Coronavirus, Palestiniens et élections…

Barrage routier temporaire sur la route numéro 1 à l'extérieur de Jérusalem le 10 janvier 2021, lors d'un troisième confinement complet dans le pays, dans le but d'empêcher la propagation du coronavirus. Photo par Yonatan Sindel / Flash90
Barrage routier temporaire sur la route numéro 1 à l'extérieur de Jérusalem le 10 janvier 2021, lors d'un troisième confinement complet dans le pays, dans le but d'empêcher la propagation du coronavirus. Photo par Yonatan Sindel / Flash90

A l’heure où des élections israéliennes sont à nouveau à l’ordre du jour, où le peuple israélien se partagerait entre la droite et la gauche sans issue concrète quant à un gouvernement de majorité politique franche, je l’avoue, il m’est plus que difficile de concevoir la raison profonde de désirer diriger un état tel que celui d’Israël…

Sans désir aucun de revenir ici sur la gestion de cette problématique internationale nommée « Coronavirus » par laquelle sur la scène internationale comme en Israël les bégaiements sont de rigueur : fermons, empêchons de circuler, limitons les distances, les heures d’ouvertures, les types de commerces, ou à l’opposé décidons de rouvrir, autorisons les déplacements, ouvrons les centres commerciaux… De quoi en perdre notre latin (ou notre hébreu ici en Israël…).

Cette problématique supplémentaire (et pas des moindres !) sur les épaules d’un Premier ministre s’ajoute à mes propres questionnements quant au désir de tenir les rênes d’un état tel que celui d’Israël…

Quel stimuli entraînerait une ou des personnes à vouloir diriger un état pas plus grand que 2 départements français et pourtant assailli de toutes parts : ennemis de l’intérieur, des états et régions avoisinantes, de l’international, appels aux boycotts, aux étiquetages de produits, actes de terrorisme gratuit, missiles, roquettes ?…

Qui désirerait diriger un état où il est de rigueur que chacun sait mieux que son voisin, a les réponses à tout, connaît tout des rouages bancaires, des investissements à faire ou pas, des affaires qui marchent ou pas ?…

Qui aimerait se trouver confronté à une population qui pour une part désire la paix à tous prix, avec toutes concessions, quitte à donner des terres, des terrains, à vider des implantations… et pour l’autre part désire plus d’implantations, rêve du retour du Grand Israël, et même jusqu’à transférer des populations qui résident en Israël sans pour autant se reconnaître dans cet état ?…

Quant aux Palestiniens , quel nouveau premier ministre pourrait se targuer de croire en une volonté réelle de paix des dirigeants et autres factions palestiniennes ? Que ce soit de par le passé comme actuellement il me semble que toutes les preuves du contraire nous ont été données, et continuent à l’être..

N’oublions pas ici que déjà en 2015, au lendemain de la ré-élection de Netanyahou, le Fatah de Abbas faisait savoir qu’il allait cesser toute coopération avec Israël en terme de sécurité et de-même qu’il allait reprendre ses actions afin d’amener le « cas d’Israël  » devant la Cour Pénale Internationale…

Et notons de-même ici ce qui est sorti alors de la conférence du conseil central du Fatah de Abou Mazen les 4 et 5 mars 2015 (donc avant les élections israéliennes…) : « La notion d’Etat juif et la notion d’un Etat palestinien temporaire doivent être rejetées d’emblée, ainsi que toute formule qui laisserait des troupes israéliennes ou des colons dans toute partie du territoire palestinien. Le Comité exécutif suivra l’activité du Haut-Comité national de suivi vis-à-vis de la Cour pénale internationale, pour demander des comptes aux responsables des crimes de guerre commis par Israël, en particulier le crime des colonies et les crimes de guerre commis lors de l’agression contre Gaza… »

De-même que cette politique de non désir d’avancées vers la paix :  » Le Conseil central souligne que le boycott des produits israéliens se poursuivra dans le cadre de la résistance populaire. Il exhorte également tous les amoureux de la liberté à travers le monde et les comités de solidarité pour la Palestine à poursuivre la campagne de boycott d’Israël, à punir et décourager les investissements en Israël, et à boycotter toute société qui soutient l’occupation et les colonies « 

Et pour ceux qui se poseraient encore des questions quant à cette volonté de paix palestinienne qu’ils sont, il faut bien le reconnaître, très forts à vendre à l’International; alors tout d’abord plaçons les choses dans leur contexte historique :

De 1948 à 1967 : aucune trace d’un peuple palestinien, et donc aucune demande proférée sur l’International quant à la création d’un état palestinien d’obligation, pas de besoin essentiel d’indépendance, aucune déclaration quant aux constructions et implantations créées alors que le terrain désiré comme « état palestinien » était occupé illégalement par l’Egypte et la Jordanie…

Rappelons-nous ici que si le problème aurait à voir avec des constructions ; déjà en 1992 sous Ytzhak Rabin il y a eu un premier gel des constructions, et la paix avec les Palestiniens..?

Rappelons-nous également qu’en 2005 l’état d’Israël se retirait de la bande de Gaza, délogeait 8000 Israéliens qui vivaient dans cette région dans 21 villages, démantelait également 4 implantations dans le nord de la Cisjordanie; et la paix avec les Palestiniens..?

Reprenons ici les réactions de nombreux Palestiniens (travaillant pour beaucoup dans la construction) quant au gel des constructions en Cisjordanie de 10 mois décrété déjà par Israël en 2010 : « Le travail dans les colonies a diminué de façon spectaculaire au cours des derniers mois. Rien n’est comme avant et nos vies n’ont pas changé en direction du meilleur. Les chefs palestiniens ne sont pas prêts pour la paix, aussi à quoi bon ? » (Walid Mustafa travailleur du bâtiment)… Walid estimait alors que 80% des résidents de Jalazon se retrouvaient au chômage depuis le gel demandé et obtenu par l’autorité palestinienne…

Pour souvenir  et concernant le blocus soi-disant imposé par Israël sur la ville de Gaza notons au passage que suite à l’accord de cessez-le-feu négocié après l’opération « Pilier de Défense » c’étaient 60 camions par jour qui pénètraient d’Israël vers Gaza afin d’y amener des marchandises, c’étaient vingt camions comportant des matériaux de construction, c’était une infrastructure électrique améliorée qui allait être implantée vers les habitants de Gaza, c’étaient des pêcheurs qui pouvaient dorénavant s’éloigner de quelques 7 kms de la côte de Gaza. C’était et c’est encore un va et vient journalier de fournitures diverses transitant d’Israël vers Gaza sans tenir compte du terrorisme perpétré depuis cette enclave vers des civils israéliens…

Et la réponse palestinienne d’alors mais également de toujours…

Le 8 décembre 2010 Khaled Machaal déclarait à Gaza: « la Palestine, de la mer Méditerranée au fleuve du Jourdain, du nord au sud, est notre terre et notre nation, dont on ne peut céder ni un pouce, ni une partie. Nous ne pouvons pas reconnaître de légitimité à l’occupation de la Palestine ni à Israël« … Le discours aurait-il changé depuis ?…

Pour moi l’année 2010 fut une année témoin vers ce qui a été fait afin d’améliorer le quotidien des « Palestiniens » ; et si même une économie de croissance avérée ne correspondait pas aux attentes des dirigeants palestiniens ?…

7 pour cent: Estimation de la croissance du PIB de l’économie totale palestinienne (« Cisjordanie » et Gaza) en 2010, selon le Fonds Monétaire International.

60 pour cent: Estimation de la croissance de l’économie en « Cisjordanie » d’ici 2013 par rapport aux niveaux de 1994.

50 pour cent: Hausse des profits bancaires palestiniens au premier trimestre 2010 par rapport au premier trimestre 2009.

$858 million: Valeur estimée des exportations de la « Cisjordanie » en 2010.

9 pour cent: Hausse de l’économie en Cisjordanie au premier semestre 2010.

30 pour cent: Augmentation des prix de l’immobilier à Ramallah au cours des deux dernières années.

9 pour cent: Baisse du chômage de 18,1 pour cent au quatrième trimestre 2009 en « Cisjordanie », à 16,5 pour cent au premier trimestre 2010.

6,8 pour cent: Hausse du PIB palestinien total en « Cisjordanie » et à Gaza en 2009 (8,5 pour cent en Cisjordanie ;1 pour cent à Gaza)…

Et, suite à ces chiffres donnés alors par des organismes neutres aux problématiques régionales, les choses auraient-elles alors évoluée vers une recherche de paix, un arrêt des actes terroristes, des attaques anti-israéliennes auprès des différentes instances internationales ?…

Le 20 décembre 2010 une vidéo montrait des membres des « brigades de l’Unité nationale » brandissant le coran et réclamant la suppression des points de contrôle israéliens en Cisjordanie, la libération de tous les prisonniers palestiniens détenus en Israël et un retrait israélien total de la Palestine, tout en déclarant: « ne pas vouloir céder un centimètre de la Palestine, de la mer Méditerranée à la rivière du Jourdain« …

Le 28 décembre 2010, Ahmed Halabiyeh (directeur des « affaires de Jérusalem » au sein du Hamas) en appelait au déclenchement d’une troisième intifada afin de « sauver Jérusalem et la mosquée d’Al-Aqsa »…

Alors vouloir diriger un état débordant de problématiques internes comme externes, vouloir ou pouvoir croire ce jour à un désir de paix des dirigeants palestiniens, se trouver confronté à la campagne illimitée de dénigrement international, et être encore intéressé à diriger cet état c’est à la limite d’une incompréhension qui est mienne et pourtant je ne peux ici que baisser bien bas mon chapeau devant les divers candidats…

Quant à l’International qui sait se montrer anti-israélien sans complexe (combien de nouvelles condamnations d’Israël sur les bancs de l’ONU ?…); ne pas comprendre, ne pas voir, ne pas regarder cette réalité journalière; à la limite ne pas admirer le – les dirigeants (et peu importe de quel bord) de cet état-miracle qui ne cesse d’exporter énormément de savoirs et connaissances diverses vers ce même international; saurait-il remettre les pendules à l’heure et comprendre qu’il y a un état moderne qui se bat pour ce même International contre l’extrémisme, l’islamisme, le terrorisme ?

Malheureusement (et peu importe le gouvernement qui se créera en Israël), que ce sera un gouvernement plutôt de droite ou à l’opposé plutôt de gauche, il me semble qu’Israël restera sur la scène internationale comme l’état « pestiféré », l’état à accuser, à montrer du doigt…

Par avance, tous mes compliments à celui qui dirigera cet état et saura tenir tête à l’hypocrisie de ce monde !

Sources : israel-infos.net, lepoint.fr, slate.fr, archives-lepost.huffingtonpost.fr, le blog d’Ashkel, france24.com, Al-Ayyam, europe-israël.org

à propos de l'auteur
Marc Lev réside en Israël depuis 1985, est blogueur depuis plus de 15 ans quant au monde juif face à l'International, à la région du Moyen-Orient, aux mouvances islamistes; a publié divers romans liés aux problématiques régionales, au régime iranien, aux extrémismes ( "Demain ?", "Et si..", "Après-demain..?" ), et a de-même développé des dons artistiques en se spécialisant dans des créations de peintures sur supports de bois divers avec des expositions ici et là. Marc Lev, dans ses écrits hebdomadaires, tente de donner une vision de l'intérieur, depuis Israël, des problématiques touchant le judaïsme international, Israël, la région du Moyen-Orient... par lesquels il se veut porteur de matières à réflexion...
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