Coronavirus, une chance pour la paix

Des policiers israéliens patrouillant dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem pendant la prière du vendredi du mois sacré du Ramadan sous restrictions suite à la propagation du Coronavirus, le 01 mai 2020.
Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90
Des policiers israéliens patrouillant dans le quartier musulman de la vieille ville de Jérusalem pendant la prière du vendredi du mois sacré du Ramadan sous restrictions suite à la propagation du Coronavirus, le 01 mai 2020. Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90

Depuis quelques jours, le monde commence à sortir de la crise du coronavirus et les citoyens ont compris que certaines priorités doivent changer.

Cette pandémie nous a appris qu’un minuscule virus peut bloquer des milliards de personnes ; qu’un minuscule virus peut désorganiser une économie et surtout que ce minuscule virus traverse les frontières comme bon lui semble.

De nombreux pays sortiront meurtris par le coronavirus : les Etats-Unis, la Russie, l’Europe sont en pleine crise économique. Peu de pays font confiance à la Chine et les pays arabes sont en grande difficulté avec la baisse du cours du pétrole.

Israël est un pays économiquement stable même s’il a été sévèrement touché par ce virus. Ce pays est devenu une puissance militaire, économique, technologique et énergétique. De nombreuses chancelleries ont félicité Israël pour sa gestion de la crise. Beaucoup de journalistes ont donné cet Etat comme exemple.

Avec ce nouveau positionnement, le gouvernement israélien doit en profiter pour prendre rapidement de nouvelles initiatives pour la paix au Moyen-Orient.

A la différence du plan Trump rejeté par l’ensemble des Palestiniens et des pays arabes, cette nouvelle initiative doit commencer par un dialogue direct entre les parties.

Dans un premier temps, des ONG qui représentent l’ensemble de la société civile discuteront et trouveront des éléments communs qui serviront de base aux négociations. Les ONG, à la différence des gouvernants n’ont pas d’agenda politique et électoral.

Dans un second temps, les différents gouvernements pourront s’appuyer sur les travaux des ONG pour commencer un dialogue direct.

Ce dialogue direct a souvent été évoqué mais jamais concrétisé. La crise du Corona doit être une opportunité pour le commencer car les mentalités ont changé.

Avec les pays du Golfe

Trois états du Golfe sont engagés dans la coopération médicale avec l’hopital Shéba de Ramat-Gan. Cette coopération doit être une occasion pour une avancée diplomatique.

Pour avancer diplomatiquement, les parties pourraient organiser une grande conférence sur l’avenir du Moyen-Orient et arrêter de parler du passé. Il pourra être proposé de créer, comme l’a fait l’Europe, un marché commun du Moyen-Orient avec un libre échange économique.

Avec les Palestiniens

Même le Conseil de Sécurité de l’ONU l’a remarqué et salué, début avril : la coopération israélo-palestinienne contre le coronavirus est bien là. Elle se traduit d’abord par une structure commune d’échange d’informations sur le plan sanitaire, en particulier entre Israël et la Cisjordanie.

A Jérusalem, les équipes médicales n’ont pas fait de différence entre les religions. Ainsi, les hôpitaux Saint Joseph à Seikh Jarrah ou le centre universitaire Ein Kerem ont soigné juifs, musulmans, chrétiens sans distinctions. Pour la première fois lescadrille qui a survolé les principaux hôpitaux du pays en hommage à leurs équipes médicales le jour de la fête de lIndépendance, a fait un détour par Sheikh Jarrah.

Dans son édition du 23 mars 2020, le journal Libération donne la parole à Jwan Ghazal (pseudonyme), travailleur humanitaire à Gaza. Ce qu’il écrit renforce l’idée que le coronavirus est une occasion pour discuter directement : « Depuis que la pandémie de coronavirus a été déclarée le 5 mars, je constate avec stupéfaction les efforts colossaux de coordination et de collaboration déployés entre les deux peuples afin de ralentir la propagation du virus.

Palestiniens ou Israéliens, le coronavirus nous place tous sur un pied d’égalité. Il ne se soucie pas de qui était là en premier, si on vote à gauche ou à droite, de nos idéologies ou de nos croyances. Nous sommes tous vulnérables. Nous sommes toutes et tous des êtres humains »

La crise du coronavirus a contribué à l’amélioration des relations entre Juifs et Arabes en Israël, selon une enquête publiée dimanche par le centre de recherche Israel Democracy Institute.

Cette perception est plus forte chez les Arabes (65%) que chez les Juifs (57%).

Ce dialogue ne sera pas facile. Les Israéliens devront faire des concessions, peut-être parler avec tous les représentants du peuple palestinien.

Les Palestiniens devront reconnaître l’Etat d’Israël et arrêter toute forme de terrorisme. Les leaders des deux parties devront penser à la phrase d’Emile de Girardin qui écrivait en 1867  « La guerre est plus facile à déclarer que la paix n’est facile à organiser »

Arab Council for Regional Integration

Les organisations de paix israéliennes existent depuis de très nombreuses années et grief était fait aux Palestiniens et aux pays arabes de ne pas avoir de telles organisations. Depuis un an existe une association « Arab Council for Regional Integration » regroupant des membres de la société civile de 16 pays arabes qui a pour objectif de tendre la main à Israël et de lutter contre les préjugés en instaurant un véritable dialogue israélo-arabe pour normaliser les relations et mettre fin à toute forme de boycottage.

Le journal le Point dans son édition du 11 mai a mis en ligne une pétition signée par plus de soixante députés et sénateurs français de droite, du centre et de gauche, anciens chefs de gouvernement, anciens ministres, intellectuels, qui s’engagent contre le virus de la haine en apportant leur soutien aux représentants de la société civile de seize pays arabes qui ont fondé le Conseil arabe pour l’intégration régionale.

 

à propos de l'auteur
Éric Gozlan est né en 1964. Il a vécu une grande partie de sa vie en Israël au kibboutz et a servi dans une unité combattante de Tsahal pendant la première guerre du Liban et la première Intifada. Il étudie l’économie en Israël. De retour en France, il est reçu au troisième concours de l'École Nationale de la Magistrature et a travaillé de nombreuses années dans le milieu bancaire et au Conseil de l’Europe. En dehors de son parcours professionnel, Éric a toujours été intéressé par le social et les relations interreligieuses. Il pense qu’il est possible d’arriver à la paix par la religion (puisque les guerres partent souvent de celle-ci). C’est pour cette raison qu’il s’emploie en France à travailler sur le dialogue interreligieux et ce notamment avec l’Imam Chalghoumi Il a été nommé il y a peu par le roi des Roms ambassadeur de sa cause pour la France et a reçu la médaille de la paix en Roumanie. Éric est souvent invité à des congrès pour la paix pour donner son expertise sur certains problèmes Il a participé à deux nombreux colloques sur la paix et le dialogue inter religieux en Corée, Russie, Etats-Unis, Bahreïn, Belgique, Angleterre, Italie, Roumanie… Il est fondateur de Focus International Consulting et directeur de l'International Council for Diplomacy and Dialogue Eric Gozlan écrit dans plusieurs revues dont le Nouvel Observateur en France, Times of Israël en Israël et a publié dernièrement, suite à une demande du Vatican, une étude sur l’apostasie dans le Judaïsme
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