Convergences spirituelles vers Jérusalem

« On appelle Sion « ma mère » car en elle, tout homme est né »

Psaume 87,5

Le point commun entre l’islam, la franc-maçonnerie et le christianisme ? Tous les trois sont sorties d’Israël.

Les Chrétiens se focalisent sur un fils d’Israël nommé Jésus ; les Musulmans ont construit leur religion à partir du judaïsme et du christianisme, reprenant des éléments dans les deux et se tournant, au début de l’islam, vers Jérusalem.

Si l’islam et le christianisme se considèrent et sont considérées comme des religions, pour la franc-maçonnerie c’est moins clair. Même si par certains aspects on peut la considérer comme une religion athée ou déiste, je ne pense pas que ses membres la considèrent telle. Selon le dictionnaire Larousse une religion serait un « Ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré ». La franc-maçonnerie rentre-t-elle dans cette définition ? Je ne sais pas mais en tout cas elle se considère comme une spiritualité universaliste, une spiritualité pour l’humanité.

En principe, dans une loge on ne parle pas de foi, cela n’a pas d’importance, l’idéal de fraternité maçonnique se veut au-dessus des religions. La franc-maçonnerie a par conséquent tendance à relativiser les religions du fait qu’elle les met toutes au même niveau. Ce qui importe c’est leur symbolisme et leurs caractères communs, universels. Il y aurait une Tradition Primordiale à l’origine de toutes les religions ; celle-ci est l’objet du chemin maçonnique.

D’un point de vue rationnel, tout cela semble cohérent, logique, humain et humaniste. Néanmoins il y a un os qui s’appelle Israël. Le judaïsme n’est en effet pas tout-à-fait une religion car la Torah est un « livre-patrie », la Constitution d’un peuple : le judaïsme est indissociable de la Nation Israël sur une terre particulière. Il ne peut donc être considéré comme une religion et n’est pas pour autant au-dessus des autres mais plutôt à part, séparé.

Le judaïsme ne peut supporter aucun nivellement car cela impliquerait sa disparition. Dit autrement, la franc-maçonnerie est incompatible avec le judaïsme sauf si la religion d’Israël est détachée d’Israël. C’était le projet de Napoléon qui voulait que les Juifs renoncent à leur appartenance à leur nation. Cependant, aujourd’hui, le judaïsme indépendant d’Israël n’existe plus. Sa source est redevenue Jérusalem. Aussi la franc-maçonnerie ne peut plus intégrer parmi ses membres que des Juifs qui mettent leur lien à Israël entre parenthèses.

Ou bien, il faudrait que la franc-maçonnerie reconnaisse son origine juive, ou précisément hébraïque. Dans ce cas la notion d’universel ancrée à Jérusalem rependrait tout son sens, et sa force en serait décuplée. Tout universalisme spirituel qui n’a pas Jérusalem pour centre ne peut pas se prétendre universel.

À l’origine mythique de la franc-maçonnerie il y a Hiram, l’architecte envoyé par le roi de Tyr à son ami le roi Salomon pour construire le Temple. Hiram est fils d’une veuve de la tribu de Nephtali. Il est par conséquent un fils d’Israël et c’est donc bien un Hébreu qui est au départ de la franc-maçonnerie. Selon la légende, Hiram aurait été formé en Egypte dans la confrérie des artisans de Deir el-Médineh appelés aussi « Serviteurs dans la Place de Vérité ».

Avec Napoléon, les Français, voulant se différencier des Anglais, ont « trouvé » en Égypte un rite antérieur au rite écossais, sans lien avec le judaïsme et le christianisme. Mais quel que soit le rite, il y a toujours l’objectif de construction de son temple intérieur.

Dans la légende de Hiram il y a des éléments qui ne correspondent pas à la Torah et conduisent à se centrer non pas sur le Temple de Salomon mais sur son architecte qui serait -selon la légende- mort assassiné et devenu en quelque sorte immortel grâce aux francs-maçons. Le grand architecte du Temple de Salomon représente la lumière, le Logos, la Raison. Hiram est un des aspects divins, celui du « Grand Architecte De L’Univers », son aspect créateur. Lors de la Cérémonie d’élévation au grade de Maître, Hiram dirige une ordalie où il intervient en tant que Dieu (néanmoins, bien rares ceux qui s’en rendent compte).

N’ayant pas assez de connaissances pour développer ces intuitions, je retiens une chose, l’origine hébraïque de la franc-maçonnerie majoritaire (sauf notamment celle de rite égyptien). Et je constate qu’un grand nombre de concepts et une grande partie du lexique maçonnique sont d’origine hébraïque. Aussi je m’interroge : pourquoi n’existe-t-il pas un rite maçonnique hébraïque inspiré non pas d’un mythe mais de la Torah ?

La franc-maçonnerie pourrait contribuer à construire le Temple d’Israël, comme Hiram le grand architecte de Salomon. Je veux parler bien sûr d’un Temple fait de fraternité, d’humanisme, de réflexion basée à la fois sur la raison et la spiritualité. Il s’agit de construire un temple universel et une spiritualité universelle. Or, les francs-maçons le savent mais ont du mal à le reconnaître : la spiritualité universelle a sa source dans l’âme d’Israël. Alors pourquoi ne boivent-ils pas à la source et préfèrent aller chez René Guénon chercher une « Tradition primordiale » qui n’aurait aucun lien avec Israël ? Bien sûr, il est très dérangeant pour un esprit universaliste de considérer qu’une tradition spirituelle a plus d’importance qu’une autre et a fortiori s’il s’agit de la spiritualité hébraïque. C’est dommage !

Il y a pourtant dans la franc-maçonnerie tous les ingrédients nécessaires pour conduire l’humanité à apprécier Israël à sa juste valeur. Malheureusement, ce qui est le plus proche est parfois aussi le plus lointain. Cela me fait penser au christianisme qui ne parvient pas à réaliser que son fondateur est juif. Plus c’est évident plus c’est difficile à voir… La franc-maçonnerie pourrait (comme le christianisme depuis un siècle) ouvrir les yeux sur son origine juive (hébraïque).

Nous vivons une époque formidable où toutes les certitudes sont ébranlées. Aussi, il n’est pas absurde de penser que la franc-maçonnerie pourrait aider Israël à construire un temple pour l’humanité. En participant ainsi à la construction du Temple de Salomon les francs-maçons pourraient alors vraiment se considérer comme des compagnons de Hiram. Ainsi la franc-maçonnerie deviendrait cohérente avec elle-même. Mais ils ont encore du chemin à parcourir avant de revenir à leur origine (un chemin de techouva).

On pourrait aussi considérer que le premier fils de Rachel, Joseph est un constructeur du Temple universel d’Israël, une sorte de franc-maçon avant l’heure. En effet, il s’inspire de la spiritualité de son père Jacob pour organiser l’économie et la religion égyptienne. Léon Askénazi explique qu’il voulait hébraïser l’Égypte. Toute la difficulté de l’universalité spirituelle est de concilier celle d’Israël avec celle des autres peuples. C’est dans la parasha Vayigash du livre de Berechit que se trouve la solution, la réconciliation entre les deux, le particularisme d’Israël et l’universalisme de l’Égypte. Dans ce passage de la Genèse commençant par Vayiqash (« il s’est approché ») Yéhouda s’est approché de Joseph. La réconciliation des deux frères a commencé par un pas de l’un vers l’autre. L’ancêtre de David s’est approché du vice-roi d’Égypte.

De la même manière aujourd’hui, Israël se rapproche non seulement des francs-maçons mais aussi des Chrétiens et des Musulmans. Il ne s’agit pas d’un aplatissement des religions mais de l’émergence d’une spiritualité universelle à partir de Jérusalem.

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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