COVID19 : L’arbre qui cache la forêt

Libre d'utilisation - Pixabay
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Il y a quelques jours, comme tous les soirs avant de dormir, j’appuie machinalement sur la commande de la télévision et je me mets à zapper ; quelque soit la langue de la chaine, notamment l’hébreu ou le français le titre est le même : COVID19.

L’information d’un pays à l’autre se ressemble : 20 nouveaux morts et 200 nouveaux cas, les supermarchés pris d’assaut, les hôpitaux n’acceptent que les cas extrêmes, les gens âgés sont menacés, les déclarations graves mais rassurantes de la classe politique et des experts de la santé, une mobilisation des laboratoires pour trouver un vaccin salvateur… enfin la routine. Mes yeux se font de plus en plus lourds, j’ai néanmoins la force d’atteindre la télécommande, d’arrêter le bourdonnement de l’écran et je plonge dans le sommeil.

Je me retrouve dans une grande salle quelque part aux USA, une énorme table ronde où sont assis ceux qui vont sauver le monde. Il s’avère que je suis spectateur d’une séance de la FDA dans le Maryland, le staff de l’Agence Fédérale de la Santé est présent au grand complet ; il est présidé par un petit bout de femme énergique, Mme. Fitzpatrick, la soixantaine, élégante et sûre d’elle-même.

A l’autre bout, se trouve trois gentlemen dont deux sont PDG des deux plus grandes firmes pharmaceutiques au monde, l’une américaine, l’autre suisse, qui ont fabriqué conjointement un vaccin contre le COVID19 et qui souhaitent obtenir son homologation par la FDA. Ces deux hommes sont accompagnés d’un expert prix Nobel, bien connu des milieux scientifiques.

Les compagnies n’ont épargné aucun effort dans leur recherche, elles ont constitué un dossier de 2000 pages. Le dossier mentionne les succès incontestables de la phase 1 et 2, ainsi que les résultats préliminaires extrêmement encourageants de la phase 3 qui consiste rappelons-le à des essais cliniques sur deux groupes composés chacun de 1000 personnes, un groupe ayant été dûment vacciné et le deuxième ayant reçu un placebo.

Selon les normes imposées par l’agence fédérale, cette phase doit au moins durer trois mois afin d’être en mesure de sonder l’efficacité du médicament mais aussi des possibles effets secondaires néfastes. Cependant, une dispense est demandée au regard de la situation mondiale : la dégradation des systèmes de santé, les effondrements des économies et surtout les résultats totalement positifs de la dernière phase.

Après seulement un mois d’essai, il n’y a pas eu un seul cas d’infection durant cette période dans le groupe vacciné,  ni aucun effet notable indésirable alors que dans le groupe témoin on trouve des dizaines d’infections.

L’ambiance est cependant tendue au sein de la FDA, une majorité souhaitant le respect du protocole et la conclusion de la phase 3 alors qu’une forte opposition souhaite une approbation immédiate en arguant qu’elle sauvera des milliers de vie et apportera des centaines de milliards de dollars, une attente de quelques mois serait désastreuse pour l’humanité, d’autant que le risque de voir apparaitre des effets secondaires pernicieux est proche de zéro.

Mme Fitzpatrick est en colère, elle a reçu la veille un coup de fil du secrétaire d’état à la santé lui ‘conseillant’ fortement d’aplanir le terrain, il y va de l’intérêt de l’État ; les enjeux sont capitaux et tout retard serait insupportable, l’opinion publique ne lui pardonnera jamais une tergiversation et elle en portera l’entière responsabilité ;  il laisse entendre qu’il est prêt si cela s’avère nécessaire à demander à la Cour Suprême un arrêt de destitution !

Mme Fitzpatrick n’a pas froid aux yeux, elle connait son devoir, elle sait que derrière le secrétaire d’état il y a la Maison Blanche et une partie du Congrès. Ce qui l’a rendu furieuse c’est d’apprendre qu’en Suisse, une procédure industrielle a commencé, fabriquant des centaines de millions de vaccins sous forme de patch sans la permission de son Agence.

Les deux PDG sont sûrs de leur affaire, les cours boursiers concernant leurs entreprises respectives ont grimpé de 50% en une journée, l’opinion mondiale est certaine des bienfaits du vaccin et attend avec impatience la fin de cette saga qui a touché durement la société.

Un dialogue tendu s’engage principalement entre l’expert prix Nobel de médecine et Mme Fitzpatrick. Ce premier prétend qu’au vue des nombreuses expériences précédentes, le délai d’essai actuel est largement suffisant pour démontrer l’innocuité du vaccin, Mme Fitzpatrick rétorque que les protocoles ont été construits par des sommités médicales, que la FDA s’y est toujours tenue et qu’elle entend maintenir cette politique. Elle est bien consciente de la détresse publique,  mais la responsabilité de l’Agence qu’elle préside est immense et elle fera son devoir même au risque d’une vindicte populaire ; la vox populi n’éblouit pas les yeux de son administration.

Le PDG américain conclut que la bureaucratie aveugle d’une Agence qui a été créée pour le bien-être des citoyens du monde entier se retourne contre ces mêmes citoyens. L’Histoire jugera, chaque jour sans vaccin est un désastre pour l’Humanité, dit-il. « Il est des circonstances où s’obstiner dans des schémas désuets n’est plus une erreur mais un crime ! ». La séance tumultueuse se termine par un vote et, du fait de la force de persuasion de sa présidente, l’assemblée à une courte majorité vote que les règles soient suivies in extenso : le rejet de l’approbation est entériné.

La réaction de cette décision ne se fit pas attendre, les médias tirèrent à boulets rouges contre la FDA, une panoplie d’experts se succéda pour démonter l’absurdité et l’obstination coupable de fonctionnaires imbus de leur pouvoir. La démission de la présidente fut exigée et une procédure d’urgence de destitution fut entamée.

Mme Fitzpatrick, contre toute attente s’obstina ; elle maintint le cap, mais elle n’obtint pas l’assentiment de son conseil. Elle n’eut plus le choix et démissionna. En l’espace d’une semaine, des centaines de millions de patches furent distribués. La banque mondiale paya les vaccins pour le continent africain, l’Inde et les pays du tiers monde. Les actions des deux compagnies pharmaceutiques propriétaires du brevet du vaccin et responsables de sa fabrication grimpèrent aux cieux.

Le nombre de nouveaux cas de la maladie baissèrent exponentiellement, les cours du pétrole flambèrent, les restaurants se remplirent, les avions se remirent à polluer le ciel, la consommation s’emballa, cette fois ci ce furent les vaches grasses qui remplacèrent les vaches maigres. Comme toujours, il y eut des réfractaires, des gens qui par principe ne veulent pas se faire vacciner et puis les petits malins qui se disent que « point besoin de vaccin, il suffit que les autres se vaccinent et faute de contaminants, il n’y aura plus de contaminés ».

Quelques mois passèrent, le COVID19 n’est plus qu’un lointain mauvais souvenir, l’économie a repris de plus belle, la globalisation aussi, lorsqu’il se produisit un phénomène étrange qui ne trouva d’abord aucune explication raisonnable. Dans le monde entier apparut au même moment une pathologie fatale des reins : la glomérulonéphrite aiguë, grave maladie entrainant la mort dans la majorité des cas.

Le jamais vu dans cette affaire fût que cette maladie ne s’attaqua qu’à un nombre très restreint de personnes, une vingtaine de milliers de par le monde ; plus étrange encore, toutes ces personnes avaient un statut social élevé, qu’il s’agisse de banquiers, de politiciens, d’artistes, de chefs d’entreprise… Quels liens possibles avaient ces gens-là entre eux pour être victimes en même temps d’une pathologie fatale ?

Une enquête rapide faite par un journaliste d’investigation apporta la réponse qui fut terrifiante. Il s’avéra que toutes ces personnes avaient en commun qu’elles avaient acheté illégalement à prix d’or le vaccin, quelques mois avant sa commercialisation ! L’enquête du journaliste provoqua un remous dont l’ampleur n’a pas d’exemple dans l’Histoire, la grande peur de l’An Mil ou bien la terreur des Égyptiens à l’époque des dix plaies ne sont que des pâles images de la frayeur qui s’empara des masses: quelques trois milliards d’êtres humains avaient été vaccinés contre le COVID19 !

Ce qu’il advint après, je ne puis le raconter car l’indicible n’est pas transmissible. Au milieu de ces horreurs, j’ai brusquement senti un picotement sur ma joue, mon chat est monté sur mon lit pour exiger sa pitance ; comme un somnambule, je me suis dirigé vers la cuisine et je lui ai versé un peu de lait, puis je suis retourné vers ma couche ; j’ai mis la télévision ; tout comme hier, on ne parle que du COVID19, dix morts ici, vingt morts là, j’ai éteint l’écran, saisi par un lâche soulagement. Mon Dieu dans quel monde merveilleux nous vivons ! Fasse qu’il puisse durer longtemps comme cela ! J’ai reposé ma tête sur l’oreiller et je me suis endormi paisiblement.

à propos de l'auteur
Dr. Daniel Suraqui est physicien nucléaire. Il a été enseignant à l’Université de Jérusalem puis a développé des systèmes informatiques. En 2011, dans le cadre de la compagnie dont il est le fondateur, il a été le premier à développer une application sur Androïd, un clavier révolutionnaire appelé SlideIT qui a été utilisé par des millions d’utilisateurs et qui est basé sur de nombreux brevets. Après lui, d’autres compagnies ont utilisé cette technologie de sorte qu’aujourd’hui ce type de clavier existe dans toutes les langues et pratiquement dans tous les téléphones. Il a également écrit plusieurs livres et est un passionné d’Histoire.
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