Dans la tête d’Itamar Ben Gvir

Montage photos (de gauche à droite) : Un grand gâteau d'anniversaire orné d'un nœud coulant doré et d'armes à feu offert au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, lors de la fête organisée pour son 50ᵉ anniversaire, le 2 mai 2026 ; Ayala Ben Gvir offrant à son époux un deuxième gâteau d'anniversaire, plus petit, également orné d'un nœud coulant, le 2 mai 2026. (Crédits : Capture d'écran/Itamar Ben Gvir via Instagram)
Montage photos (de gauche à droite) : Un grand gâteau d'anniversaire orné d'un nœud coulant doré et d'armes à feu offert au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, lors de la fête organisée pour son 50ᵉ anniversaire, le 2 mai 2026 ; Ayala Ben Gvir offrant à son époux un deuxième gâteau d'anniversaire, plus petit, également orné d'un nœud coulant, le 2 mai 2026. (Crédits : Capture d'écran/Itamar Ben Gvir via Instagram)

On sait que le ministre de la Sécurité nationale est un oiseau de mauvais augure, un  bouffon sinistre. On sait que le 20 mai dernier à Ashdod, sa parade d’humiliation des activistes palestiniens a renforcé sa notoriété en Israël et lui a permis de faire irruption dans les médias internationaux. On avait oublié qu’en novembre et décembre derniers, il exerçait déjà ses talents de clown policier dans trois villages bédouins du Néguev. Car, lui – et lui seul – sait « parler aux Arabes », leur montrer « qui est le maître ».

Après les incendies, les vols et les menaces proférées par des éléments criminels de ces communautés, il déclarait vouloir rétablir l’autorité de l’État (mechilout). Il n’a rien rétabli du tout. La situation a empiré avec plus de meurtres, de vols, de rançonnements (protection), d’agressions dans tout le pays, et pas seulement dans les localités arabes.

On ne compte plus le nombre de particuliers et d’entrepreneurs juifs subissant une double peine. Ils sont victimes – parfois – de la criminalité organisée par quelques-uns de leurs coreligionnaires et – le plus souvent – terrorisés par des gangs arabes. C’est tout bénéfice pour Itamar Ben Gvir qui connaît par cœur l’air et la chanson du plus gros pourvoyeur de voix à l’extrême droite : la peur.

En 2022, les émeutes massives et violentes intervenues dix-huit mois auparavant dans les villes mixtes (Lod, Ramlé, Jaffa, Saint-Jean d’Acre…) ont contribué au succès rencontré par la liste commune concoctée par Bezalel Smotricht et Itamar Ben Gvir. En politique, le temps fait son œuvre en laissant la peur infuser dans le corps électoral. En accord avec Binyamin Netanyahou, le candidat Ben Gvir s’en alla chercher des voix chez les jeunes et les abstentionnistes dans des villes pauvres de la périphérie. Non sans succès. La liste d’extrême droite enregistra des gains appréciables à Beit Shéan (+ 8,4 %), Dimona (+ 10,5 %) ou Sdérot (+ 14,3 %).

On ne l’a pas assez souligné : le 1er novembre 2022, c’est aussi et peut-être d’abord Itamar en Gvir qui a gagné les élections en apportant 7 sièges (sur les 14 de la liste bicéphale) dans l’escarcelle de Binyamin Netanyahou.

Aujourd’hui, l’insécurité dans le Nord, l’inquiétude dans le Sud, et les sentiments douloureux des jours d’alerte partout, pourraient bien renforcer l’audience du champion toutes catégories de la démagogie, ce petit gros avec une grande kippa blanche reconnaissable entre mille sur le terrain et les écrans de télévision.

Il vient de fêter ses cinquante ans avec un gâteau d’anniversaire où une potence était dessinée. Ce qui n’est pas surprenant. La tête d’Itamar Ben Gvir est pleine de racisme et d’instinct de mort. Lors du prochain scrutin, la bonne vieille politique de provocation/répression pourrait influencer des électeurs indécis et inquiets. Et pas seulement des bouffons.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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