Cuisine électorale à l’israélienne

Les ministres et les membres du Parlement israéliens dans leur fauteuil avant de voter à la Knesset, le mercredi 29 mai 2019. (AP Photo / Sebastian Scheiner)
Les ministres et les membres du Parlement israéliens dans leur fauteuil avant de voter à la Knesset, le mercredi 29 mai 2019. (AP Photo / Sebastian Scheiner)

En six mois, et pour la seconde fois consécutive, les électeurs israéliens n’ont pas réussi à départager Binyamine Netanyahou et Benny Gantz.

Aucun des deux prétendants au poste de Premier ministre n’est en mesure de former un gouvernement : le bloc de droite a réuni 55 députés, le bloc du centre et de la gauche, lui, compte 44 députés, tandis que la liste unifiée des Arabes a gagné 13 sièges et le parti d’Avigdor Liberman, Israël Beténu – qui ne revendique encore aucun positionnement – 8 sièges.

Le pays est dans une impasse politique. Bien que sans majorité de droite, Binyamine Netanyahu reçoit du président de la République, Réouven Rivlin – après consultation des représentants de tous les partis – mandat de former un gouvernement majoritaire. Il n’a pas réussi à le faire dans le délai qui lui a été imparti.

Il demeure néanmoins le leader incontestable de la droite israélienne. Ne pouvant pas échapper aux dossiers pénaux qui risquent de le faire comparaître devant des juges, pour corruption, fraude et abus de confiance, il multiplie ses manœuvres afin de rester Premier ministre, le plus longtemps possible.

Avant même la fin du mandat confié à Nétanyahou, le Président Rivlin tente de trouver des solutions pour dénouer la situation et éviter la tenue d’élections législatives pour la troisième fois en une année.

Il propose que, dans le cadre d’une union nationale, Nétanyahou garde le titre de Premier ministre sans en exercer les prérogatives, réduit en quelque sorte à un état « d’empêchement ou d’incapacité ».

En parallèle, Benny Gantz assurerait de facto la fonction de Premier ministre. Une étrange caractéristique de plus de la démocratie à l’israélienne.

Après que Nétanyahou n’ait pas réussi à trouver une majorité pour former le gouvernement, Gantz, chef du parti Ka’hol Lavane et de l’opposition, est mandaté à son tour par le Président Rivlin pour tenter de former un gouvernement. Gantz représente les électeurs du centre et de la gauche israélienne, sans toutefois disposer de majorité.

Élu sur la promesse de constituer un gouvernement laïc et libéral, il ne peut envisager une coalition avec les partis religieux ultra-orthodoxes. Lui aussi souhaite la création d’une union nationale avec le parti de la droite, Likud, mais sans Nétanyahou. Mais cette dernière reste fidèle (pour le moment) à son chef, qui s’accroche coûte que coûte au poste de Premier ministre, qu’il soit honorifique ou effectif.

Pour une première incursion en politique, Gantz est confronté à une situation particulièrement délicate. S’il acceptait de former une coalition avec Nétanyahou, il se décrédibiliserait aux yeux de la majorité de son électorat. S’il ne réussissait pas à former un gouvernement sans alliance avec son rival de droite, il remettra son mandat au Président Rivlin, qui n’aurait plus d’autre solution que de confier au Parlement le soin, à son tour, de constituer un gouvernement.

Durant 21 jours, les différentes formations de la Knesset exploreraient toutes les combinaisons possibles. Mais leurs tractations ont peu de chance d’aboutir. Aux aguets Nétanyahou, déploiera toute la ruse dont il est capable pour faire capoter les efforts des parlementaires et provoquer, ainsi une troisième élection.

Il y gagnerait, en tant que Premier ministre de transition, un répit de plusieurs mois. Il le mettrait à profit pour ternir l’image de Gantz, en lui faisant une réputation de novice en politique qui n’aurait même pas réussi à former un gouvernement.

Le temps imparti à Gantz pour former un gouvernement, fût-il minoritaire, s’écoule. Son mandat expire le 20 novembre. Il ne peut réussir sans le soutien des partis arabes. Pour la première fois, des représentants modérés des Arabes israéliens pourraient se voir confier des responsabilités ministérielles et sociétales. Il semble que la majorité des députés arabes est prête à jouer le jeu. Elle a, d’ailleurs, déclaré son soutien à Gantz.

Liberman, lui, refuse systématiquement toute coalition avec les Arabes. Cependant, Gantz pourrait lui faire des concessions afin de bénéficier de son soutien. Nombreux d’ailleurs sont les points communs aux programmes des deux hommes : institution du mariage civil, fonctionnement des transports publics et ouverture des petits commerces le Chabat, etc. Grâce à sa position d’arbitre entre les 2 blocs, Lieberman exigera beaucoup pour sa participation ou son soutien à la constitution d’un gouvernement.

Le mieux qui puisse arriver à Gantz serait de réussir à former un gouvernement minoritaire grâce à la neutralité bienveillante de Liberman et à la participation des partis arabes au gouvernement. Gantz et ses alliés auraient alors une majorité suffisante pour provoquer de nouvelles élections dans les conditions et à la date qui leur conviendraient.

Il aurait alors le grand avantage de faire campagne dans les habits d’un Premier ministre en exercice. Liberman – à condition qu’il ait au préalable obtenu des concessions sur au moins un des points essentiels de son programme – se représenterait avec l’aura d’un homme fidèle à ses promesses électorales.

Israël retrouverait alors une paix intérieure. Le long règne de Netanyahu, qui a conduit le pays à une fracture sociale, sans précédent, prendrait fin.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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