat sans appel. Il lui faudra obtenir un nombre record de sièges pour le Likoud, et ne laisser à ses futurs alliés sionistes-religieux et ultra-orthodoxes qu’un seul choix : le soutenir – lui et lui seul – comme candidat au poste de Premier ministre. Ceci, alors qu’Avigdor Liberman – qui s’envole dans les sondages – prendra un malin plaisir à le priver d’une petite dizaine de sièges. Dans cette situation inédite, le soutien de l’ami David à l’ami Bibi est particulièrement bienvenu.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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