Commission d’enquête

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse à l'hôtel Orient à Jérusalem, le 1er janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu donnant une conférence de presse à l'hôtel Orient à Jérusalem, le 1er janvier 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Il l’a fait ! Benny Gantz, l’éternel hésitant, qui le matin même semblait plier à nouveau devant Binyamin Netanyahou à propos de la nomination de hauts fonctionnaires, a fini par créer une commission d’enquête sur l’affaire des sous-marins et des navires de guerre.

Ce dossier dit 3000, dans lequel plusieurs proches du Premier ministre sont mis en examen mais pas Binyamin Netanyahou lui-même, est pourtant le plus dangereux pour lui. S’il était impliqué, l’électorat ne lui pardonnerait pas. Même ses fidèles qui dans les autres affaires lui trouvaient des excuses – du déni au « tous les mêmes » – n’admettraient pas que l’on joue ainsi avec la sécurité du pays.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : une affaire de pots de vin ayant accompagné voire motivé l’achat de matériels sophistiqués pour la marine nationale. La commission aura cependant du mal à aller jusqu’à prouver l’implication du Premier ministre.

Car ses pouvoirs sont limités : il s’agit d’une commission d’enquête militaire dont la compétence s’arrête au périmètre du ministère de la Défense. Elle ne peut interroger que des militaires d’active ou de réserve concernés par l’affaire, et n’a accès qu’aux documents conservés au ministère.

Or, l’affaire implique des circuits commerciaux, bancaires et a peut-être eu des implications sur les achats en bourse des actions des sociétés concernées. Pour une enquête exhaustive au cours de laquelle le Premier ministre pourrait être auditionné, il faudrait constituer une commission d’enquête nationale avec l’accord du gouvernement.

Cela ne risque pas de se produire. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Sur le plan politique, la constitution de cette commission d’enquête constitue un véritable acte de divorce entre Benny Gantz et Binyamin Netanyahou.

On épiloguera longtemps sur les raisons qui ont poussé le premier à agir : la certitude que l’accord de rotation ne sera pas respecté, ou des pressions à l’intérieur de son parti. Peu importe. Benny Gantz a déjà promis des suites.

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour imaginer que cela devrait déboucher sur de nouvelles élections. Dans un mois, le 23 décembre, si un budget n’est pas adopté, la Knesset sera automatiquement dissoute, et des élections seront organisées en mars 2021.

Soit au plus mauvais moment pour Binyamin Netanyahou : alors que les premiers vaccins ne seront peut-être même pas arrivés, que son procès aura sans doute commencé … et au moment où la commission d’enquête déposera ses conclusions.

En effet, celle-ci a quatre mois pour présenter son rapport. Un délai qui ne doit sans doute rien au hasard du calendrier.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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