Coup de froid

Des policiers et des secouristes sur les lieux de la fusillade dans la Cité de David, à Jérusalem-Est, le 28 janvier 2023. Photo de Yonatan Sindel/Flash90
Des policiers et des secouristes sur les lieux de la fusillade dans la Cité de David, à Jérusalem-Est, le 28 janvier 2023. Photo de Yonatan Sindel/Flash90

C’était une belle semaine. Un temps printanier qui, en cette fin janvier, laissait croire qu’il n’y aurait pas d’hiver.

Pour l’opposition aussi, c’était le beau temps. Avec des manifestations géantes suivies d’une grève dans des entreprises high-tech et d’une pétition signée par des centaines de spécialistes soulignant les dangers de la réforme judiciaire pour l’économie du pays.

Last but not least, deux anciens gouverneurs de la Banque d’Israël et celui en exercice, de brillants économistes que l’on peut difficilement taxer de gauchisme, déclaraient partager cette opinion.

Le Premier ministre, en difficulté, convoqua en urgence une conférence de presse où il ne convainquit personne. Et puis la semaine s’est achevée dans le drame : un attentat à la sortie d’une synagogue à Jérusalem faisant sept morts suivi d’autres attaques déjouées avec des fortunes diverses.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’est précipité sur les lieux pour y faire des déclarations incendiaires visant particulièrement la Conseillère juridique du gouvernement qui entend simplement respecter les procédures lorsque des mesures comme la destruction des maisons des terroristes sont décidées.

Les responsables politiques de l’opposition ont condamné les attentats mais cela n’a pas de conséquence dans l’opinion. Or, il est une loi dans la science politique, une loi non écrite mais qui est vérifiée dans tous les pays du monde : les atteintes à la sécurité favorisent toujours la droite et plutôt la droite de la droite.

Les organisateurs des manifestations du samedi soir l’ont bien compris en décidant, après avoir beaucoup hésité, de maintenir leur appel à descendre dans la rue, non sans succès mais avec moins de participants que les semaines précédentes. Car si la défense de la démocratie peut mobiliser beaucoup de monde, celle de la sécurité concerne tout le monde.

Binyamin Netanyahou, Bezalel Smotricht et Itamar Ben Gvir le savent. Dans cette phase où l’actualité est totalement dominée par les problèmes sécuritaires, c’est le gouvernement qui occupe le devant de la scène pour y appliquer sa politique en la matière, l’opposition ne pouvant qu’approuver certaines mesures et faire le silence sur d’autres.

Sur la peine de mort pour les terrorises par exemple, même si l’on sait que cette mesure ne dissuadera pas ceux qui avec un véhicule ou une arme à feu sont conscients de risquer leur vie en atteignant celle de leurs victimes.

La météo annonce pour cette semaine du froid et de la pluie. Le printemps en hiver est terminé. Face à la déferlante sécuritaire, l’opposition aussi sera peut-être contrainte d’hiberner quelque temps.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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