Croire en la Vie

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En cette année si particulière, dans le contexte de l’épidémie actuelle, nous recevons un message inouï des nombreux événements qui ont jalonné la période du Omer – le deuil des élèves de Rabbi Akiva morts d’épidémie, Yom ha Shoah, Yom ha Zikaron, Yom ha Atsmaout, Lag-ba-omer, Yom Yerouchalaïm, et bientôt Chavouot.

Si Israël est classé numéro 1 mondial dans la lutte anti-corona, et que la mortalité est tellement moindre ici qu’ailleurs, ce n’est pas tant que nous sommes « habitués » aux situations d’urgence, comme on a pu le lire (il y a malheureusement d’autres pays autant voire plus habitués que nous…). Mais plutôt que nous plaçons la vie à un très haut degré de priorité – au plus haut, tout simplement. Nous ne tergiversons pas là-dessus, et lorsqu’il s’agit de vivre, nous avons une vitesse et une puissance de réaction bien supérieure à celle des autres pays. C’est aussi pourquoi nous sommes les premiers en matière de lutte anti-terrorisme.

D’ailleurs, notre force de vie ne se limite pas à un combat contre les forces de la mort et du mal. Mais elle s’exprime aussi de manière positive. Nous avons un enthousiasme de vivre car nous croyons en la vie, nous croyons que la vie peut être vraiment belle, que le monde peut être vraiment bon… et nous fonçons dans cette direction. Ce qui explique les prouesses de notre petit État depuis sa création pourtant récente, notamment en matière scientifique et médicale, mais en fait dans quasiment tous les domaines. En 72 ans d’existence, notre État s’est développé de manière explosive, et éclatante, jusqu’à ce jour. Israël est un miracle de vie.

Israël est un miracle de vie, non seulement de par son développement, mais de par sa naissance même. Cet État est né après la Shoah, grâce à des héros vivants encore dans nos cœurs, comme une revanche de vie sur le massacre abominable de 6 millions d’entre nous (tués non par un virus mais par une morale humaine distordue). Rappelons à cet égard le triste record de l’année dernière, où la population juive mondiale a atteint ce qu’elle était en 1925… avec une répartition bien différente cependant, puisque 45% des juifs vivent aujourd’hui en Israël – serait-ce une réparation de l’histoire ?

Si Israël est un miracle de vie, c’est que nous, juifs israéliens, croyons en la vie du plus profond de notre cœur. Pas seulement en la survie, mais en la vie dans toute sa plénitude. En une vie sur terre qui soit meilleure pour de vrai. Cette vie-là s’appelle la guéoula. Toute notre morale est fondée sur notre foi en la guéoula, de façon très ferme, car cette foi date de 5780 ans et se transmet de génération en génération, jusqu’à ce que la guéoula advienne vraiment – ce qui ne saurait tarder, puisque, disent nos Sages, elle doit advenir au bout de 6000 ans maximum… et peut-être avant si nous voulons.

C’est Rabbi Shimon Bar Yohai, mort il y a un peu moins de 2000 ans, à Lag-ba-Omer, qui nous a enseigné le secret suivant : la vraie vie est celle qui unit l’extériorité et l’intériorité. Ce n’est ni une vie purement matérielle, ni une vie purement spirituelle, mais une vie qui réconcilie les deux dimensions. Une vie où le bien idéal s’incarne dans la réalité. Pas facile, non… C’est pourquoi ce but s’inscrit dans un long processus, qui implique au plus haut point notre libre volonté.

En fait, c’est l’enjeu du peuple juif dans son histoire jusqu’à la guéoula – où la vie sur terre sera tellement sainte qu’elle pourra devenir éternelle, et que les défunts renaîtront. Ce n’est pas de la science-fiction, non, puisque nous savons déjà clôner les êtres humains… La question qui se pose actuellement au monde scientifique pour le réaliser en masse est essentiellement d’ordre moral et spirituel – et cette question trouve explicitement réponse, à qui veut bien l’entendre, dans la Torah.

Laquelle préconise une norme morale si élevée qu’elle exprime et permet cette transcendance. Encore nous reste-t-il à l’appliquer. C’est donc aussi l’enjeu de chacun d’entre nous, dans le parcours de vie qu’il construit pour avancer dans cette direction, dans la contribution qu’il apportera à sa descendance, ainsi qu’à la collectivité.

La reconquête de Jérusalem en 1967 est un jalon essentiel de ce processus : événement historique et spirituel qui a permis le ralliement de juifs, c’est-à-dire de dépositaires de la foi en la guéoula, sur leur terre bien-aimée et bénie par D’, autour de leur capitale ancestrale. Au cœur de cette capitale se trouve la pierre de Fondation, qui précisément, est l’origine de toute la Création, de toute vie. Cela a donné des ailes au peuple juif… Et cela nous donne toujours des ailes, pour avancer vers la guéoula – vers la vraie vie, avec toujours plus de force et de justesse.

Il est écrit dans la Torah à propos de la terre d’Israël: « D’ veille sur elle par son regard posé dessus du début de l’année à la fin de l’année » (d’ailleurs elle s’est mise à produire des fruits magnifiques et délicieux depuis que les juifs s’y sont réinstallés). Au fond, c’est grâce à cette protection divine que l’Etat d’Israël est victorieux contre le virus, contre le mal, contre la mort. Plus encore que grâce à notre foi en la guéoula… dont nous ne sommes d’ailleurs que les simples dépositaires. Autrement dit, en toute humilité, si nous gagnons, nous n’y sommes pour rien.

Ou presque. Car tout de même, nous n’avons pas refusé la protection de D’. Nous n’avons pas refusé de croire en la guéoula. Ce n’est pas trivial. Nous nous sommes abandonnés à cette foi-là. Nous avons accepté de croire et de construire, à partir de rien, juste avec notre foi, un pays entier.

Et ce n’est qu’un début.

Il nous reste, ici en Israël, à unir nos cœurs jusqu’au bout, malgré la diversité (enjeu éminemment actuel dans le contexte spirituel et politique du pays). Justement pour faire fructifier cette diversité. L’épidémie qui a dévasté les 24000 élèves de Rabbi Akiva, en cette période de l’année, il y a 2000 ans, et qui a cessé le jour de Lag-baOmer, a eu lieu car ils n’étaient pas assez unis.

Le secret de la réconciliation entre vie spirituelle et vie matérielle (tant que celle-ci prône notre bien) se projette sur nous de manière accessible comme une réconciliation entre les groupes de tendance (tant que ceux-ci prônent notre construction). Alors… que nous nous unissions pour réparer leur erreur, et que notre épidémie cesse définitivement ! Que notre nouveau gouvernement d’union, tout hétéroclite soit-il, permette à chaque parti d’exprimer le meilleur de lui-même… seulement le meilleur, et tout le meilleu r!

Et puis surtout, puisque se tenir « comme un seul homme dans un seul cœur » était la condition pour recevoir la Torah au mont Sinai, que cette union soit le signe que nous sommes désormais prêts à la recevoir ici, au mont Sion, prêts à y élever un Temple, pour Celui qui nous offre cette possibilité de vie extraordinaire, ce cadeau inespéré ! Ou plutôt, justement, très espéré, si seulement nous choisissons d’y croire…

Alors, croyons-y, vivons à fond selon notre morale juive, soutenons Israël, venons consacrer notre vie et nos forces à cet élan commun, soyons unis… chacun selon ce qu’il peut ! Construisons ensemble le rêve d’une humanité belle et bonne, car ce rêve est progressivement en train de se réaliser, ici en eretz Israël. Il suffit de venir et d’ouvrir les yeux, pour le constater. Le rêve d’un monde fait de compassion et de bienveillance, de vérité et de justice… même s’il a ses points faibles, bien sûr, qui le freinent, car ce monde merveilleux restera toujours humain, et perfectible, et heureusement. Un monde au cœur tendre et fort à la fois.

Ce rêve n’est pas une utopie hippie, car notre « peace and love » à nous inclut aussi un combat sans merci contre le mal, la corruption, le mensonge, jusqu’à leur anéantissement total.

Ce rêve n’est pas une utopie hippie, une mode qui passera, car notre morale à nous se fonde sur plus de 5000 ans de foi fermement préservée, développée avec amour et soin.

Ce rêve n’est pas une utopie hippie – preuve en est qu’un État entier, plein de cette force de vie, grandit chaque jour un peu plus, tout imparfaitement que ce soit, et bluffe le monde entier.

C’est tout l’inverse d’une utopie : c’est une garantie.

Une garantie de vie, celée au cœur du mont Sion, dans la pierre de Fondation qui n’y sera plus cachée pour très longtemps, si D’ veut.

Non pas une garantie de médiocre survie, mais de vraie vie, pleine et épanouie, de vie définitivement bonne et heureuse, d’ici 220 ans au plus tard, et peut-être demain, si, juste, nous y investissons le fond de notre cœur, nous agissons jusqu’au bout de nos possibilités, chacun à sa manière… Si, juste, ensemble, nous pédalons un peu plus vite.

à propos de l'auteur
Née en 1972 à Boulogne-sur-Seine, Shoshana a terminé des études de Médecine puis est montée à Tel Aviv en 1997 où elle a obtenu un Master en Linguistique. En 2008, elle a fait techouva puis est montée à Jérusalem. Elle y enseigne le Yoga, et soigne par le Yoga Thérapeutique. Auteur de poèmes en hébreu.
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