Dans les coulisses d’I24NEWS… A la poursuite du roi David

Ce mardi, fin du mois d’avril. Je me lève presque aux aurores, car ce jour vers 11 heures j’ai un important rendez-vous à la chaîne I24NEWS de Jaffa pour un tournage concernant mon livre paru chez Perrin sur Le roi David…

Madame Valérie Péréz qui est en charge de l’émission HISTOIRE, aidée par notre ami Monsieur Franck Melloul, a eu une idée de génie : aller sur les lieux mêmes du combat singulier entre David et le géant philistin Goliath. C’est-à-dire si l’on croit le premier livre du prophète Samuel, dans la vallée d’Hella. C’est vous dire mon état d’excitation ce mardi dès que le soleil se mit à darder ses rayons sur la ville.

Pour autant que je m’en souvienne, je ne me suis pas rendu in situ pour mon livre sur Abraham (Ellipses) ni in situ (en Egypte) pour mon livre sur Joseph, fils du patriarche Jacob… Mais là, c’est spécial, une opportunité à ne pas manquer.

Chacun a une idée des inénarrables embouteillages israéliens. Une idée du défi : il faut parfois plus de deux heures pour couvrir les 32 km séparant Netanya de Tel Aviv. Mais ce n’est pas tout. Une fois franchie les portes de la capitale économique du pays, il faut se rendre à Jaffa. Ce qui n’est pas une mince affaire… Encore faut-il que vous trouviez de la place dans un parking voisin.

On arrive à la chaîne (Nemal Yaffo), les gardes armés nous installent dans la salle d’attente et c’est là que je peux m’entretenir avec les journalistes ou les invités de la chaîne : Monsieur Masri qui enseigne les relations internationales à l’Université hébraïque de Jérusalem, j’aperçois Madame Abécassis qui passe sans s’arrêter, tout comme Monsieur Maurice Iffergan dont j’observe tout juste le dos, en revanche je parle plus longuement avec Monsieur Cyril Amar, mon ami Monsieur Ali Waked, Monsieur Pierre Klochendler dont j’avais apprécié le reportage sur les haggadot de Pessah, et dernière mais non moindre puisque c’est elle qui m’a invité, Madame Valérie Pérez, sans oublier sa charmante assistante, Yona (avec un tel prénom je pensais qu’il s’agissait d’une demoiselle…). Et aussi Madame Noémi Halioua qui vient d’intégrer la rédaction de la chaîne et dont apprécie bien les sujets présentés.

Le temps presse, nous quittons le bâtiment et suivons la voiture qui contient Valérie, Yona et les deux cameramen qui vont tout filmer.

Si j’en crois les panneaux indicateurs nous ne sommes pas loin de Beyt Shémésh. Et nous voilà sur le site. Les techniciens commencent à prendre leurs marques lorsque soudain un bus immense avec tout un groupe du troisième âge arrive. Valérie est paniquée : si cet engin ne se déplace pas, on ne pourra pas filmer notre interview sur Le roi David…

Mais c’est notre jour de chance car le guide, un Monsieur nommé Arikh Ben-Horine se montre très prévenant : il consent à déplacer le bus et me demande ce que nous faisons sur ce lieu. Je lui explique les raisons de notre présente. Dans l’intervalle, toutes les personnes sont descendues du bus et nous entourent. Arikh me prie de faire une petite conférence impromptue pour ses ouailles. Je m’exécute et les gens sont ravis. D’où vient votre hébreu, me demande une dame… Vous avez un léger accent français… Que voulez vous, on ne se refait pas à mon âge.

Arikh m’explique que le combat singulier entre David et Goliath eut lieu en haut de la colline. Les techniciens plient les caméras et notre petite équipe entreprend de grimper le long de cet étroit chemin de terre…

Mais en Israël, vous n’êtes jamais à l’abri d’une surprise, voire de plusieurs surprises qui s’enchaînent les unes aux autres. Une rumeur, une véritable clameur, au loin, de quoi s’agit-il ? Des groupes scolaires conduits par leurs maîtresses viennent visiter le site où David a réalisé son exploit. Les enfants, âgés d’environ douze ou treize ans sont déchaînés, la vue des caméras leur fait croire que nous tournons un film… D’autres pensent que c’est le journal télévisé et veulent être filmés, d’autres enfin nous disent mazal tov.

Je suis ému par ces jeunes Israéliens, tous juifs, tous locuteurs de l’hébreu, leur langue maternelle, ils viennent sur les lieux de leur histoire alors que moi j’ai écrit plus de 300 pages sur Le roi David, sans avoir jamais mis les pieds in situ… Juifs d’Israël, Juifs de la diaspora. Césure qui dure depuis deux millénaires de l’ère chrétienne, plus de trois millénaires si l’on remonte à David… (1040-970)

Il faut donc attendre que les enfants achèvent leur visite et que le calme revienne pour débuter l’interview conduite par Valérie, sous l’œil attentif de Yona.

Le lieu où je me trouve m’ensorcelle, je suis presque envoûté, subjugué par l’émotion, même si je fais nettement le départ entre le David de l’Histoire et le David de la tradition. Le premier livre de Samuel consacra près de 58 verset au combat singulier entre le philistin et le jeune David alors que la Sepetante se contente d’un peu moins de la moitié des versets… C’est tout dire.

Mais Valérie me pose les bonnes questions, je n’ai pas besoin de ruser. Il ne faut pas s’en prendre aux mythes fondateurs qui gisent au fondement de toutes les grandes civilisations. Même le Bouddha n’y échappe guère.

Visiter le passé n’est pas chose aisée ni dénuée de risque. Quand j’étais jeune germaniste, on étudiait le roman de formation Heinrich von Ofterdingen de Novalis. L’auteur y dit quelque part (je cite de mémoire) que les historiographes, ceux qui écrivent l’histoire, doivent être des craignants Dieu… A t-il raison ?

Toute écriture de l’histoire est une interprétation de l’Histoire qui reflète presque toujours notre propre opinion. L’objectivité absolue n’existe pas. Pourtant, l’humanité ne saurait se passer de toutes ces chroniques qui en constituent la trame.

Le souvenir de David a irrigué toute l’histoire juive ; son nom est inséparable de la ville de Jérusalem où Dieu a choisi de se faire bâtir un temple. Personnalité hors du commun, pétrie de paradoxes, David incarne plus que tout autre les souhaits les plus ardents et les plus intimes du peuple d’Israël.

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Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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