Crise dans la haute technologie israélienne

Tel Aviv, le 14 septembre 2020. Photo de FLASH90
Tel Aviv, le 14 septembre 2020. Photo de FLASH90

Depuis plusieurs mois, le secteur de la haute-technologie en Israël connaît une crise sans précédent entraînant des licenciements de masse. En effet, des milliers de personnes ont perdu leur emploi ces derniers temps, dont 500 dans deux entreprises de renom. Les investissements dans les start-ups israéliennes ont chuté de 36% au troisième trimestre de 2022, par rapport au trimestre précédent, les entreprises israéliennes ayant levé un total de quelque 2,8 milliards de dollars entre juillet et septembre de cette année.

Les startups sont contraintes de procéder à des licenciements massifs, allant jusqu’à réduire de moitié leurs effectifs en raison de la situation volatile du marché et du manque d’investissements. Pendant la période bénite, elles ont dépensé beaucoup de fonds en se développant trop rapidement. Aujourd’hui, le recrutement a été tari et pire, elles sont forcées de licencier. Les sociétés israéliennes de haute technologie ont levé 9,5 milliards d’euros au premier semestre 2022, ce qui représente un certain ralentissement.

Ces sociétés fonctionnent à l’américaine, sans déontologie ni morale au point de licencier sur le champ, sans avertissement ni préavis, parfois des très anciens salariés, contraints ensuite de s’orienter vers de nouvelles fonctions. Ils ont souvent du mal à retrouver leur salaire mensuel de 25.000 shekels. C’est une crise qui prend de plein fouet les startups qui réduisent leurs effectifs et gèlent les embauches. Les géants de la technologie, tels que Meta, Microsoft, Google et Intel, sont touchés en raison de l’incertitude mondiale. Les grandes entreprises ont supprimé 29% des emplois de l’industrie. Les recours des salariés devant les tribunaux augmentent.

Asurion, le géant mondial d’assurance pour les appareils électroniques, a fermé Soloto, le centre de développement de la société en Israël mettant à la porte 120 employés tandis qu’une quarantaine d’employés ont un sursis jusqu’à la fin de l’année. Aid Genomics, leader dans le domaine du diagnostic et de la thérapie du cancer et des maladies infectieuses, a annoncé l’arrêt de ses activités en Israël et le transfert de ses activités à l’étranger, entrainant le licenciement de 400 employés en Israël. Antidote Health, OrCam, Snyk, Vee, Fundbox, Cybereason et Hewlett-Packard ont licencié un grand nombre d’employés. Elles le font souvent par anticipation pour éviter des pertes potentielles avec répercussions sur la croissance de l’économie.

Contrairement aux autres activités, il est difficile pour la haute technologie de faire des prédictions sérieuses, alors on licencie par précaution. Nous sommes loin de la pénurie massive de personnels lorsque les entreprises s’arrachaient les ingénieurs à prix d’or. L’investissement dans les startups est donc devenu très risqué. Le ralentissement a commencé en juillet lorsque des centaines de salariés ont été licenciés à la suite d’investissements en baisse.

Ces entreprises qui ont connu des jours meilleurs, en sont aujourd’hui à demander l’aide du gouvernement pour éviter une crise beaucoup plus grave et la fermeture de centres de haute technologie les plus avancés du monde. Les querelles entre dirigeants, l’absence de programmes économiques sérieux et le vote aux élections sur la base du choix d’un dirigeant et non pas d’un programme, seront le principal défi du nouveau gouvernement qui découlera des élections. Les nouveaux dirigeants auront à maintenir une croissance positive. Encore faudra-t-il avoir enfin un gouvernement stable qui s’intéresse à ses entreprises et à sa population. La situation est grave car la haute technologie est le poumon de l’économie israélienne.

L’industrie technologique israélienne est entrée dans sa troisième année de turbulences. Premier COVID-19 en 2020, qui a atteint son apogée en 2021, et maintenant le début d’une crise économique mondiale. Alors que le taux de démission des employés avait tendance à baisser au cours de la première année de la pandémie, 2021 a été plus mouvementée.

L’augmentation la plus importante concerne le recrutement de travailleurs dans les entreprises de croissance israéliennes. L’incertitude actuelle dans l’industrie technologique est le résultat des changements dans l’économie mondiale.

Sans surprise, la majorité des emplois dans l’industrie technologique israélienne sont de nature technologique : 69% des employés de l’industrie technologique israélienne occupent des postes technologiques, 13% dans le développement commercial, 12% dans les opérations et 5% dans des postes de direction.

Parmi les postes techniques, un tiers sont dans des rôles de programmation. Environ la moitié du personnel occupant des postes non techniques est employée dans des fonctions de vente, d’exploitation et de marketing. Le nombre de femmes dans le hightech reste faible.

La délocalisation et l’impact de la guerre en Ukraine : la moitié des entreprises technologiques israéliennes pratiquent la délocalisation, environ 20 % des entreprises le font en Ukraine et, par conséquent, ont été touchées par la guerre.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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