Consulat de Jérusalem : Faillite française.

Le consulat de France à Jérusalem, photographié le 18 juin 2024. (Crédit : Menahem Kahana/ AFP)
Le consulat de France à Jérusalem, photographié le 18 juin 2024. (Crédit : Menahem Kahana/ AFP)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et plusieurs membres de son gouvernement ont récemment évoqué la possibilité de fermer le consulat français à Jérusalem. Cette menace, bien que non encore concrétisée, est le résultat direct de l’incompétence diplomatique du gouvernement Macron qui, par ses postures idéologiques et son incapacité à conduire une politique étrangère cohérente, a transformé un partenaire stratégique en adversaire potentiel. C’est un échec cuisant qui met en péril non seulement nos intérêts historiques en Terre Sainte, mais aussi la sécurité administrative de milliers de compatriotes.

Le consulat français à Jérusalem n’est pas une simple représentation diplomatique. C’est un lieu chargé d’histoire, symbole de la présence française ininterrompue dans la ville depuis plusieurs siècles, témoignage des liens profonds qui unissent la France à Jérusalem et à Israël. Cette institution a traversé les époques, les régimes, les bouleversements géopolitiques, incarnant la continuité de l’engagement français dans cette région. Sa fermeture éventuelle constituerait non seulement une rupture diplomatique grave, mais aussi l’effacement d’un pan de notre histoire nationale. Comment le gouvernement Macron a-t-il pu conduire la France dans une impasse où un allié historique peut impunément menacer de fermer une institution qui incarne plusieurs siècles de présence française dans cette région ?

Au-delà du symbole, cette menace pose une question pratique urgente que le gouvernement actuel semble totalement incapable d’anticiper : comment nos compatriotes vivant en Israël seraient-ils servis en cas de fermeture ? Le consulat assure la délivrance et le renouvellement des documents d’identité, l’assistance aux Français en difficulté, les services d’état civil, le soutien juridique et administratif, bref, le lien direct et indispensable avec la mère patrie. Sa fermeture affaiblirait considérablement le lien entre ces citoyens et la France, créant un vide administratif et symbolique préoccupant. Où sont les plans de contingence ? Où sont les solutions alternatives ? Le silence de l’exécutif sur ces questions concrètes est aussi assourdissant qu’inquiétant.

Israël a déjà pris des mesures similaires vis-à-vis de la Norvège et de l’Irlande, démontrant qu’il s’agit d’une ligne de conduite cohérente face à ce qu’il perçoit comme des positions hostiles. Le problème n’est pas qu’Israël refuse la critique, mais que la France a perdu toute crédibilité dans sa manière de mener sa diplomatie. Une succession de déclarations fracassantes sans suivi, des postures médiatiques sans stratégie de fond, une politisation excessive de nos institutions consulaires, voilà ce qui caractérise la diplomatie française actuelle. On dénonce, on condamne, on s’indigne sur les réseaux sociaux, mais on ne construit aucune relation durable, aucune influence réelle. Cette politique du tweet diplomatique, où l’apparence médiatique prime sur l’efficacité, nous a conduits dans une impasse où nos partenaires ne prennent plus au sérieux nos positions. Le résultat ? Des menaces concrètes contre nos institutions sans que le gouvernement français n’ait anticipé ou préparé la moindre réponse cohérente.

Il faut aussi avoir le courage de reconnaître une réalité que le gouvernement Macron refuse d’affronter : le consulat français à Jérusalem est devenu, sous sa surveillance passive, un lieu de tension politique. L’institution a dépassé son mandat strictement consulaire pour s’engager de manière disproportionnée sur des questions politiques régionales, au détriment de sa mission première qui est de servir tous les citoyens français, quelle que soit leur opinion politique. Cette politisation, que les autorités françaises ont non seulement tolérée mais parfois encouragée dans leur obsession de plaire à certains électorats, a créé un malaise profond parmi de nombreux Français résidant en Israël, qui ne se sentent plus représentés par leur propre consulat. Une institution consulaire doit rester neutre et servir l’ensemble de ses ressortissants, sans parti pris idéologique. Le gouvernement français a failli à son devoir de supervision de cette institution, préférant l’instrumentaliser politiquement plutôt que de garantir sa neutralité. Cette dérive a fourni des arguments en or à ceux qui aujourd’hui menacent de fermer cette institution historique.

Pendant ce temps, d’autres pays ont su construire des relations constructives avec Israël tout en préservant leur capacité de critique et de dialogue. Les États-Unis ont transféré leur ambassade à Jérusalem en 2018, reconnaissant ainsi la réalité historique et politique de la capitale israélienne. Ils ont été suivis par le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Paraguay, les Fidji et, tout récemment, les Samoa. D’autres pays comme la Hongrie ont ouvert des antennes diplomatiques à Jérusalem. Ces nations ont compris qu’une diplomatie efficace ne consiste pas à donner des leçons de morale depuis Paris, mais à construire des relations de confiance qui permettent ensuite d’exercer une influence réelle. Elles ont compris que reconnaître les réalités historiques et politiques n’empêche pas le dialogue critique, au contraire.

La France de Macron, elle, s’est enfermée dans une posture moralisatrice qui l’a isolée et affaiblie. Au lieu de construire des ponts, elle a creusé des fossés. Au lieu de maintenir un dialogue stratégique avec un partenaire démocratique essentiel au Moyen-Orient, elle a préféré les déclarations tonitruantes qui satisfont certains groupes de pression mais qui ne servent ni nos intérêts ni la paix dans la région. Le résultat est là : menace de fermeture de notre consulat historique, relations franco-israéliennes au plus bas, influence française réduite à néant dans la région.

Face à cette situation catastrophique créée par l’incompétence macroniste, que faut-il faire ? D’abord, reconnaître l’échec. Reconnaître que la politique menée depuis des années a conduit à ce désastre. Reconnaître que nos institutions consulaires ont été dévoyées de leur mission et doivent être repensées. Ensuite, dans l’hypothèse où cette fermeture devait se concrétiser, il faudrait engager immédiatement des négociations sérieuses avec les autorités israéliennes, pas des communiqués indignés qui n’impressionnent plus personne.

Le consulat à Jérusalem doit rester. Ce n’est pas négociable. C’est un symbole historique de la présence française, une institution indispensable pour nos compatriotes, un témoignage de notre engagement dans cette région. Mais sa préservation passe par une révolution complète de notre approche diplomatique. Il faut recentrer cette institution sur sa mission première : servir les intérêts et les besoins administratifs des Français résidant dans la région, sans activisme politique partisan qui dépasse les attributions consulaires légitimes. Un consulat n’est pas le porte-voix d’une idéologie gouvernementale, et ses agents ne sont pas des militants. Ils sont au service de tous les Français, sans distinction d’opinion.

Il faut également garantir immédiatement la continuité des services essentiels pour nos citoyens. Dans l’éventualité d’une fermeture, un lieu temporaire de service consulaire doit être mis en place sans délai. Nos compatriotes ne peuvent être les otages de l’incompétence diplomatique du gouvernement Macron. Leur droit à être servis par leur État ne peut souffrir aucune suspension.

Mais surtout, il faut reconstruire de fond en comble notre relation avec Israël. Cela implique de sortir de la logique de confrontation stérile pour retrouver celle du dialogue stratégique. Cela implique de reconnaître les réalités géopolitiques et historiques au lieu de les nier par idéologie. Cela implique de comprendre qu’Israël est une démocratie solide, un partenaire technologique majeur, un allié potentiel dans une région instable, et que nos intérêts convergent sur de nombreux sujets. Une véritable diplomatie française devrait être capable de maintenir des relations constructives avec Israël tout en conservant sa liberté de parole sur les sujets de désaccord. Mais cette diplomatie ne peut exister sans respect mutuel, sans dialogue permanent, sans compréhension des intérêts de chacun.

Le dialogue avec Israël n’est pas une faiblesse, c’est une nécessité stratégique. La fermeté sur nos principes n’est pas incompatible avec ce dialogue, au contraire. Mais le gouvernement Macron semble incapable de comprendre cette distinction fondamentale, oscillant entre déclarations martiales sans suite et reculades silencieuses, entre postures moralisatrices et absence totale de vision stratégique. Une diplomatie véritablement responsable exige un équilibre entre fermeté et dialogue, entre principe et pragmatisme, entre défense de nos valeurs et reconnaissance des réalités. Cet équilibre fait cruellement défaut à notre politique étrangère actuelle, prisonnière de calculs électoraux à court terme et d’une idéologie qui privilégie l’apparence sur le résultat.

La question du consulat de Jérusalem est bien plus qu’une anecdote diplomatique. C’est un révélateur brutal des failles structurelles de la diplomatie macroniste. Elle expose l’incapacité du gouvernement à anticiper les crises, à gérer ses propres institutions, à construire une stratégie cohérente qui protège à la fois nos intérêts et nos citoyens. Elle montre qu’entre les grandes déclarations de principe et la réalité sur le terrain, il y a un gouffre que l’improvisation permanente et l’incompétence ne peuvent combler.

Nos compatriotes vivant en Israël méritent infiniment mieux que cette politique désastreuse. Ils méritent un État qui protège effectivement leurs intérêts, qui maintient des services consulaires de qualité, qui négocie avec fermeté et intelligence pour préserver nos institutions historiques. Ils méritent une diplomatie qui défend la France sans l’isoler, qui affirme ses valeurs sans les instrumentaliser, qui construit des relations durables plutôt que des conflits stériles. Le consulat de Jérusalem doit rester, et la France doit retrouver une politique étrangère digne de ce nom. Le débat est ouvert, et il est urgent.

à propos de l'auteur
Marianna Rocher est responsable de la 8ème circonscription des Français de l'étranger pour le Rassemblement National et candidate RN aux élections législatives. Professionnelle distinguée avec une expérience internationale approfondie sur trois continents, alliant expertise en économie, gestion de l'industrie du luxe et diplomatie culturelle. D'origine ashkénaze par lignée maternelle (Kapustiansky), avec un héritage politique notable à travers un arrière-grand-père qui fut un dirigeant politique important. Diplômée en économie avec un MBA de la prestigieuse École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), forte d'une carrière de 20 ans dans l'industrie du luxe et de la mode, incluant la propriété d'une unité de production française. Expérience auprès de l'UNESCO apportant une perspective unique sur la diplomatie culturelle et les relations internationales, ainsi qu'une expertise en transformation digitale dans le secteur des arts. Parcours d'expatriée en Afrique et en Russie, actuellement établie dans le nord de l'Italie depuis 2019. Maîtrise parfaite de plusieurs langues et cultures. Actuellement Présidente de l'UFE (Union des Français de l'Étranger) du nord de l'Italie et auteur de trois ouvrages publiés, active dans l'organisation communautaire et la diplomatie culturelle.
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