Crise climatique : un zéro pointé pour Israël

Le climat ne préoccupe pas suffisamment Israël ; les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas assez vite, ce qui laisse la nation startup loin derrière les autres pays occidentaux.

A l’échelle mondiale, Israël est un pays minuscule et son impact sur le réchauffement mondial est mineur ; il n’empêche que les gouvernements israéliens ne font pas assez pour lutter contre la crise climatique.

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett s’est envolé pour Glasgow en Ecosse où se tiendra, du 31 octobre au 12 novembre, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP26).

La COP26 vise à traduire dans les faits l’accord signé à Paris en 2015 par 197 pays, Israël compris ; pour limiter les dégâts du réchauffement, chaque pays s’est engagé à réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre dans les trois prochaines décennies.

A la recherche du temps perdu

Naftali Bennett devra faire preuve d’imagination pour montrer au monde les avancées d’Israël pour affronter l’urgence climatique.

Non seulement Israël n’a fait aucun progrès pour réaliser les objectifs de l’accord de Paris, mais le pays donne l’impression d’avancer à reculons : les émissions de gaz ne cessent d’augmenter, le passage aux énergies renouvelables est bloqué et les infrastructures sont inappropriées.

Pourtant, Israël lui-même souffre des effets du réchauffement : les incendies en été et inondations en hiver se multiplient, la pollution fait des victimes alors que le changement climatique menace la santé publique.

Le Premier ministre Bennett a hérité de son prédécesseur une situation climatique désastreuse : les investissements publics dans les technologies climatiques sont parmi les plus faibles des pays de l’OCDE.

Le contrôleur de l’Etat Matanyahou Engelman n’y est pas allé de main morte : dans le rapport exceptionnel qu’il vient de publier sur l’action gouvernementale pour lutter contre la crise climatique, il qualifie les progrès d’Israël réalisé depuis 2015 de… « zéro ».

Après cinq années d’inaction des gouvernements Netanyahou, les dirigeants actuels semblent décidés à rattraper le temps perdu ; encore faut-il s’en donner les moyens, ce qui n’est pas encore le cas.

Chronique d’un échec annoncé

Le ministère israélien de la Défense de l’Environnement est bien conscient de l’impréparation des différents services publics pour affronter la crise climatique.

La semaine dernière, la ministre de l’Environnement Tamar Zandberg a retiré de l’ordre du jour la « Loi sur le climat » qu’elle avait préparée ; à défaut d’objectifs clairs pour 2050 et de moyens appropriés pour les réaliser.

A quelques jours de l’ouverture de la COP26, Israël est donc resté sans loi sur le climat, un comble…

Pris de court, le gouvernement Bennett s’est résolu à adopter des mesures d’urgence, à la guerre comme à la guerre.

Il a d’abord fait de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité de « sécurité nationale », s’engageant à faciliter les investissements dans les énergies vertes.

Ensuite et à la va-vite, le conseil des ministres a adopté un « plan de lutte contre le réchauffement » : 100 mesures disparates pour un coût évalué à 15,5 milliards de shekels (4 milliards d’euros) sur cinq ans. Un plan fourre-tout, mais c’est mieux que rien…

Le paradoxe, c’est qu’Israël possède les technologies pour lutter contre la crise climatique (irrigation, énergie solaire, dessalement, recyclage, etc.) mais n’en profite pas lui-même.

La délégation israélienne de 120 personnes qui se rend au sommet de Glasgow devra faire preuve de modestie…, et se préparer à revoir sa copie.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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