Croix-rouge, le silence de la honte !

Comment pouvons-nous garder le silence face à l’inaction de la Croix-Rouge lors de l’indicible barbarie du Hamas après les massacres du 7 Octobre 2023 ?
Tous s’accordent à affirmer que la Croix-Rouge a manqué à son devoir de soutien envers les otages israéliens et étrangers détenus par les terroristes du Hamas, contrevenant ainsi aux principes d’humanité énoncés par son fondateur Henry Dunant (qui lors du premier Congrès de Bâle, en 1897, s’attira la reconnaissance de Theodor Herzl pour avoir imaginé la création d’un État juif).
Comme le dit l’Ecclésiaste :
Ce qui a été, c’est ce qui sera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera : il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! (Ecclésiaste 1: 9).
Novembre 1942. Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) est informé de l’existence des camps de concentration nazis et de l’extermination des Juifs dès novembre 1942. Le 23 novembre 1942, le département d’État américain reçoit des informations supplémentaires sur l’extermination des Juifs, informations s’ajoutant à celles de Gerhart Riegner qui fut l’un des tout premiers à alerter sur le génocide juif.
En effet le 8 août 1942, Gerhart Riegner remet au vice-consul américain à Genève, Howard Elting, le résumé d’un message alarmant concernant le plan nazi d’extermination des Juifs (« Télégramme Riegner »).
Quel fut alors le rôle du CICR et de ses dirigeants respectifs ?
Le juriste Max Huber, président du CICR de 1928 à 1944, choisit délibérément de garder le silence et de ne pas condamner publiquement les atrocités commises par le régime nazi.
Le CICR, sous la direction de Huber, a choisi de maintenir une position de neutralité et de discrétion, probablement dans le but de préserver son accès aux prisonniers de guerre et sa capacité à mener des opérations humanitaires.
En avril 1942, le CICR accepte la décision de la Croix-Rouge allemande de ne plus fournir d’informations sur les détenus « non aryens ». Même l’idée d’un appel public pour dénoncer la persécution des Juifs, envisagée en 1942, a finalement été abandonnée.
Le Dr Carl Jacob Burckhardt, d’abord vice-président du CICR puis ensuite président (1945-1948), ne cache point ses nombreuses affinités avec le régime nazi afin de lutter contre le communisme.
En 1936, il assiste en qualité de vice-président du CICR aux Jeux olympiques de Berlin. Ses propos antisémites, même après la guerre (inscrits dans ses Mémoires : il y est fait mention à propos du Procès de Nuremberg de « vengeance juive »), expliquent la raison pour laquelle il dissimula au Comité des informations concernant l’extermination des Juifs, comme déjà le fit remarquer en son temps Gerhart Riegner.
Quant à Maurice Rossel (1917-2008), médecin suisse et délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pendant la Seconde Guerre mondiale, son rôle dans la visite du ghetto de Theresienstadt le 23 juin 1944 est particulièrement controversé et emblématique de l’échec du CICR face au génocide des Juifs européens.
Son rapport a miné la crédibilité d’autres rapports plus précis sur la Shoah, comme le rapport Vrba-Wetzler. En avril 1944, Rudolf Vrba et Alfréd Wetzler sont les premiers Juifs évadés d’Auschwitz à décrire minutieusement les chambres à gaz qui s’y trouvent, confirmant le « Télégramme de Riegner ».
L’historien et recteur de l’Université de Genève Jean-Claude Favez, s’appuyant sur les archives du CICR, évoque le fait que « pour le Comité international, les Juifs n’ont pas été des victimes spécifiques » (le choix du silence) comme le démontre Le Livre blanc de 1947 publié par le CICR.
Jean-Claude Favez[1] développe cette dernière affirmation en posant trois interrogations fondamentales :
Trois questions se posent alors :
- Qu’a su le CICR de la « solution finale » ?
- A-t-il eu la volonté d’intervenir ?
- Avec quels instruments ?
Contrairement à ce qui est souvent dit, le CICR a donc pris connaissance très tôt des dimensions de la tragédie qui s’est abattue sur le judaïsme européen.
Bien qu’on ne puisse dire qu’il ait par le passé manifesté une sensibilité particulière au sort des Juifs, il a cherché dans les textes qui régissent le droit international et dans son histoire des moyens d’agir.
Mais les deux mesures envisagées en 1942, le sondage diplomatique et l’appel public, doivent impérativement à ses yeux s’inscrire dans sa politique générale, c’est-à-dire, ne pas mettre en danger les tâches de protection et de secours en faveur des victimes militaires et des internés civils de nationalité ennemie…
De l’automne 1942 à l’automne 1944, le CICR renonce donc à toute démarche diplomatique au sommet en faveur des victimes de l’Holocauste et se contente de démarches entreprises à l’échelon local par certains délégués installés dans des pays alliés ou satellites du Reich…
Les Juifs des camps d’extermination sont restés pratiquement en-dehors de cette « action des colis » aux camps de concentration, comme l’a baptisée le CICR.
Ce passage sur « l’action des colis » n’est point sans rappeler l’indifférence totale du CICR qui n’a jamais transmis les médicaments, les vêtements, les articles de toilette et la nourriture aux otages israéliens retenus à Gaza, comme pourtant leur mission humanitaire les y oblige. Jean-Claude Favez met en avant l’un des facteurs expliquant l’échec humanitaire de la Croix-Rouge, à savoir sa conception de la « neutralité » :
La Croix-Rouge est née de la société libérale et ne connaît pas de distinction de race, de religion, d’idéologie. Elle proclame la neutralité des victimes et de ceux qui les soignent. Mais cette neutralisation n’avait aucun sens pour les Nazis. Que faire dès lors pour les convaincre d’un geste humanitaire, si l’on refuse d’adopter leurs critères, et si ne joue plus, comme dans le cas des prisonniers de guerre et des internés civils, l’argument de la réciprocité ?
Ainsi le CICR a justifié son silence en affirmant que dénoncer les camps n’y changerait rien et risquerait de compromettre son accès aux prisonniers de guerre.
Cette position a été vivement critiquée après la guerre, certains accusant le CICR d’avoir été complice de la propagande nazie.
Des représentants du CICR ont eu des contacts avec des hauts responsables nazis, comme Ernst Kaltenbrunner, pour tenter d’obtenir l’accès aux camps et la libération de certains détenus. Ces demandes se sont traduites par, entre autres, la visite du ghetto de Theresienstadt en 1944, bien que celle-ci ait été mise en scène par les nazis.
En 2015, Peter Maurer, président du CICR, reconnaît la culpabilité de la première organisation mondiale de secours en déclarant :
Le CICR n’a pas réussi à protéger les civils, et plus particulièrement les Juifs persécutés et assassinés par le régime nazi.
Il a reconnu que :
Le groupe « a échoué en tant qu’organisation humanitaire parce qu’il a perdu son sens moral.
En définitive, la Croix-Rouge s’est pleinement déshonorée par sa totale indifférence lors des massacres de millions de Juifs d’Europe perpétrés par la machine nazie. Elle aurait pu, après les massacres du 7 octobre, d’une certaine manière, regagner ses lettres de noblesse perdues en agissant avec détermination pour préserver la vie d’otages israéliens et étrangers, hommes, femmes et enfants capturés, torturés, violés et détenus par les terroristes du Hamas.
Silence.
L’Histoire retiendra que la Croix-Rouge a honteusement trahi sa mission humanitaire et son fondateur historique Henry Dunant. Si le prix Nobel octroyé à Henry Dunant se justifie, celui octroyé, en 1944, au CICR pour son action durant la Seconde guerre mondiale n’est pas sans poser de nombreuses questions.
L’Histoire jugera…
[1] https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2015-2-page-149?lang=fr
