Coup de tonnerre judiciaire

DOSSIER - Dans cette photo d'archive du 30 mai 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse au Parlement israélien à Jérusalem (Yonatan Sindel/POOL via AP, Fichier)
DOSSIER - Dans cette photo d'archive du 30 mai 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'adresse au Parlement israélien à Jérusalem (Yonatan Sindel/POOL via AP, Fichier)

La procédure existe depuis longtemps dans le droit israélien et est régulièrement utilisée pour mettre à fin à des procédures longues et coûteuses. Dans un procès pénal, les parties – l’accusé et le Parquet – peuvent passer un accord (Iskat ha Tiyon) par lequel, le mis en examen reconnaissant tout ou partie des accusations voit sa peine allégée et adaptée pour éviter l’emprisonnement : amendes, travaux d’intérêt général…

Il y a deux ans, le tout puissant conseiller juridique du gouvernement, Avichaï Mandelblit, avait déjà proposé un tel arrangement à un Binyamin Netanyahou alors au sommet du pouvoir et mis en examen dans trois affaires : l’affaire 1000 (cadeaux à la famille Netanyahou), l’affaire 2000 (négociations avec le journal Yediot Aharonot avec l’objectif d’une couverture médiatique favorable pour la famille), et l’affaire 4000 (la plus grave avec une accusation de corruption dans une nouvelle histoire de couverture médiatique).

L’arrangement aurait été refusé par le Premier ministre sur pression de son épouse, l’inénarrable Sarah Netanyahou, très impliquée dans ces affaires. On sait que celle-ci n’entendait nullement quitter la résidence du Premier ministre, ses avantages matériels, et surtout le poids politique qu’elle y avait acquis alors qu’elle n’occupait aucune fonction officielle.

En 2022, la situation a changé : Binyamin Netanyahou n’est plus Premier ministre et sa famille a fini par quitter la résidence officielle de la rue Balfour. Last but not least, Sarah Netanyahou ne peut plus faire la pluie et le beau temps dans les sphères du pouvoir. Car tous les scénarios le confirment : les perspectives de retour de Binyamin Netanyahou à la direction du gouvernement s’estompent au fil du temps.

En acceptant le compromis proposé aujourd’hui, il abandonnerait la vie politique, cette drogue dure qu’il consomme depuis plusieurs décennies. En consentant à ce lourd sacrifice, il se débarrasserait d’une procédure judiciaire qui lui gâche la vie depuis des années pour mieux se consacrer à son autre passion : l’argent. Cet été, lors de ses luxueuses vacances sur l’île privée de son ami Larry Ellison, ce dernier lui a proposé un poste de direction dans sa société, Oracle, avec un salaire annuel comportant cinq zéros.

De façon plus discrète, Binyamin Netanyahou envisagerait depuis plusieurs mois un retrait de la vie politique : il écrit les mémoires de ses années de pouvoir, signe que, pour lui, elles se conjuguent désormais au passé. Ce coup de tonnerre judiciaire serait un coup de tonnerre politique au sein l’opposition, mais aussi dans la coalition : des alliés de Naftali Bennet verraient d’un bon œil un accord avec un Likoud débarrassé de la personnalité encombrante qui depuis des décennies dominait de la tête et des épaules la vie politique israélienne.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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