Consensus

Roquettes tirées par le Jihad islamique vers Israël depuis la bande de Gaza, le 6 août 2022. Photo par Attia Muhammed/Flash90
Roquettes tirées par le Jihad islamique vers Israël depuis la bande de Gaza, le 6 août 2022. Photo par Attia Muhammed/Flash90

Avec l’opération « Aurore », l’armée israélienne, nourrie par l’expérience et les services de renseignements, a montré tout son savoir-faire.

En trois jours, elle a neutralisé un Jihad islamique de plus en plus menaçant en limitant le nombre de victimes à Gaza grâce à des frappes chirurgicales. Sur le territoire israélien, la technologie du « Dôme de fer » a permis d’intercepter la plupart des missiles.

Tous les ressorts de la diplomatie officielle et parallèle ayant été mobilisés, un cessez-le-feu est intervenu le 7 août à 23h30 et, à l’heure où ces lignes sont écrites, il est respecté.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, le chef de l’opposition, Binyamin Netanyahou, dans un accès de bienveillance qu’on ne lui connaissait guère, a déclaré : « Nous sommes en plein combat. Bien sûr, j’apporte mon soutien total au gouvernement… ».

Au terme de ces trois jours et trois nuits sans sommeil, le Premier ministre, Yaïr Lapid, et le ministre de la Défense, Benny Gantz, sortent grands vainqueurs de l’épreuve. Ils ont montré qu’ils savent prendre des initiatives stratégiques pour écarter le danger, et ne négligent pas la tactique en distinguant le Jihad islamique du Hamas.

Ils ont même fait valider cette approche par leurs alliés américains et européens. Cette touchante unanimité pourrait bien être de courte durée. Le pays est appelé aux urnes le 1er novembre, le scrutin s’annonce serré, et les mauvais coups vont se multiplier à l’approche de l’échéance.

Des élections primaires au Likoud, au Parti travailliste, à Meretz, et dans une fraction du Sionisme religieux donneront aux postulants l’occasion de s’entraîner. Nul doute que si le Hamas au sud et/ou le Hezbollah au nord pointaient à nouveau leurs museaux, l’opposition ne manquerait pas d’accuser le gouvernement de légèreté, d’incompétence et surtout de dépendance à l’égard d’un parti arabe.

On a tendance à l’oublier : en dehors du consensus national, deux millions d’Arabes israéliens n’étaient pas vraiment convaincus de la nécessité de l’opération Aurore. A la différence de mai 2021, ils sont restés à peu près calmes, du moins pour l’instant.

Gageons que si le climat venait à se dégrader dans les villes mixtes, Binyamin Netanyahou et les siens intenteraient au gouvernement un procès en faiblesse, en incompétence et surtout en dépendance à l’égard d’un parti arabe.

Ce parti, Ra’am, qui soutient la « coalition du changement », est déjà dans une position inconfortable. Ce qui arrange bien les affaires de son ennemi mortel, la Liste unifiée, qui veut se présenter comme seule capable de défendre la population arabe. L’issue de la bataille opposant Mansour Abbas à ses ex-alliés Ayman Odeh et Ahmed Tibi sera décisive sur l’issue du scrutin. Cette autre guerre sera sans pitié, et elle ne fait que commencer.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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