Covid-19, une chance pour l’économie israélienne ?

Les rapports internationaux le confirment : l’économie d’Israël supporte la pandémie relativement mieux que les autres économies occidentales. 

Certes, l’impact de la pandémie sera sans précédent pour l’économie israélienne ; en revanche, cette crise sanitaire sera l’occasion pour Israël de redémarrer sur de nouvelles bases économiques et sociales.

Ces dernières semaines, deux rapports particulièrement favorables à l’économie israélienne ont été publiés par des organisations internationales : le Fonds monétaire international (FMI) et l’agence de notation financière Standard & Poor’s (S&P).

Les deux institutions s’accordent sur un point : l’économie israélienne est stable, son système bancaire solide et le secteur des technologies résilient, autant de facteurs qui permettent à Israël de mieux résister à la crise sanitaire que n’importe quel autre pays occidental.

Ça aurait pu être pire

L’Israélien, qui ne lit pas forcement les rapports internationaux mais qui voit à la télévision ce qui se passe ailleurs dans le monde, ne peut s’empêcher de penser que son pays ne s’en sort pas si mal et que « ça aurait pu être pire ».

Bien sûr, tout est relatif : l’économie israélienne va voir son PIB se contracter d’au moins 5% en 2020 et le déficit budgétaire faire un bond à 13% du PIB.

Le point noir de l’économie israélienne reste le marché du travail : le taux de chômage, y compris les salariés mis en congé sans solde, a flambé à plus de 16%. A la fin d’octobre, environ 435.000 salariés qui avaient un emploi au mois de mars dernier, était toujours au chômage technique ou partiel.

Sur le plan financier en revanche, les observateurs internationaux ne tarissent pas d’éloges. Israël détient des réserves en devises particulièrement élevées pour envisager sereinement son avenir : 161 milliards de dollars en octobre dernier, soit 33% de son PIB, un record quasi-mondial ! De quoi faire face à la dette extérieure qui va s’envoler en 2021 pour atteindre 80% du PIB (contre 60% en 2019).

Les experts internationaux du FMI vont plus loin dans leur analyse : selon eux, Israël doit saisir l’occasion que lui tend le Covid-19 pour transformer son économie, la rendre plus égalitaire, plus verte et plus numérique.

Les excès du néolibéralisme

Ce n’est pas faire preuve de cynisme que d’envisager les « chances » que la pandémie va donner au gouvernement israélien pour corriger les excès du capitalisme néolibéral.

Une chance pour la protection sociale : après des années d’affaiblissement du système israélien de sécurité sociale, le moment est venu de faire bénéficier tous les Israéliens d’une couverture sociale convenable.

Par exemple, les indemnisations de chômage doivent être décentes, la couverture maladie complète, les allocations de vieillesse et d’invalidité revalorisées pour permettre à leurs bénéficiaires de vivre dignement.

Une chance pour le marché du travail : la pandémie a touché principalement les travailleurs à temps partiel et peu qualifiés, les salariés à faible revenu, les jeunes et les femmes.

Pour favoriser l’égalité des chances sur le marché du travail, le gouvernement devra relancer la formation professionnelle et l’adapter aux besoins nouveaux des entreprises ; il faudra aussi améliorer les compétences dans le domaine des technologies et favoriser le télétravail.

Une chance pour le numérique : le secteur des technologies est en perte de vitesse en Israël. Deux obstacles principaux freinent son développement : la pénurie de main d’oeuvre et l’insuffisance des capitaux publics. Sans compter que le numérique est sous-utilisé dans de nombreuses activités économiques et sociales du pays.

Les pouvoirs publics devront mettre en place des politiques visant à accélérer la pénétration du numérique, à améliorer l’efficacité des services publics et à accroître la productivité du travail.

Une chance pour l’éducation : depuis près d’une décennie, les résultats scolaires sont en recul en Israël. La pandémie accentue la nécessité de lancer une réforme de l’éducation qui améliorerait les résultats scolaires et la qualité de l’éducation.

Il s’agirait surtout de mettre l’accent sur les matières clés pour l’avenir (sciences et technologie) tout en préparant les élèves et étudiants à un marché du travail de plus en plus numérisé.

Une chance pour les infrastructures : les investissements publics sont de nature à créer directement des emplois et à encourager l’investissement privé, tout en développant les infrastructures nationales déficientes.

L’Etat devra orienter ses investissements vers les secteurs qui ont souffert, ces dernières années, d’un sous-investissement notable, notamment la santé, les transports, l’énergie et la numérisation.

Ces quelques exemples montrent que le gouvernement israélien dispose de nombreux moyens pour atténuer les retombées de la pandémie ; autant de chances à saisir pour renforcer la cohésion de la société israélienne et préparer l’économie aux défis de l’après-crise.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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